CHAPITRE IV
CONSTRUCTION DE LA PREMIÈRE ÉGLISE DE VAUGIRARD. — SON ÉRECTION EN PAROISSE. — LES BIENS DE LA CURE. — LA PAROISSE NOTRE-DAME, PUIS NOTRE-DAME DE SAINT-LAMBERT. — LA FONDATION DU MARQUIS DE VEZANNES. — LA VEUVE D’UN CHIRURGIEN DE PARIS. — LES CHARGES ET LES REVENUS DE
l’église. — les marguilliers et leurs fonctions. — la chapelle PARTICULIÈRE DE LEI'ÈBVRE DE LA BOULAYE. — LA RÉVO- LUTION. — LE TEMPLE DE LA RAISON.
Nous avons rapporté la construction, en 1266, par l’abbé Gérard de Moret, d’une petite chapelle desservie par un religieux de Saint-Gerniain-des-Prés, et où les habitants de Vaugirard, quoique appartenant à la paroisse d’issy, pouvaient venir faire certaines de leurs dévotions.
En l'année i33q, souffrant de cette précarité du culte, et aussi des inconvénients rencontrés dans l’obligation d’aller à Issy, ces mêmes habitants, désirant doter leur localité d’une véritable église, entreprirent les démarches nécessaires pour arriver à l’exécution de leur projet. Le prétexte fut la longue distance existant entre l’église d’issy et les maisons de Vaugirard, distance ne leur permettant pas toujours, surtout en hiver, de suivre les offices, et pouvant amener cette chose, alors
effroyable, de mourir sans avoir reçu les derniers sacrements. Une permission leur fut tout d’abord accordée par l’abbé de Saint-Germain, Jean IV, dit de Précy,en 1341, de bâtir une chapelle dans Vaugirard. Ils choisirent la place publique de l’endroit et commencèrent l’édification, d’accord avec l’Evêque de Paris.
Au mois de juin de cette année 1 34 1 ,1e même abbé Jean de Précy accordait l’amortissementde la dite place, à la demande de Simon de Bucy, homme considérable et de haute situation, Conseiller d’Etat, qui possédait un domaine à Vaugirard. Il est constaté dans cette lettre d’amortissement, reproduite ciaprès, que l’église est en voie de construction :
A tous ceux qui ces présentes lettres verront, Jean, par la permission divine, humble abbé de Saint-Germain-des-Prez et tout lecouvent dudit lieu, salut.
Scavoir faisons que par devant nous sont venus et comparuz hommes et sages Mre Simon de Bucy et plusieurs habitans à Vaugirard et nous ont requis que comme ils eussent dévotion et dauce une chapellenye en la dite ville de Vaugirard en une place assise en la dite ville au chemin par ou l'on vient de Issy et au coin de la rue qui vient de vers segne (sic) la où la croix de Vaugirard estoit assise appellée la place commune, pour ce que le lieu de Vaugirard estoit loing de l’Eglise paroissialle et l’accroissement du divin service, que nous leur voulissions admortir la dite place.
En quoy nous, assemblez en notre chapitre à heure accoustumée, a son de la cloche en conseil et délibération sur ce pour contemplation, Mre Simon et pour l’accroissement du divin service leur avons admorti et admortissons ladite place ainsy comme elle se comporte et est commencé à édiftier et consentons et voulons qu’elle ne puisse jamais retourner à usages privez ne en main d’aucune personne, en retenant toutefois par devers nous la justice d’icelle, sauf en autre chose notre droit et l’autruy.
En tesmoings de laquelle chose nous avons mis nos sceaux à ces présentes lettres.
Donné en notre église le 17 juin 1341 ‘.
1. Archives Nationales. L. 726, n° 3q. Nous rétablissons, à la fin de cette pièce, la date de i3qi, qui est la date véritable, au lieu de i36i qu’elie porte réellement. Cette pièce, en effet, est une copie du dix-septième siècle, dans laquelle le scribe a mis 1 36 1 pour i3qi. La date de i3qi est indiquée par Dom Bouillart, qui avait dû voir l'original ; d’ailleurs, en i36i, l’abbé de Saint-Germain n’était plus Jean de Précy, mais Richard d’Altrie ou de Laitre.
Restait à ériger l’église en paroisse. Les habitants de Vaugirard en firent la proposition à l’évêque de Paris, Foulques de Chanac, offrant de dédommager le curé d’Issy, par dix livres de rente, pour la perte de ses droits curiaux, avec ur.e donation annuelle de quarante sols à la fabrique abandonnée. Quant au futur curé de Vaugirard, ils lui promettaient vingt livres de rente pour son entretien, lesquelles devaient être garanties par l’acquisition d’un fonds de terre de même revenu, à réaliser dans le délai de huit années sous peine de nullité de l’érection
L’Évêque de Paris accepta cette proposition, et créa la paroisse de Vaugirard par ses lettres du 23 février i3q2.
Toutes ces négociations avaient encore été conduites par Simon de Bucy, Conseiller d’État, qui montrait ainsi pour cette localité un dévouement sans limites :
Nous avons entendu, disait l’Évêque, le rapport à nous fait par noble et puissante personne, Simon de Buci, chevalier et Conseiller du Roi, assisté des manans et habitans de Vaugirard et d’autres personnes dignes de foi, disant qu’à cause de la longueur du chemin existant de l’église paroissiale d’Issy au village de Vaugirard, les habitans de ce dernier village ne pouvoient sans grande peine se rendre dans l’église de la paroisse. Leurs âmes sont exposées à de grands périls et dans ces derniers tems beaucoup de malades et d’enfans sont morts sans confession, sans sacremens, sans baptême. C’est pourquoy Simon de Buci, Thomas Berthe, Jean Petit, sont venus nous trouver, en présence de Maître Guillaume Chaset, licencié en droit civil et en droit canon, et Emeric-Nicolas de Brigoles, notaire, spécialementdésigné par nous pour cette affaire.., nous demandant d’ériger et constituer en paroisse l’honnête et décente chapelle qu’ils avoient fait construire dans le village de Vaugirard avec la licence et permission de notre prédécesseur, en fixant les limites de cette nouvelle église paroissiale et en décidant qu'elle seroit dirigée par un recteur particulier.
L'Evêque de Paris fixait ainsi qu’il suit, d’un façon as-
t. Histoire de l'Abbaye Royale de Saint-Germain-des-Prés, par Jacques Bouillaht, 1724, p. i5q.
sez vague, il est vrai, les limites de la nouvelle paroisse :
Nous assignons à l'église de Vaugirard tout le territoire compris entre la borne dite du grand fief et la croix qui s’élève entre Vaugirard et Saint-Germain des Prés, territoire que le dit curé d'issy enfermait dans les limites de sa paroisse et sur lequel il exerçait les droits. Nous voulons qu’en deçà de ces limites le village de Vaugirard et ses habitans soient paroissiens de la dite église de Vaugirard. Pour le reste, qui avant la séparation actuelle, appartenait à l’église d’issy, il restera perpétuellement à la dite paroisse l.
Entre autres prescriptions imposées par l’Évêque de Paris au nouveau curé de Vaugirard, se trouvait celle de dire quatre messes par semaine dont une le dimanche.
Au dire de Dom Bouillart, le roi Philippe VI de Valois, toujours sur les instances de son conseiller, aurait également autorisé les habitants de Vaugirard, en i3q2, d’acheter un fonds de trente-deux livres de rente sur ses propres terres, et leur en aurait remis les amortissements2.
Quoi qu’il en soit, ces mêmes habitants, en 1 352 , n’avaient pas encore tenu leur promesse d’acquérir le fonds de terre représentant les vingt livres de rente nécessaires à l’entretien de la cure. Ce fut à leur demande et supplications que Simon de Bucy se chargea d’acquitter cette dette, tout en prenant sa garantie dans leurs biens, offerts à titre de caution. Par devoir de piété il alla plus loin que leur désir et donna soixante livres de rente amorties à la nouvelle paroisse, au lieu de vingt. Cette générosité lui valut le titre de fondateur et de patron de l’église.
1. Les lettres d’érection de la paroisse de Vaugirard, signées de Foulques de Chanac, Évêque de Paris, et datées du 23 février 1 342, sont imprimées en latin dans les pièces justificatives de l'Histoire de l'Abbaye de Saint-Germain, par Jacques Bouillart, 1724, n” C1X. Le manuscrit se trouve aux Archives Nationales, série L., cartons 809 et L. 422. (Des extraits en ont été traduits dans le manuscrit n° 12671 appartenant à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris.)
2. Histoire de l'Abbaye de Saint-Germain-des-Prés, loc. cit., p. 154.
Dom Jacques Bouillart nous apprend que Simon de Bucy logeait dans la porte d’enceinte, dénommée alors porte Saint- Germain, et à laquelle il donna son nom. Il la tenait à loyer de l’abbaye de Saint-Germain au prix de vingt livres de rente et 6 deniers de cens. Pour récompenser Simon de Bucy de sa bienfaisance envers leur église, les habitants de Vaugirard s’engagèrent à payer à l’abbaye, le lendemain de la Toussaint de chaque année, le loyer de la dite porte1.
Dans une transaction du i5 août i352, passée entre Simon de Bucy et les habitants de cette localité, qui est justement la caution offerte par ces derniers de leurs biens, sont énumérés leurs noms, ceux de leurs femmes, et l’indication de leurs héritages et possessions. La longueur de cette pièce, qui ne compte pas moins de seize pages manuscrites, in-f°, nous interdit, malheureusement, de la reproduire. Nous y relevons les noms suivants, qui sont ceux des premiers habitants de Vaugirard : Jehan Baudoin, Pierre Tranchant, Thomas de Vanves, Jehan Chamiery, Étienne Le Picart, Robert de Saint-Vincent, Jehan de Chatillon, Pierre Bertault, Jehanne La Restorée, Jehan Le Paulmier, Nicolas Robin Le xMaçon, Étienne Briguedé, Jehan Petit de Clamart, Raoulet Le Coiflié, Guille Le Landais, Raoulet le Galois, Le Thuillier Dissoudant, Thomassette La Guérinée, Pierre de Chastenay, Bclon La Baudouine, Guille de Josas, Jehan de Montmirail, Jehan Haudry, Alips Leschiquié, Corette La Parquière, Eude Guérin, Thomas Berthe, Perrin Bouchart, Mahiet Gombon, Robert Morel, Guillot Poing, Sirot Ménard, Thomas Le Roy, Martin Sevin, Jehan Le Cousturier, Geoffroy Marcel, Jehan Gaultier, Guille Painchaut, Jehan La Piste, etc. 2.
1. Histoire de l’Abbaye Royale de Saint-Germain-des-Prés, loc. cit., p. i56.