Le début du paragraphe précédent montre que l’accouple
(4) C.-Eg. BERTRAND (2, p. 69) et Van TiecHEm (65, p. 1257), décrivent bien des vaisseaux ‘scalariformes dans les faisceaux foliaires de certains Conifères du groupe des Abiétinées, mais je ne crois pas qu’on en ait encore mentionné chez les Araucariées.
Peut-être puis-je rappeler ici que de semblables vaisseaux ont’ été signalés et figurés dans les faisceaux foliaires du Cycadeoîdea micromyela (35, p. 351, fig: 16-17) qui par leur structure « rappellent davantage ceux des’ Conifères que ceux de Cycadées ». Le bois de la couronne caulinaire des Cordaïtées présente également une couche épaisse de tubes scalariformes qui précèdent les tubes aréolés.
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ment de deux files trachéidiennes radiales de, diamètre tangentiel inégal résulte fréquemment de ce que la section a rencontré la région, des biseaux entre deux trachéides. superposées.
De cette observation, on doit conclure que pour prendre Îles dimensions moyennes tangentielles de la section des trachéides, il ne faut jamais s'adresser aux files paraissant dédoublées. Seules les files larges (non dédoublées), c'est-à-dire, celles dans lesquelles les trachéides sont coupées à peu près au milieu de leur longueur, ou du moins, en dehors de leurs biseaux, doivent être interrogées. Les moyennes tangentielles doivent être obtenues par la comparaison de ces seules
. files larges entre elles et non, comme on le fait trop souvent, par celle d’un certain nombre de files quelconques les unes larges, les autres étroites prises côte à côte. Dans ce dernier, cas, en effet, on
fait, dans l'établissement de Ja moyenne, intervenir les diamètres. tangentiels de certains, biseaux comme diamètres de trachéides entières et par suite l’on obtient certainement une moyenne beaucoup trop faible.
11. Le C.-A. crasseradiatum nous a montré, mais avec une intensité inusitée, un fait déjà signalé chez certains Conifères vivants, à savoir l'épaississement. des parois trachéidiennes lorsqu'elles. arrivent au contact des rayons de faisceaux. La même particularité s’est encore retrouvée dans la région circummédullaire de l’A. breveradiatum.
12. Beaucoup des bois que renferme cette. étude présentent une, particularité qui, je crois, n'a pas été signalée chez les bois actuels. de Conifères, au moins dans un tel état d'intensité. Il s’agit du cloisonnement des trachéides au niveau où elles sont en contact avec les rayons de faisceaux.
Chez plusieurs, le fait ne se montre que d’une façon sporadique, mais chez deux d’entre eux, le C.-A. crasseradiatum 8 et l'A. breveradiatum, il s'offre avec une puissance et une abondance remarquables. Là, toutes ou presque toutes les trachéides subissent 1, 2, et quelquefois même. 3 cloisonnements transversaux. En.outre, surtout chez le second; ces cloisonnements sont presque toujours accompagnés d’un véritable étranglement de la lumière trachéidienne, étranglement dû à un épaississement. local de. la. paroi longitudinale. Ce. dernier prend même, souvent une puissance considérable et:s’étend' jusque sur.les cloisons transversales.
13. La façon dont les faits précédents se présentent autorise à se demander si, en réalité, le cloisonnement des trachéides et l’épaississement des parois longitudinales ne doivent pas être considérés comme des particularités physiologiques comparables quoique différentes et produites sous l’influence de causes semblables, mais plus ou moins puissantes. L’assimilation que j'ai faite entre les échantillons types du C.-A. crasseradiatum et l’éch® n° 57 (C.-A. crasseradiatum 8), si elle est juste, semble apporter un puissant argument en faveur de cette opinion (1).
Il y a lieu d'ajouter que chez les deux espèces en question (C.-A. crasseradiatum $ et À. breveradiatum), la formation des cloisons transversales était toujours plus ou moins accompagnée de l’accumulation des substances .intracellulaires qui, après fossilisation, se montrent en noir opaque dans les régions recloisonnées.
14. La prédominance des Araucarioxylon parmi les bois jurassiques et leur persistance parmi les bois crétaciques sont affirmées par cette étude. Celle-ci vient donc apporter, spécialement en ce qui concerne la Normandie, une nouvelle preuve en faveur de l'opinion émise par SEwaRD et Forp (56, p. 377-378), relativement à la grande abondance des Araucariées pendant les époques jurassique et wealdienne.
15. De même que ceux des Araucariées actuelles, les faisceaux sortants des Araucarioxæylon étudiés ici sont très petits, sauf cependant ceux de l’éch® n° 4 (Cormaraucarioxylon divesence) que je n'ai d’ailleurs rapporté à ce type qu'avec beaucoup de doute.
Si donc l'on admet que de même que chez les plantes actuelles, la taille des faisceaux sortants était, dans une certaine mesure, en rapport avec le D ment de la feuille, on est amené à penser
(1) Peut-être y a-t-il là, en effet, uüe application de la Loi de tite Hbres: de c. -Eug. Baniienn : (Bull. Soc. Bot. de France, t. XXXI, 1884), la surface limite des. deux tissus de tension différente qui sont, d’ une part, les rayons de faisceaux à croissance transversale et, d'autre part, les trachéides à croissance longitudinale, agissant comme surfacé itritante. L’ épaississement des parois, dans un cas, etles cloisonnements perpendiculaires à la surface des rayons, dans l’autre, ne seraient que le résultat. de deux modes de réaction, de cinisation des trachéides. Ils seraient donc, dans une certaine mesure, comparables aux particularités défensives ‘des assises (plissée endodermique et péricyclique) qui se produisent de chaque côté de la surface imite commune du cylindre central et du parenchyme cortical dans la racine, le premier de croissance longitudinale, le second de croissance transversale (voir à ce sujet : LIGNIER, Contribution à la nomenclature des tissus secondaires, Bull. SOC. te de Normandie, 4 sér., 9° vol., 1895). :
que chez le C.-A. crasseradiatum (Ech°" 1 et 8, Prép°" 12 et Ech° 57), les feuilles étaient à peu près de la taille de celles de l’Araucaria excelsa ou au plus de l’A. Bidioilli. De même les feuilles de 4. Tranchanti (Ech°® 9), étaient probablement plus petites encore. Aussi, n'étaient les roulures que JEerFREY (27, p. 393) signale comme caractéristiques des Brachyphyllum, j'eusse été tenté de rapporter l’éch” 9 au bois de ce dernier genre dont il a les larges ponctuations aréolées.
16. En ce qui concerne le Cormaraucarioxæylon divesence dont j'ai montré combien, à divers points de vue, le bois rappelle celui des Cordaïtées, la grande taille relative de ses faisceaux sortants montre que justement il devait avoir de grandes feuilles, ou du moins des feuilles beaucoup plus grandes que celles de l’Araucaria imbricata (1). Peut-être doit-on considérer cette particularité comme le rapprochant, elle aussi, des Cordaïtées ? On serait ainsi amené finalement à se demander si vraiment, malgré l'époque récente à laquelle il a vécu, le C.-A. divesence ne représenterait pas quelque descendant tardif de la grande famille des Cordaïtées.
Je sais bien que la plupart des HO ais limitent le règne des Cordaïtées au paléozoïque, mais je tiens à rappeler ici que j'ai décrit et figuré (35, 11, p. 135 et PI. VII, fig. 13) des Ayrtisia bien caractérisés, provenant des grès de St-Honorine-la-Guillaume (Orne), c’est-à-dire d'un terrain unanimement rapporté au Lias et d'habitude au Lias moyen. De telle sorte que l’on peut affirmer, qu’au moins en Normandie, les Cordaïtées ont persisté jusqu'à l'époque liasique. C'est d’ailleurs la conclusion à laquelle est également arrivé ZEILLER (71, p. 213) et je ne pense pas que les nouvelles observations de Jererey (25, p. 9 et fig. 21, PI. III) sur la moelle cloisonnée de certains Abies, puisse, en jetant des doutes sur l'interprétation des Artisia, venir apporter une objection sérieuse à cette manière de voir.
Les Cordaïtées ont donc, en Normandie, vécu à l'époque liasique. Est- il donc dès lors impossible que dans la même contrée quelquesuns de leurs descendants aient persisté jusque dans la base de l’Oxfordien ? Je ne le crois pas et j'en conclus que le C.-A. | divesence. pourrait être un de ces derniers descendants.
() On ne peut faire intervenir ici pour comparaison les grandes feuilles de certains Agathis, 5 cellesci étant desservies par un couple de faisceaux et non par un faisceau unique. ë
17: Parmi les bois. de Conifères autres que ceux des Araucariées, Il y..a lieu de signaler le Rhizocupressinoxylon liasinum, d'abord parce qu'il a été trouvé dans le Lias, moyen, c’est-à-dire, à un niveau bien inférieur, à ceux dans.lesquels on avait, jusqu'à présent, rencontré le trpe Cupressinoæylon, et ensuite parce qu’une, détermination plus, approfondie semble pouvoir le faire rapporter plus spécialement aux. Taxodinées (Glyptostrobus ou Cunninghamia).
La présence d’un autre Cupressinoæylon et d'un Cedroæylon dans l'Infracrétacé ne fait que confirmer et préciser les données déjà acquises dans des régions. voisines, en Angleterre et dans l’Argonne; sur la distribution géographique de ces types à cette époque.
18. La constatation de l'existence d'une Hamamélidée près de Vimoutiers et d’une Salicinée auprès du Havre à l'époque cénomanienne, apporte deux documents précieux, pour l'établissement de la distribution géographique des Dicotylédones à cette époque reculée. Elle n’a cependant rien qui doive nous trop surprendre.
On savait déjà par H£er que les Salicinées se rencontrent dans l'Infracrétacé du Groënland (71, p. 108 et 14, p. 147), par FONTAINE et Lester Wa», dans celui de la Virginie (88, p. 1294) et par DE SAPORTA (49, p. 181) dans, celui du Portugal. On en connaît, d'autre part, de bonnes stations cénomaniennes, en particulier au Dakota (34, p.58), et,peut-être en. Bohême. Quant aux Hamamélidées, on les a de même reconnues (Liquidambær) dans les couches du Dakota (34, p. 56), justement à côté de diverses Salicinées, c'est-à-dire dans des conditions à. peu près comparables à celles que. nous fournit la présente étude.
On sait enfin que les Salicinées et même les Hamamélidées eurent de bonne heure, pendant le Tertiaire, un beau développement européen. |
Venant après toutes ces constatations, la découverte du bois de Salicmée au cap de la. Hève et de celui. d'Hamamélidée auprès, de Vimoutiers, permet du, moins de. mieux préciser l’aire de dispersion de la flore dicotylédone crétacique. Déjà connue dans Île nord, de l'Amérique, au Groënland, au Portugal et peut-être en Bohême, elle elle a eu également des représentants cénomaniens en Normandie.
19. On a souvent essayé de se baser sur le degré de l'intensité qu'offre la caractérisation des couches annuelles dans les bois fossiles,
pour arriver à connaître l’époque d'apparition des saisons à la surface de la terre, et souvent on a été alors amené à constater des contradictions flagrantes.
A ce point de vue la présente étude ne diffère pas des précédentes. C’est ainsi que le bois le plus ancien, Rhisocupressinoæylon liasinum, offre des couches annuelles nettes alors que l’Araucariocaulon breveradiatum, qui est cénomanien, n’en a que d’à peines distinctes.
Pour expliquer ces contradictions, on a émis l’idée que la formation des couches annuelles n’est pas seulement fonction du climat mais aussi de l'espèce, au moins dans un certaine mesure."Tout en acceptant la valeur réelle de cet argument, ne pourrait-on pas en outre admettre avec Fricxe (15, p. 183et 18, p. 22), que, dans nos appréciations, il y a lieu de tenir grand compte de l’altitude ainsi que de la topographie.
Ne voit-on pas de nos jours, en certaïñis pays, en Guinée, par
‘èxemple, les régions basses et les vallées encaissées et bien arrosées, ‘être recouvertes d'une végétation équatoriale à croissance à peu près
constante, alors que les plateaux supérieurs, malgré leur peu d'élévation, subissent des variations saisonnières intenses et possèdent une flore qui présente même quelques points de contact avec la flore européenne ? Or, il est à supposer que dans les régions basses, les couches annuelles des troncs sont peu caractérisées, tandis qu'elles sont au contraire bien différenciées chez ceux des régions hautes ? Ne peut-on dès lors admettre que dans de tels pays les eaux de-ruisséllement puissent réunir, dans les alluvions des régions basses, des bois
‘sèmblant indiquer par leur structure, des climats différents ‘et ‘en quelque sorte contradictoires ?
Ces conditions des pays tropicaux actuels, n’ont-elles pu se rencontrer autrefois en Normandie, alors que celle-ci nourrissait encore tant de plantes des régions chaudes?