SONNET V
Entre tous les obiects de mon ame adorez , Clorice eut de mon cœur la part plus asseuree Et tant de maux soufferts pour l'auoir adorée N'ont rien peu sur des vœux si sainctement iurez.
Le charme qui rendoit mes feux immoderez N'estoit point la beauté des autres désirée : Des appas plus certains et de plus de durée Auoient des faux obiects mes pensers retirez.
Ce courage sans art, ces sçauantes simplesses, Le feu de cet esprit, ces chastes hardiesses, Empeschoient que mon feu ne se peust amortir ;
Et ceste passion est encore si forte, Que , puisque la vertu nous en ouurit la porte, La mort peut seulement nous en faire sortir.