SVR LE VIEIL DE LA MONTAGNE
C'est bien à toi , vieille carcasse, Reste du temps de Pharamond, De faire tant du Rodomond , Toi dont l'esprit est tout de glace.
Ton bras etique et languissant, Comme le reste est impuissant -,
(I) Cette satire contre Des -Yveteaux est imprimée à la suite de la Réplique de la venue du S7' de Leziniere aux observations du S1' Des-Yueteaux, etc. (Bibl. Imp. , in-4°, F. 2955.)
L'auteur de cette pièce est inconnu. Si cependant j'osois hasarder une supposition , je l'attribuerois à Hercule Vauquelin , maître des requêtes à Caen, fils de Guillaume Vauquelin. Voici sur quoi je me fonde : M.. P. Paris , dans sa nouvelle édition de Tallemant des Réaux (Paris, Techener, 1854, t. I, p. 356), cite une lettre de Jacques Du-Puy, dans laquelle on lit :
« Le bonhomme Des-Yueteaux a esté seruy de factum iniurieux.
» par son neueu, sur le subiect d'vn procès Cependant la
» Sultane , son mary et plusieurs valets demeurent tousiours à la » Conciergerie , etc. »
Il résulte de là qu'Hercule est l'auteur des factum, et ce nom de Sultane, qui est donné à la Du-Puy au quatorzième vers des Bastons Rompus , peut fort bien permettre d'attribuer cette dernière pièce au même auteur. D'ailleurs les membres de cette famille étoient en général un peu poètes ou un peu fous.
Tu ferois bien mieux de te taire.
Ton visage, peint et plissé, N'est désormais propre qu'à faire Vne enseigne du temps passé.
Tu ne parles que coq-à-1'asne , Et l'on dit que tu t'es vanté D'armer contre la chrestienté , Afin de r'auoir ta Sultane (1).
Ton médecin a latere , De toy tant de foys désiré , Non pour le salut de ton ame , Pourroit bien vn iour t'alarmer, Et tu deurois craindre la flame Du feu qui va la consumer.
Si , par ton conseil trop inique , Elle a donné scandale à tous, Pourquoy d'vn supplice plus doux Puniroit-on ceste impudique?
Et pourrois-tu bien empescher Qu'on ne la vist sur le bûcher?
Ou qu'on ne te mist auec elle , Toy dont l'énorme impieté Mérite vne flamme éternelle , Raillant de la Divinité?
La Bible te semble vne farce ; Par tes discours et tes escrits ,
(1) Jeanne Du-Puy, alors en prison par suite de la mort de Lezinière.
De Dieu tu fais tousiours mespris, Et n'eu connois point que ta garce.
Ton iardin, à ce que tu dis, Est ton vnique Paradis ; C'est là que tu fais l'idolastre D'vn Mercure, d'vne Venus, Et d'autres marmousets de piastre Que l'Eglise n'a point conneus (t).
Souuien toy de tesvoleries, Quand du peuple tu fus maudit Et lorsque tu fus interdit Pour tes sales coyonneries (2).
Si tost que tu fus accusé , Tu fuis , en pédant desguisé , Hors le ressort de ta prouince; Et venant icy te sauuer, Sans la fauueur d'vn ieune Prince (3), Ton procez s'alloit acheuer.
le veux enrichir ton histoire D'vn vieil registre du passé Que le temps n'a point effacé D'vne si fidèle mémoire.
Pour vne vilaine action Tu receus malédiction
(1) Des-Yveteaux avoit des statues dans son jardin. Ce n'étoit pas là un bien grand crime.
(2) Par arrest du parlement de Rouen, pour concussion, en 4 599. (Note de l'auteur du poëme.)
(3) Le Mttl d'Estrées, probablement.
De ton Père sçauant et sage.
Ne fust-ce pas vn grand forfaict De luy dérober son ouurage Et te vanter de l'auoir faict (1).
Ton esprit faict au badinage, Tes sales intrigues d'amour, Te firent passer à la Cour Pour vn faiseur de rime à gage.
N'estois tu pas poète et valet , Faisant et portant le poulet (2) ?
Tes vers ont faict ta renommée , Puisqu'en fin leur sens le plus beau Et leur grâce plus estimée T'erigerent en maquereau.
Tu t'accostas d'vne Harpie, Le pis aller de son vieil temps , Qui te put en ses derniers ans Charmer auecque sa roupie.
Cest original d'Aretin Qui fut iaîouse d'vn festin Que tu faisois à Dulcinée, S'en vint chez toi comme vn Preuost (3),
(1) Une elegie en vers françois que son père auoit composée, qu'il s'attribue. (Note de l'auteur des Bastons.) M. J. Pichon suppose que c'est l'élégie adressée à Des-Portes. (Voir une note sur cette pièce, p. 13.)
(2) Allusion aux vers qu'il avait faits pour Henri IV. C'étoit l'usage alors. Des-Portcs , Bertaut , Malherbe même et d'autres en ont fait tout autant.
(3) Tallemant des Réaux raconte que Mme de Saint-Germain - Prévost, avec qui Des -Yveteaux avait eu des intrigues, vint chez
Et comme peste de Phinee , Piller et gaster tout le rost.
Il courut vn bruit par la ville Que pour euiter son ialoux Tu fus auecque les matous Prendre le grenier pour azile -, Mais ce mary t'alla cercher Auecq les armes du cocher En ce lieu pour te faire feste , Et l'on tient pour tout asseuré Qu'vn coup de hache sur la teste Depuis ce temps t'est demeuré (1).
Ce sont là tes bonnes fortunes , Et tu ne te sçaurois vanter D'auoir peu de dame enchanter Si ce n'estoit des plus communes ; Mais ta belle ïris (2) pourra bien Se vanter en harpant (3) ton bien De t'auoir enchanté toy-mesme.
Au Sabbat elle a grande part ,
lui un jour qu'il donnoit à dîner, et, trouvant la table mise , tira la nappe par un bout et jeta tout le service par terre. Mémoires de T. des Réaux. (Paris, Tecbener, 1854, t. I, p. 344.)
(1) M. de Saint-Germain, l'ayant surpris dans une conversation trop intime avec sa femme, le battit si cruellement, qu'il fut laissé pour mort au milieu de la rue. (Tallemant des Réaux.) La correction dont parle l'auteur des Bastons Rompus aurait été peut-être plus humiliante et tout aussi sérieuse. (J. Pichon , notice sur Des- Yveteaux.)
(2) Elle est ainsi nommée dans le IIe vol. des Œuvres de Saint- Amant. (Note de l'auteur.)
(3) Elle jouoit de la harpe.
Et tu l'y suiuras, si tu l'aime, Chez la Boulais et la Guichard (1 ).
Tu mérites que l'on te berne D'aimer ceste rosse qui fut Le reste ou plutost le rebut De quelque valet de tauerne.
Ce gibier à demy-teston Du laquais et du marmiton Faict maintenant toute la ioye, Et par vn estrange destin , Toy-mesme est deuenu la proye D'vne succube de lutin.
Son mary que tu tiens à gage , Ce petit marmouset cornu Qui n'a point d'autre reuenu Que celuy de son cocuage , Est l'ayde de ton cuisinier, Camarade du palfrenier.
Enfin il est de la famille , 11 ne faict désormais qu'vn pot Pour toy , pour sa femme , et ta fille , Pour son fils et sa Phelipot (2).
0 la plaisante œconomie !
Que ce logis est bien réglé !
(1) Sorcières réputées dans Paris, qu'elle fréquente. (Note de l'auteur.)
(2) Concubine du mary d'Iris. (Note de l'auteur.)
Certes il doit estre appelé Le bordel de l'Académie.
Dedans ce cabaret d'honneur, Le frère est page de la sœur, Le mary valet de sa femme , Et s'il couche auecq le cocher, Elle qui tranche de la Dame , Auecq Monsieur s'en va coucher.
Mais que ceste falotte histoire Paroi t vn monde renuersé , Et que l'on est embarrassé Si le domestique on veut croire !
Pour moy, ie suys bien asseuré Qu'vn de leurs valets m'a iuré Qu'il fust vn matin les surprendre Entassez dans vn mesme lict , Mère, fille, oncle, neueu , gendre, Qui faisaient et cela suffît.
Cette famille est abondante En cornes qu'ils se font porter:
Car le neueu se peut vanter Des choses dont l'oncle se vante.
La mère aussy , par son adueu , Fait cocu l'oncle et le neueu.
La fille vit comme la mère j C'est en ce lieu d'impureté Que l'inceste et que l'adultère Régnent auecque impunité.
C'est vn beau suiect de colère , Antiquaille de cuir boùilly, Lorsque tu dis auoir failly De n'estre pasepoux et père.
Ce crime estoit digne de toy, Et certes ie ne sçay pourquoy Tu n'as pas espousé ta fille -, Il eust esté plus à propos , Que d'auoir pris pour gendre vn drille Qui te faict perdre le repos.
Ceste nopce de Jean Des- Vignes T'accable d'horribles forfaicts, Plus grands que iamais n'en ont faicts Les meurtriers les plus insignes ; Vn frère , vn oncle assassiné , Par le conseil d'vn vieil damné Qui se dist ieune auprès des anges (1 ). A-t-on veu registre au Palais Chargé de crimes plus étranges Qu'en ont fait maistres et valets.
Voy le desordre epouuantable Où ce massacre t'a plongé ; Il ne fut iamais d'enragé Qui fist chose plus effroyable.* Consulte tes meilleurs amis, Demande leur s'il est permis
(1) Dans-vne chanson qu'il fist l'hyuer passé pour son Iris. (Note de l'auteur.) Voir le couplet, p. 84.
De t'abandonner à la rage De eeste maudite guenon , Qui n'aime rien que le carnage De ceux dont tu portes le nom.
Ne monstre plus tant de foiblesse ; Quitte ce diable desguisé , Si tu ne veux estre accusé De profonde scélératesse :
Suy les conseils de ton curé , Fuy ce monstre dénaturé Qui te tient l'esprit en echarpe :
Souffre-tu ce qu'on dit de toy, Qu'vne gueuse auecque sa harpe T'a faict abandonner ta foy ?
Tu dis, renonçant au Baptesme, Que l'Alcoran n'ordonne pas De se priuer d'vn bon repas , Les Quatre-Temps ny le Karesme.
Quand tu ris de ton vieil pasteur, Que tu l'appelles séducteur, Vn cagot qui conte des fables } Nous en sçauons bien la raison , C'est qu'il vouloit chasser les diables Qui logent dedans ta maison.
Il t'en demanda la promesse ; Tu dis qu'il auoit beau prosner, Que plutost que de la signer Tu n'irois iamais à la messe.
Depuis, par d'horribles sermens, Tu renonças aux sacremens , Aux prestres, aux missionnaires, Iurant qu'il valoit mieux nourrir Tes infâmes pensionnaires Que de t'instruire à bien mourir (1).
Maintenant tu te désespère , Et l'on dit tout haut à la Cour, Que tu regrettes nuict et iour La perte de ton adultère :
Tes yeux en sont tout chassieux , Ton nez bourgeonné roupieux , Et ta taille en est en ruine $ Et l'on dirait , à tes hauts cris , Que la peste, guerre et famine Ont tout rauagé dans Paris.
Ton ame de douleur saisie Te fait cercher, pauure insensé , Vn complaisant intéressé Qui te flatte en ta frénésie, Pour adoucir vn peu tes maux.
Vn certain diseur de bons mots Te faict vne plaisante guerre :
Dire son nom ie ne sçaurôis
(1) Tallemant des Réaux raconte cette anecdote qui est paraphrasée ici avec beaucoup d'exagération. Il faut bien se garder, du reste , de prendre au pied de la lettre cette satire où la haine la plus envenimée déborde à chaque vers.
Mais les histoires d'Angleterre,
Le mettent au nombre des Roys (1).
Ce grand docteur en carbonnade , Ce fils dont tu fais tant de cas, Qui mettroit pour vn bon repas , Ses pères en capilotade , Te voyant en ce desespoir, Te dist qu'il luy sembloit reuoir, En ses douleurs démesurées , Picholini se lamenter Pour sa cheure aux cornes dorées, Qu'vn brutal luy venoit d'oster.
Parlant de ta nymphe grotesque , Qui te faict pousser tant d'helas, Au lieu de trouuer du soûlas Auprès de cet amy burlesque, Il te dist pour te consoler, Qu'on la verroit bientost aller En pompe dans vne charette , Qu'alors certes il feroit beau Te voir comme vn Anaxarette , Pendu près d'elle à son poteau.
Quand tu luy contois la prouesse De ton digne neueu beau-fils ,
(4) Ce diseur de bons mots, qui porte le nom d'un roi d'Angleterre , pourrait bien être cet Edouard Le Prévost , dont il est question dans la lettre de Des-Yveteaux , publiée pour la première fois ci-dessus, p. 129.
Et du bon chois que tu en fis Pour le baston de ta vieillesse ; Il te iuroit en sérieux , Qu'vne étrille luy viendroit mieux Que l'estocade ou la rondache , Et qu'il auoit veu le portraict Du vieil et moderne brauache Dont il n'auoit pas vn seul traict.
Mais guery ton esprit malade , Car ie te veux dire sans fard , Qu'on se mocque d'vn vieux penard Qui se desguise en mascarade ; Mercure estoit et ieune et beau , Non comme toy près du tombeau , Quand il portoit le caducée :
Il vaut bien mieux prendre le froc , Pour purger ta faute passée , Qu'vne toque à plumes de coq.
Quitte désormais le bon drolle, Pour suiure le petit collet , Et sçache que le chapelet Sied mieux en main que sur l'espaule.
Renonce donc aux vanitez , Exerce quelques qualitez De l'argent de ton bénéfice ; Car enfin il faut qu'vn abbé, Qui ne dist iamais son office , Rende ce qu'il a dérobé.
Ne farde plus ton vieil squelette , C'est maintenant qu'il faut songer A laisser l'habit de berger, La pennetiere et la houlette.
Ne pense plus à ton Iris ; Ne barbouille plus ton poil gris ; Il est temps de leuer le masque.
A quoy te seruent les parfums ; La Parque plus viste qu'vn Basque , Te va mettre au rang des defuncts.
Tes Muses sottes et chenues , Qui ne font plus que radotter, Voudront sans doute encor chanter Contre ces veritez connues j Mais desia de mon Apollon La trompette et le violon Se préparent à la réplique ; luge par cest échantillon , Combien doit craindre vne bourrique La pointe de mon eguillon.