‹ Vauquelin des-YveteauxChapitre 5 sur 39 · SVR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEVR LE DAVPHIN · texte numérisé non relu

SVR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEVR LE DAVPHIN

Tandis que ce grand Roy, dont la gloire surmonte Tout ce que des grands Rois nostre siècle raconte, Faisoit viure les siens en vn âge doré, Des peuples estrangers iustement adoré , Et d'vn sceptre innocent commandant à la France , Sur tous les cœurs du monde estendoit sa puissance : Parmy tant de bonheur nos esprits rauissant, Vn soin quant et le iour malgré nous renaissant Rendoit à nos plaisirs nos craintes comparables , Songeant que nos beaux iours n'estoient gueres durables, Et que ce grand soleil nostre nuict empeschant , Auroit dedans le ciel sa fin à son couchant.

Il nous ressouuenoit par de tristes exemples , D'avoir veu depuis peu les soldats dans nos temples, Et nos champs sans valeur, aux moissons destinez , Les sepulchres sanglans des peuples mutinez : Estimans bien->heureux ceux qui par cognoissance , Pour estre sans douleur, estoient sans preuoyance :

(1) Despinelle, t. I, f" 44.

Quand tout en vn moment nous vismes tout changé. Le ciel aux iustes vœux de la terre obligé , Nous voulut garentir de toutes sortes d'armes, Et nos yeux préparez à de nouuelles larmes , Vers luy furent bientost Joyeusement tournez , Sous l'espoir des succès qu'il auoit ordonnez.

Dessous vn ciel heureux se voit vne contrée , Où Saturne vne fois ayant faict son entrée , Touché de la douceur d'vn si plaisant seiour, Ne s'eslongna iamais des terres d'alentour : Deux fleuues richement ses plaines enuironnent, Des costeaux pleins de fruicts ses campagnes couronnent Les fleurs n'y craignent point l'empire des saisons , Et le soleil y rit de toutes ses maisons.

En ce lieu l'ornement de la belle Hesperie, Bien loin de nostre France estoit vne Marie , Dont le nom immortel icy bas s'entendoit Partout où la clarté d'Apollon s'espandoit. Le soin de sa vertu nécessaire à nostre âge, Luy faisoit oublier celuy de son visage : L'Amour comme en son ciel dans ses yeux se tenoit , Et sa beauté, sans art tous les cœurs retenoit.

Henry, l'astre des Rois, à qui la Renommée , D'vne immortelle flame auoit l'ame allumée, Brûlant d'vn autre feu ne pense plus sinon Qu'aux aimables vertus de ceste autre Iunon. Elle tout en repos se sent tout agitée, Et sans voir ses liens void qu'elle est arrestee : D'vn martyre inconnu son esprit trauersé Reçoit plus de plaisir plus il se sent blessé : Mais nul autre en son cœur n'eust iamais trouué place, Et falloit ce soleil pour fondre ceste glace.

Ainsi ces deux esprits , sans s'estre recerchez , Furent fatalement par le Ciel attachez : Leurs corps comme leurs cœurs à la fin se ioignirent ,. Et auecque nos maux leurs fiâmes esteignirent.

Combien ce bruit heureux courant par l'Vniuers Fit reueiller de Rois et de peuples diuers ! La France ce iour-là , comme au iour de sa feste De branches d'oliuier se couronna la teste , Foulant ses ennemis sous elle terrassez , Et les lauriers tenoient les myrthes embrassez. La flame de nos feux donna iusques aux nues , Et le bal empeschoit de passer par les rues : Nous vismes releuer nostre Empire et nos Lois , Et n'attendant plus rien que le dixiesme mois , La lune lentement suiuant nostre espérance , Retarda bien long-temps le bon-heur de la France , Par les signes du ciel marchant tardiuement Et ne pouuant pour nous haster son mouuement.

Mais pendant que la Cour demeuroit en ceruelle , Et que tous les courriers attendoient la nouuelle , Mercure d'un éclair les nuages fendit, Et dans le ciel ouuert ceste voix s'entendit : « Monarques glorieux, que l'Occident adore, Rois mignons du soleil, vous peuples de l'Aurore , Vn Roy plus grand que vous sur la terre viendra , Qui de tous vos débats arbitre se rendra. »

La nuict auoit sur nous desia tendu ses voiles Et le ciel nous monstroit les dernières estoiles , Quand après de grands maux que ïunon endura Ce soleil désiré dans le monde éclaira. En ce moment heureux, d'vn esprit solitaire Parmy tant de rumeurs i'obseruay ce mystère,

Que lorsque du Dauphin ceste Royne accoucha Le Dauphin de là haut tout soudain se cacha ; Et plongeant dans les flots honteusement la teste, Il esmeut en soufflant une humide tempeste : Quand l'Hercule céleste aussitost arriuant Parut pour saluer nostre Hercule viuant.

Crois donc, Prince attendu, de qui tous ces Oracles Nous font encore après attendre des miracles : Fay nous voir que le Roy si grand et si parfait N'a rien fait de si grand comme de t'auoir fait. Crois viste pour toy-mesme, et pourtant de personnes : Crois pour tant de lauriers, et pour tant de couronnes, Suce auecque le laict tous les iours en croissant La crainte de Celuy qui t'a faict si puissant. Fuyant les voluptez aux Princes si communes, Tasche que tes vertus egallent tes fortunes : Et retenant les tiens par tes mœurs seulement , Par la peine des loix puny-les rarement : Àuecque la valeur fay marcher la clémence, Sois soudain au pardon et tardif à l'offence : Et ioignant au sçauoir la libéralité , Ouure toy le chemin à l'immortalité.

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