Le Moniteur Universel , n° du 3o août
charretier le vit qui remuait encore : c’était un jeune prêtre nommé Fiacre- Joseph de Goy, âgé de 33 ans. Il fut soigné secrètement et guérit. 11 se fit dentiste pendant la Terreur, redevint vicaireà Saint-Roch, à Saint-Thomas d’Aquin, et ensuite à PAbbaye-aux-Bois. On le retrouve propriétaire du Mont-Valérien où il se retira.
Augustin Bailliet, janséniste militant, fut inhumé à Vaugirard. Il avait été d’abord vicaire à Saint-Séverin, puis curé de Saint-Médard, le 2 août 1795. L’abbé Bailliet, fervent républicain, n’avait pas manqué, même du haut de sa chaire, d’attaquer Bonaparte après le 18 brumaire. En 1802, il était, paraît-il, revenu à des sentiments moins irréductibles à l’égard de celui qu’il avait si fort malmené. Après le Concordat, il fut replacé à Saint-Séverin comme troisième vicaire et décéda en cette qualité le 22 juin 1808. On l’inhuma au cimetière de Vaugirard, où ses restes demeurèrent jusqu’à la désaffectation de cette nécropole. Ils lurent ensuite transportés à Magny-les-Hameaux, près Port-Royal, le 11 novembre 1 835 4.
Voici la relation d’une pratique bizarre concernant ce cimetière, que nous trouvons dans l'Intermédiaire des chercheurs et des curieux, numéro du 20 décembre 1 9 1 1 , p. 763, relevée dans les dossiers des Archives de la Préfecture de police pendant la Révolution :
« Procès-verbal du 4 germinal an XI par le Commissaire de police de la division de l’ouest, d'exhumation et de réinhumation à la requête du citoyen Guichard, membre du Corps législatif, de la dame Anne Nicole Corvisard, sa bellemère, et femme de Robert Desmaisons, juge au Tribunal criminel de ia Seine, inhumée le 18 pluviôse dernier dans une fosse particulière, au cimetière de Vaugirard, à l’effet d’en extraire le cœur pour le conserver dans sa famille. »
Dans son intéressante notice sur le Cimetière de Sainte-Catherine, M. Ch. Manneville a soulevé une curieuse hypothèse relative à la sépulture de Mirabeau. Après avoir rappelé le désir formel exprimé par sa femme, Emilie Covet-Marignane, comtesse de Mirabeau, et en secondes noces comtesse Délia Rocca, de se faire inhumer avec les restes de son premier mari, l’auteur en arrive à supposer que cette dame, qui habitait l’hôtel de Mirabeau, rue de Seine, et y mourut le 6 mars 1800, devait régulièrement être enterrée, en raison de ce domicile, au cimetière de Vaugirard. Du désir d’une commune sépulture avec le grand tribun, souhaitée par son épouse, M. Manneville infère qu’il y a présomption à les croire tous deux à Vaugirard, Mirabeau, après le Panthéon et après le cimetière Saint-Benoît ?
L’hypothèse est sans doute ingénieuse, mais la base en est bien fragile. Qui prouve, en effet, l’inhumation de la comtesse en cet endroit, et qui démontre qu’elle ait pu ou voulu donner suite à son idée1 2 ?
Le cimetière de Vaugirard est l’occasion, dans les Misérables, d’une des scènes les plus dramatiques de cet admirable livre.