Végétaux fossiles de Normandie
Les divers bois qui font l'objet de cette étude sont tous mésozoïques. Ils ont été, sauf un, trouvés à l’état de fragments dépourvus d'écorce étudiable. Dans quelques cas seulement ils sont accompagnés de la région centrale (moelle ou cordon ligneux primaire) de l'organe dont ils dépendaient.
Tous appartiennent à la collection paléontologique de la Galerie botanique de Caen et leur étude sera présentée suivant leur ordre d'inscription dans cette collection.
La plupart sont des bois de Conifères, deux seulement doivent être rapportés aux
Dicotylédones.
En ce qui concerne les bois de Conifères fossiles on sait, surtout depuis les travaux de Kraus et d'Essner, combien difficile et aléatoire est leur détermination et surtout combien dangereux est leur rapprochement de ceux des familles, des genres et des espèces actuels. On n'ignore plus'en effet combien grandes sont les variations des tissus ligneux suivant que l’on a affaire, même dans le corps d'un même individu, à la racine, à la tige ou à des branches, suivant que l’on étudie chacun de ces organes à des niveaux différents, oubien suivant qu'on les observe, pour un même niveau, dans des couches jeunes ou âgées; combien encore d'un individu à l’autre, même en des points comparables, il se produit de variations selon les conditions biologiques dans lesquelles ils ont poussé.
Dans de telles conditions j'ai cru devoir, conformément aux conclusions de Kraus (51, t. Il, p. 363), me borner à grouper les bois de Conifères que renferme cette étude dans les cinq types maintenant classiques : Araucarioxylon, Cedroxylon, Pityoxylon, Cupressinoxylon (Gupressoxylon) et Taxoxylon. Il ne m'a pas semblé bon d'adopter dès maintenant les divisions plus spéciales présentées par GOTHAN (22, p. 101) ; cependant toutes les fois que cela m’a été possible, j'ai montré la façon dont elles pourraient être employées le cas échéant.
Pour l’un de ces bois j'ai cru devoir remplacer la finale xylon par la finale caulon, Dans ma pensée, cette légère modification, n'apporte aucune dérogation à
tm ESS pod .
la classification ci-dessus. Elle est simplement en rapport avec le fait que l’échantillon en question possédait tous les tissus dont se compose une tige normale : moelle, bois et écorce. |
C’est pour une raison semblable que j'ai employé la finale phloios en faveur d’un autre échantillon.
D’autre part, admettant en principe que les dénominations Araucarioxylon, Cedroxylon, etc., ne préjugent rien quant à la nature du membre auquel appartient l'échantillon, je les ai employées sans adjonction toutes les fois que la nature de ce membre m'était réellement inconnue, Lorsque, au contraire, j'avais eu par l'étude de sa région centrale ou autrement la preuve indiscutable qu'il était une tige ou une racine, j'ai cru devoir, à l’exemple de CoNwentrz et de FELIX, faire précéder les désignations ordinaires des préfixes explicites Cormo- ou Rhizo-, J'ai pensé en effet qu'il y avait là un usage utile pour le lecteur et qui devra singulièrement l'aider dans la compréhension et dans l’utilisation des notions que fournissent les bois en question. Du reste en agissant ainsi, je n’ai, en somme, fait que me conformer aux usages de la nomenclature en paléontologie végétale.
Lorsque j'en fus venu à vouloir comparer mes échantillons avec les bois fossiles déjà décrits, j’eus le regret de constater combien ce travail était, trop souvent, rendu difficile ou même impossible par l'insuffisance de la description et de la figuration de ces derniers. Aussi, tenant à éviter, autant que possible, à mes successeurs de semblables difficultés, j'ai cru devoir fournir pour chaque échantillon autant de renseignements documentaires que je le pouvais,
Certes je n’ignore pas qu’en l’état actuel de nos connaissances, beaucoup des caractères que j'ai donnés doivent être considérés comme inutiles, parce que aléatoires en raison de leur grande variabilité, et que, par suite, ils seront peu utilisables pour la classification. Mais il se peut que des recherches ultérieures en augmentent ou du moins en spécifient mieux la valeur systématique. Et puis peutêtre un jour sera-t-il possible de les utiliser autrement que pour la systématique ?
Telles sont les considérations qui m'ont amené à multiplier les indications descriptives de mes échantillons toutes les fois que l’état de leur conservation me permettait de le faire. Chacun aura ainsi la liberté d’y choisir tel document qui pourra lui être utile.
Toutefois, j'ai cru devoir signaler par l'emploi d’italiques, celles de ces particularités qui me paraissaient devoir être considérées comme plus importantes, En outre dans les diagnoses finales, je n’ai admis que ceux des caractères qui me semblaient
avoir une importance réelle.
Pour accroître la valeur des données histologiques recueillies dans chacun de mes échantillons et me souvenant des conclusions de Kraus et d'Essner, je me
suis toujours, à moins d'indications contraires, efforcé de les recueillir /e plus loin possible du centre de l'organe, c'est-à-dire là où d’habitude elles ont atteint une constance qui permet de les utiliser plus facilement.
C’est pour des raisons analogues que j'ai, toutes les fois que cela était possible, indiqué si le fragment de bois provenait d’une tige ou d’une racine.
Nulle part je n’ai noté la longueur des trachéides. C’est là en effet un caractère qu'il m'a paru impossible de reconnaître avec quelque certitude sur des sections dont le parallélisme avec la direction des trachéides est à peu près toujours insuffisant,
Les observations de Kraus (82), d’Essxer (10) et de Goran (22) tendent à démontrer que les rayons de faisceaux sont appelés à prendre place parmi les tissus les plus faciles à utiliser dans la détermination et la classification des bois de Conifères fossiles. J'ai donc recueilli sur leur structure le plus de renseignements possible : nombre de rayons au millimètre carré des sections tangentielles, nombre de leurs étages, taille de leurs cellules, ornementation de leurs parois, etc. En ce qui concerne le nombre de leurs étages je ne mesuis pas borné, comme le demande Kraus (32, p. 18), à donner des nombres moyen et limites, j'ai, pour chaque échantillon, fourni un tableau indiquant les proportions suivant lesquelles se répartissent cent rayons considérés en raison du nombre de leurs étages. J'ai en outre établi des diagrammes faciles à consulter (voir PI. XXI) dans lesquels les abscisses figurent les catégories de rayons en raison du nombre de leurs étages, et les ordonnées le nombre des rayons sur cent dans chaque catégorie. Bien entendu, ainsi que je l’ai déjà indiqué, je me suis efforcé de toujours prendre sur eux mes renseignements aussi loin que possible du centre de l'organe.
J'aurais voulu afin de mieux mettre à profit les conclusions de Gorxan (22) noter plus souvent les ornementations des cellules dans les rayons médullaires, malheureusement l'observation de ces ornementations sur les fossiles est toujours difficile, souvent même rendue impossible soit par latrop grande transparence ou à l'inverse par l'opacité des préparations, soit souvent par la présence de substances noires opaques.
On sait qu’en face des cellules des rayons de faisceaux, les trachéides offrent des ponctuations dont le nombre, la répartition et la structure ont été employés avec quelque succès pour la détermination des bois de Conifères. Afin d'en faciliter la description, j'ai désigné sous le nom d'aire mitoyénne la surface en général rectangulaire (Kreuzungsfeld de GorHAN) par laquelle chaque trachéide dirigée verticalement prend contact avec chaque cellule de rayon de faisceau étirée radialement. Cette aire mitoyenne me servira en quelque sorte d'unité pour apprécier la valeur des ornementations pariétales entre les trachéides et les rayons de faisceaux.
MarkreLor(37,p. 33), Tayserron Dyer (64, p. 423) et Tison (66, p. 79), ont
signalé et décrit la particularité qu’offrent les Araucariées d’allonger progressive-
‘ment leurs faisceaux foliaires sortants à mesure de la croissance du tronc et même après la chute des feuilles. Ils ont montré que, par suite, on peut parfois les retrouver encore dans les couchés ligneuses de la 60° année. Persuadé que c'est là un caractère qui peut être employé avec fruit, j'ai toujours, sur mes sections tangentielles pratiquées aussi loin que possible de la moelle, recherché l’existence de tels faisceaux : j’ai en outre noté leurs particularités structurales.
Tous les bois ont été étudiés au moyen d’au moins une section suivant chacune des trois directions transversale, radiale et tangentielle. Lorsque la pénétration du calcaire ou de la silice les avait rendus trop transparents, j'ai toujours tenté la ‘coloration, quelquefois sans résultat sérieux mais d’autres fois avec un succès
‘convenable. Jamais cependant je n’ai pu retrouver celui que j'avais obtenu avec le Cycadeoidea micromyela (85, I).
Pour la détermination des deux bois de Dicotylédones que renferme cette étude, je me suis certes servi des renseignements que donne la bibliographie ainsi que ‘des indications fournies par les empreintes signalées dans des terrains synchroniques. Mais j'ai surtout consulté l'importante collection de préparations faites sur des plantes actuelles que possède l’Institut botanique de Caen. Toutes les familles représentées dans cette collection ont, tout d'abord, été successivement passées en revue et comparées, caractère à caractère, avec mes deux fossiles ; d’où une ‘première élimination de toutes celles avec lesquelles l'assimilation était impossible.
Reprenant ensuite les plantes qui, par quelque caractère, pouvaient offrir quel- ‘que ressemblance avec les deux fossiles, je les ai soumises à un examen prolongé qui peu à peu, à la suite de nouvelles éliminations successives, m'a amené aux conclusions exposées au cours de ce travail.
Pour la dénomination de ces bois de Dicotylédones, j'ai cru devoir employer les ‘mêmes procédés que pour les Conifères, procédés qui ont d'ailleurs été déjà ‘utilisés dans des conditions analogues par divers paléontologues.
Parmi les bois décrits dans ce fascicule, seuls ceux dont la conservation était suffisante pour en donner une diagnose sérieuse, recevront un nom spécifique s'ils ne peuvent être assimilé à aucun autre déjà décrit. Les autres, c'est-à-dire ceux dont la conservation est inférieure, seront simplement rapportés au genre le plus probable et désigné par le numéro d'ordre de la Galerie botanique de Caen.
En outre des fragmenis de bois ici décrits, la Galerie en renferme encore un assez grand nombre. Je ne considère donc le présent mémoire que comme un premier fascicule devant, j'espère, être suivi d’autres.
Qu'il me soit permis, en terminant, d'adresser ici mes sincères remerciements à M. LecourTe, professeur au Museum de Paris, qui m'a permis de faire dans son