‹ VautrinChapitre 35 sur 56 · SCÈNE III LA DUCHESSE DE CHRISTOVAL ^^AUTRIN · texte numérisé non relu

SCÈNE III LA DUCHESSE DE CHRISTOVAL ^^AUTRIN

VAUTRIN, à paH.

Si le Mexique se voyait représenter comme ça, il serait capable de me condamner aux a-mbassades à perpétuité. (Haut.) Oh ! excusez-moi, madame, j'ai tant de sujets de réflexions !

LA DUCHESSE

Si les préoccupations sont permises, n'est-ce pas à vous autres diplomates ?

Aux diplomates par état, oui ; mais je compte rester mihtaire et franc. Je veux réussir par la franchise. Nous voilà seuls, causons, car j'ai plus d'une mission déhcp.te.

lA DUCHESSE

Auriez -vous des nouvelles que ma fille ne devrait

pas entendre ?

Peut-être. Allons droit au fait : la senora est jeune et belle, elle est riche et noble; elle peut avoir quatre fois plus de prétendants que toute autre. On se dispute sa main. Eh bien ! son père me charge de savoir si elle a plus particuKèrement remarqué quelqu'un.

LA DUCHESSE

Avec un homme franc, général, je serai franche. L'étrangeté de votre demande ne me permet pas d'y répondre.

Ah ! prenez garde ! Pour ne jamais nous tromper, nous autres diplomates, n'ous interprétons toujours le silence en mauvaise part.

LA DUCHESSE

Monsieur, vous oubliez qu'il s'agit d'Inès de Christoval.

Elle n'aime personne. Eh bien ! elle pourra donc obéir aux vœux de son père.

LA DUCHESSE

Comment, monsieur de Christoval aurait disposé de sa fille ?

Vous le voyez, votre inquiétude vous trahit. Elle a donc fait un choix I Eh bien ! maintenant je tremble autant de vous interroger que vous de répondre. Ah ! si le jeune homme aimé par votre fille était un étranger, riche, en apparence sans famille, et qui cachât son pays...

LA DUCHESSE

Ce nom de Frescas, dit par vous, est celui que prend un jeune homme qui recherche Inès.

Se nommerait-il aussi Raoul ?

LA DUCHESS«E

Oui, Raoul de Frescas.

Un jeune homme fin, spirituel, élégant, vingttrois ans. ,

LA DUCHESSE

Doué de ces manières qui ne s'acquièrent pas.

Romanesque au point d'avoir eu l'ambition d'être aimé pour lui-même, en dépit d'une immense fortune ; il a voulu la passion dans le mariage, une folie ! Le jeune Amoagos, car c'est lui, madame...

LA DUCHESSE

Mais ce nom de Raoul n'est pas...

Mexicain, vous avez raison. Il lui a été donné par sa mère une Française, une émigrée, une demoiselle de Granville, venue de Saint-Domingue. L'imprudent est-il aimé ?

LA DUCHESSE

Préféré à tous !

Mais ouvrez cette lettre, lisez-la, madame ; et vous verrez que j'ai pleins pouvoir des seigneurs Amoagos et Christoval pour conclure ce mariage.

Oh ! laissez-moi, monsieur, rappeler Inès. (Elle

sort.)

Page 1