‹ Vauquelin des-YveteauxChapitre 13 sur 39 · SVR VN DEPART · texte numérisé non relu

SVR VN DEPART

STANCES

Beavx yeux , vous me laissez et me laissez à l'heure Que ie suys tout de flamme et que ie meurs pour vous. Yolle , vous partez , mais l'amour me demeure, Et perds en vous perdant ce que i'ai de plus doux.

Bien que de mille nœuds mon ame soit pressée, le voy qu'vn lien seul se treuue le plus fort , Et pour aller guérir l'ame la moins blessée, Me priuant de vos yeux vous me donnez la mort.

Non î ie ne puis souffrir des passions si fortes , Et malgré les deuoirs tyrans de la grandeur, le vous veux tousiours voir; car des parolles mortes Ne peuuent tesmoigner vne si viue ardeur.

Que sert à mes désirs que ma flamme s'espande Partout où le soleil icy-bas se fait voir; le ne me tiens point grand si ie ne vous commande, Bornant dedans vos loix celles de mon pouuoir.

S'il faut que par respect ie dissimule encore , Pour attendre Feffect qui retarde mes vœux ; Pourueu que vous croyiez comme ie vous adore , Tousiours l'affection surmontera les feux.

Tu te trompes , Amour, faisant que ie ressente Des tourments incognus pour affaiblir mon cœur 5 Car plus il est bruslant, plus mon ame est contente ; Plus il est abattu , plus il doit au vainqueur.

Quand, après tant d'ennuis, tant de grâces diuines Se reuerront icy, ie cueilliray ce iour Vne moisson de fleurs d'vne forest d'espines , Et beniray l'absence à cause du retour.

STANCES

Plvs ie voy la beauté de mon cœur adorée , Plus ie tiens aux douleurs mon ame préparée : Ses yeux qui blessent tout ne veulent rien guérir. Mais moy-mesme aux faueurs ie me ferme la porte -, Mon désir est viuant , mon espérance est morte , Et mon but est d'aimer, non pas de conquérir.

Ces pudiques mespris, ces responces hautaines. Qui bornent des désirs les fureurs incertaines, Au lieu de m'esloigner m'ont du tout arresté. Car ce port glorieux, aux mortels adorable, Leur faict voir qu'il n'est rien qui lui soit comparable* Et que ce n'est qu'aux Roys à seruir sa beauté.

Chaste flamme des cœurs, digne de mon martyre , Qui me fais mespriser tout ce que l'on admire, le souffre heureusement et m'en tiens glorieux : La lumière et les fleurs, qu'on voit dedans les plaines, Sont les présents du Ciel ; les rigueurs et les peines Sont, pour les mieux aymez, les faueurs de tes yeux.

Mais si l'Amour commande et que le Ciel arreste Que les grandes beautez facent vne conqueste , Quel autre deuant moy t'oseroit adorer ? Bien que ie fusse né sans sceptre et sans couronne % le ne pourrois quitter ceste place à personne ; Et l'ayant , ie voudrois aux Dieux me comparer.

I'ay fait luire partout les rayons de ma gloire $ î'ay des Roys plus prisez effacé la mesmoire -, Mais voulant aux périls mon mérite cercher, l'estime encore plus cette nouuelle audace De penser par mes feux eschauffer cette glace , Et vouloir par mes pleurs amollir ce rocher.

Beauté, qui peux ranger les cœurs plus téméraires, Mes fers me sont si doux et mes flammes si chères Que mon cœur bien-heureux s'allume à tes froideurs; Et si dedans ma Cour, parmi tant de contraintes, Tu ne tournes tes yeux qu'auecque mille craintes, J'en reçoy les regards auecque mille ardeurs.

STANCES

Clair miroir des beautez , ame des belles âmes , Glace dont les froideurs espandent tant de flammes , Qui blessez tout, d'vn traict par vos yeux décoché , le sçay qu'en vous aymant i'ay faict beaucoup d'offence , Mais i'en ay faict aussy beaucoup de pénitence , Et ma punition efface mon péché.

I'ay dedans vos beaux yeux ma fortune arrestee. Ce sont les alcyons de ma mer irritée , Et dans leurs saincts rayons me voulant consumer, L'vn me donne la mort et l'autre m'en retire ; Semblables en effect aux fontaines d'Epire , Dont l'eau peut tout ensemble esteindre et rallumer.

Puisque l'arrest du Ciel m'a fait naistre Monarque ; Pour laisser icy-bas une honorable marque D'auoir faict choix d'vne ame à qui rien ne défaut , le ne puis pas ailleurs adresser mes seruices, Et vos autels tout seuls auront mes sacrifices : Encore penserai-je auoir volé trop haut.

I'ay creu pour quelque temps, bénissant ma défaite, Que celle que i'aimois estoit toute parfaicte Et qu'en plus beaux liens on n'eust peu s'engager ; Mais n'ayant pas de vous encore cognoissance, Pardonnez-moy, beaux yeux , si i'eu ceste créance : Ce fut faute de voir et non pas de iuger.

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