CONSTAMMENT
QV'EN RECVEILLANT LE FRVICT DE SA CONSTANCE (1).
STANCES
Beavté qui ne viuez que du trespas d'autruy, Et faictes que chacun à la mort se dispose, le veux, puisqu'il vous plaist, mourir en mon ennui : C'est viure, que mourir pour vne belle chose.
Sans attendre secours , ie ferai beaucoup mieux D'offrir à vos autels ma vie en sacrifice ; Car il viura tousiours qui mourra pour vos yeux r Et mourra sans loyer, qui vous fera seruice.
Mais ie voy que ma fin de rien ne seruiroit , . Et que plustost je doi tant de fiâmes esteindre : Se mocquant de ma mort seulement on diroit, Que ie voulois monter où l'on ne peut atteindre.
Puis ie suis d'vne humeur que quand on me réduit A ne rien espérer, je veux bien que l'on pense Que ie n'aime les fleurs que pour l'amour du fruict, Et qu'on m'oste l'amour, m'ostant la recompense.
(1) Despinelle, f« 156.
Qui s'engage en vos rais, il s'engage en sa mort, Et personne sans fruict ne veut perdre sa vie ; Vous deuez ou donner aux amants reconfort, Ou des seuls immortels tousiours estre seruie.
Aussi bien de vostre œil vous pourrez captiuer Les Dieux les plus puissans et plus remplis de gloire; Mais sans aimer trop haut, ie désire trouuer Mes lauriers asseurez en petite victoire.