Archives Nationales. S
avec des lettres ornées et une superbe miniature du crucifiement1.
L’église Saint-Lambert, nous apprend un guide du dixhuitième siècle, était à la nomination de l'Archevêque de Paris ; elle était fort petite et placée à l'angle de deux rues. Il fallait descendre plusieurs marches pour y entrer du côté de la grande rue. La maison curiale se trouvait dans la rue donnant sur la droite2.
Les auteurs du temps affirment que la fête de saint Lambert attirait, dans ce petit pays renommé par ses guinguettes, une foule considérable. « On est surpris, écrivait Piganiol de la Force en 1742, du grand concours de petit peuple de Paris que l’on y voit les fêtes et les dimanches, surtout le jour de Saint-Lambert. » A quoi l'abbé Lebeuf ajoutait, à peu près vers la même époque : « Saint Lambert est regardé comme le second patron de Vaugirard et on y accourt le 17 septembre jour de sa fête, et durant l’octave. »
Il existe une petite gravure de 1702, de format in-8, montrant l'église dont il s’agit. La vue, qui représente un ensemble du village de Vaugirard, comprend son église munie d’un clocher carré avec contreforts, coifféd’une flèche. C’est probablement l’une des images les plus anciennes de la localité3.
Nous rappellerons ici un incident qui faillit brouiller la petite paroisse de Vaugirard avec sa puissante voisine, celle de Saint-Sulpice. Cette dernière, le 2 5 avril 1 65 1 , ayant été, selon l'usage, en procession à Vaugirard le jour de Saint-Marc, fut
1. Histoire du diocèse de Paris, par l’abbé Lebf.uf. Edition Féchoz, t. 1, p. 484. — Histoire de Vaugirard, par l’abbé Gauoreau, p. 39. — Bibliothèque Nationale. Département des manuscrits. Manuscrit latin n” 835.
2. Guide des amateurs et étrangers voyageurs à Paris , par Thiéry, 1787, t. II, p. 641.
3. Géométrie pratique, par Allain Manesson-Mallet, Paris-Anisson, 1702, t. III, p. 109.
fort scandalisée de n’y être point reçue au son des cloches lancées à toute volée. Elle prit ce manque d’égard pour du mépris et décida de ne plus y retourner. Sur quoi, les marguilliers de Vaugirard vinrent faire de plates excuses à Saint- Sulpice, et obtinrent le pardon de leur offense, à la condition que, pour l’avenir, toutes les cloches seraient mises en branle à chaque visite de la paroisse parisienne. Ces visites, pourtant, cessèrent en i665, Saint-Sulpice ayant décidé de réserver sa procession de la Saint- Marc à l’église des Carmélites du faubourg Saint-Jacques1.
Vers 1662 la petite église de village eut les honneurs d’une importante cérémonie, donnée par le célèbre chevalier de Grammont, en villégiature forcée à Vaugirard, pour avoir essayé de supplanter Louis XIV dans le cœur de Mademoiselle de la Motte-Houdancourt. Réfugié dans cette localité avant son exil en Angleterre, le chevalier s’avisa d’y rendre le pain bénit d’une façon fort solennelle et d’emprunter, à cet effet, les suisses de la chapelle de Versailles. 11 ne manqua pas de raconter, dans ses mémoires, le grand embarras éprouvé par de Vardes quand celui-ci fut obligé d’avouer au Roi pourquoi sa chapelle était si mal gardée, en ce jour où Saint-Lambert était en liesse2.
Sur la pierre tombale du marquis et de la marquise de Vezannes, on voit que Saint-Lambert avait été pris en particulière affection par ces deux personnages, qui, retirés à Vaugirard, y décédèrent en 1771 et en 1776, après avoir embelli l’église et doté la paroisse de fondations pieuses. Cette double inscription, dont nous donnons ci-après le texte, avait été
1. Remarques historiques sur l'église et la paroisse Saint-Sulpice. A Paris, chez Crapart, 1773, in-16, p. 1 32.
2. Mémoires du chevalier de Grammont, publiés par M. Anger, i85i, p. 287.
érigée dans l'ancienne église Saint-Lambert, lors de sa démolition en 1 853. Elle fut transportée dans la nouvelle et dressée contre le mur de la crypte :
i° Inscription du Marquis de Vezannes.
Ad Majore» Dei Gloriam || ici repose || messire George || Philipe Léon de || Channes Marquis de || Vezannes, de la maison || Fort et autres
LIEUX || CHEVALIER DE L’ORDRE || ROYAL ET MILITAIRE DE || SAINT LOUIS, MA- RÉCHAL || DES CAMPS ET ARMÉES || DU ROY, ET AIDE MAJOR || EN CHEF, DES CHEVAUX || LÉGERS DE LA GARDE DE || Sa MAJESTÉ. j| APRÈS AVOIR CONSACRÉ || CINQUANTE SIX ANNÉES || AU SERVICE DE L’ÉTAT ET || DE SON RoY, IL CHOISIT || LE LIEU DE VAUGIRARD || POUR SA RETRAITE, ET Y || PASSA LE RESTE DE SA || VIE, DANS L’EXERCICE DES || VERTUS CHRÉTIENNES I ]| Il FUT LE PÈRE DES || PAUVRES ET LE || BIENFAITEUR DE CETTE || EGLISE, QU’lL SE PLUT A || EMBÉLIR; IL S’ENDORMIT || AVEC CONFIANCE DANS || LA MISÉRICORDE DE || DlEU, LE II MAY
1771 || Agé de 78 ans || Priez dieu pour lui ||
i 0 Inscription de la Marquise de Vezannes.
Ad Majore» Df.i Gloriam. || ici repose || Angélique Renné || d’Hf.rmand. DEMelle Fille de || Feu Msre d’Hermand, Ecuyer || chevalier de l’ordre royal || et militaire de Saint Louis || Ingénieur du Roy, Colonel || d’Infanterie V® de Msrc || de Channes M,|U de Vezannes || héritière des vertus de || son
PÈRE, ELLE PARTAGEA LA || CHARITÉ DE SON MARI ; LES || PAUVRES TROUVÈRENT EN || ELLE UNE MÈRE TENDRE, || ELLE A LAISSÉ PAR SON || TESTAMENT DÉPOSÉ CHEZ ||
M® Fourcaut Nore a Paris, || le 16 août 1776, une rente || annuelle et perpétuelle Il DE 45o\ DONT 400* EMPLOYÉES II POUR HABILLER LES QUATRE || PLUS SAGES ET PLUS PAUVRES || FILLES DE CETTE PAROISSE, || LORS DE LEUR Pr®
Communion, || au choix de M.M” les curé || et MARGier* elles sont || obligées DE PRIER DIEU POUR || ELLE TANT AVANT QU’APRÈS || LEUR COMMUNION 1 CETTE || FONDATION ET LES DONS || PARTICULIERS QU’ELLE A || FAITS A CETTE EGLISE, || MÉRITENT, SUIVANT SON || DÉSIR, QU’ON LA NOMME; ET || SON MARI, DANS LES PRIÈRES || PUBLIQUES. || ELLE S’ENDORMIT DANS LE || SEIGNEUR, LE l5 AOUST 1776, || ÂGÉE DE 72 ANS || PRIEZ DlEU POUR ELLE1. ||
Après les fondations de la marquise de Vezannes en faveur de la paroisse, nous relaterons celle qui fut faite le
1. Les Inscriptions de la France , par M. de Guilhermy, t. II, p. 102 (marbre noir: haut. 1 m. 06, larg. o m. 70).
22 août 1703 par la veuve d’un chirurgien de Paris, et dont quelques clauses intéressent particulièrement l’histoire de Vaugirard :
Par devant les conseillers notaires du Roi,damoiselle Marie Pennet, veuve de messire Jacques Lamy, « chirurgiendc longue robbe et chirurgien à Paris », y demeurant en sa maison rue du Four :
laquelle meue de dévotion pour la sainte Enfance de Jésus, et estant fort édifiée du service divin qui se célèbre en l’église paroissiale de Notre-Dame et de Saint-Lambert, du village de Vaugirard près Paris, se seroit adressée au sieur curé de la ditte paroisse et aux marguilliers et anciens habitans du dit lieu et leur auroit communiqué le dessein qu’elle avoit d’y faire une fondation pour la gloire de Dieu et l’édification et instruction des habitans du dit lieu.
La dame Lamy versa donc la somme de 2.104 livres pour l’acquisition de 1 3 1 livres 10 sols de rente au denier seize, destinées à la dite donation, comportant douze messes basses à perpétuité pour le repos de son âme et de celle de son mari, douze instructions familières, l’après-midi, dans l’église, en forme de catéchisme, à perpétuité et pour la jeunesse, en prenant pour sujet :
Le mystère de la divine enfance du verbe incarné et de son union mystique avec la Sainte église, afin de porter la jeunesse et ceux qui y assisteront à la vénération et à la juste reconnaissance vers Dieu pour les bienfaits inexplicables que la miséricorde a fait en nous par la grâce de ses augustes mystères et pour porter les dits auditeurs à l’imitation des vertus d’un Dieu fait enfant et par ce moyen contribuer au bonheur et la sanctification des familles et habitans du dit lieu et pays.
La fabrique devait fournir le pain, vin, luminaire et ornements nécessaires aux offices, et faire les distributions suivantes à l’issue de chacun des saluts : i5 sols au prêtre célébrant la messe ; 3o sols à l’ecclésiastique faisant les instructions ; 20 sols aux maître et maîtresse d’écoles pour leur
assistance aux offices et instructions, et reconnaissance de leurs peines ; 20 sols à M. le curé pour son assistance ; 1 5 sols aux deux portechapes, pour leur assistance ; 8 sols aux 2 enfants de choeur pour chanter les litanies du Saint Enfant Jésus : 10 sols à des enfants désignés pour sonner les cloches ; et 2 sols au bedeau h
On trouve l’énumération des biens et revenus de la paroisse de Saint-Lambert, et aussi de ses charges, dans la déclaration du Ier juillet 1757, faite aux députés de la Chambre ecclésiastique, par le curé et les marguilliers de la fabrique, pour satisfaire à la délibération de la dite Chambre, du 12 août 1756. Les biens consistaient en un certain nombre de terres et de maisons situées dans les environs de Saint-Germain-des-Prés et de Sainte-Geneviève, dont les abbés, ayant haute, moyenne, basse justice, « sont gros décimateurs et jouissent de toutes les dixmes, tant vertes que novales ».
Les revenus s’élevaient à la somme de 1.355 livres 7 sols, et les charges à i.3q3 livres 17 sols, soit un excédent de 12 livres 7 sols.
Parmi les charges nous relevons les dépenses ci-après : traitement du curé, 417 livres 7 sols ; duvicaire, 25q livres 10 sols ; au maître d’école, pour son école, plain-chant, offices et obit, 220 livres; aux deux chantres, chacun 16 livres ; au bedeau, sonneur et carillonneur, ii5 livres; à la maîtresse d’école, 60 livres; au porte-bannière, 3 livres; aux enfants de chœur, 6 livres ; pour l’entretien des vitres de l'église, 10 livres ; blanchissage du linge de l’église, 40 livres; entretien de l’horloge, 12 livres; pour les pains bénits, 14 livres; dépense de cire, 120 livres; rente au curé d’Issy, i5 livres ; dépense d’huile,