Vauvenargues
Luc de ^ auvenargues naquit à Aix, en Provence, le G août 1715. Sa famille était de petite noblesse, quoique de souche ancienne ; elle remontait au xiv^ siècle. Son père, Joseph de Clapiers, n'était que seigneur de Yauvenargues lorsque le marquisat lui fut conféré par lettres patentes du roi en 1722 ' ; mais l'excellence des services qui provoquèrent cette grâce royale suppléait à l'ancienneté du titre : premier consul d'Aix, il avait été le seul des magistrats à ne pas déserter son poste pendant la peste qui dévasta la ville en 1720, et il s'y était montré admirable de courage et de dévouement.
1. Ses armes étaient : fascc d'azur et ■ d'argent, de six pièces, au chef d'or.
Nous possédons si peu de renseignements sur la jeunesse de Yauvenargues que ces circonstances sont précieuses à connaître. Elles nous apprennent dans quelle atmosphère morale se forma le futur auteur des Réflexions et Ma.rlmes et dans quelles fortes traditions il fut élevé dès l'enfance. Sans exagérer l'importance des influences d'hérédité et de milieu, il est permis de croire que si Joseph de Clapiers, au lieu d'acconqjlir héroïquement son devoir, avait été homme à fuir l'épidémie qui désolait sa ville — comme (it, ])ar exemple, Montaigne étant maire de Bordeaux, — l'âme de son fils eût compté un degré de chaleur de moins.
11 est regrettable que Yauvenargues n'ait pas rencontré des conditions aussi favorables à la culture de son esprit qu'à l'éducation de son cœur. Elevé quelque temps d'abord au collège d'Aix, interrompu dans ses études par la faiblesse de sa santé, il se forma presque seul et comme au hasard. 11 n'acquit ({ue bien peu de ces connaissances générales qui font, pour ainsi dire, la base intellectuelle de toute une vie, et il ne sut jamais ni le latin ni le grec.
Vers l'âge de seize ans, à cet âge où, comme dit Charron, « l'âme, toute neuve et blanche, tendre et molle, reçoit fort aisément les impressions et puis ne les |)erd plus », il rencontra dans ses lectures une traduction des Vies de Plutarepie, cl il en