PI. XIX
parfois même irrégulièrement sclérifiées et perforées de ponctuations simples ; leur diamètre peut être plus grand que celui des trachéides voisines et atteindre 20 et 30u. Leur contenu est beaucoup plus abondant. Ce ne sont plus d’ordinaire de petites gouttelettes éparses, mais des sortes de grandes gouttes, d'aspect également huileux, allongées, fig. Il, et qui souvent emplissent presque la totalité de la cavité cellulaire. A l’intérieur de ces gouttes, la matière noire prend des aspects variés : ou bien elle forme une baguette noire longitudinale axiale, craquelée (c et d), dont l'aspect rappelle entièrement le granule noir des précédentes gouttelettes ; ou bien elle est spumeuse et forme, dans la goutte, une masse plus ou moins abondante, a, b. Lorsque celle-ci est très abondante, sa surface semble se confondre presque complètement avec celle de la goutte. Entre la forme en baguette et la forme spumeuse, on trouve tous les termes de passage,
et il n'est pas rare de voir une masse spumeuse se prolonger en une baguette charbonneuse, comme en 4 et en c. D’autres fois enfin les gouttes huileuses sont beaucoup moins grosses et, là encore, tous les termes de passage existent entre les gouttes précédentes et les gouttelettes, e.
Cette région centrale du tronc offre encore une autre particularité intéressante. Toutes ou presque toutes les trachéides sont recloisonnées une ou deux fois dans les points où elles arrivent en bordure des rayons de faisceaux. Certes c’est là un phénomène que j'ai déjà eu à signaler dans presque tous les bois précédents, mais comme s'y produisant d’une façon tout à fait sporadique : ici au contraire il apparaît avec une abondance et une intensité vraiment remarquables (1). Je n’ai pas eu à le signaler dans la région étudiée à la périphérie du tronc de telle sorte qu'on serait tenté de le considérer comme accidentel, Cependant il paraît être absolument général dans la région centrale du tronc, car je l’ai retrouvé, sur toutes més sections, à 3% de la moelle comme à 1" et suivant des rayons très divers.
Dans les cas les plus simples, la ou les cloisons qui coupent la trachéide au niveau du rayon de faisceaux, sont restées minces de même que dans les cas précédents ; mais, même dans ce cas, il se produit une particularité très apparente : grâce à un épaississement local des parois longitudinales, la cavité trachéidienne est étranglée au niveau de la cloison, a, fig. 38. L’épaississement longitudinal en question semble dû à l'existence d'un revêtement de la paroi primitive, revêtement dont l'aspect blanc-nacré rappelle assez bien celui des membranes collenchymateuses, En outre la membrane transversale est toujours tapissée par une petite couche de substance noire qui remonte plus ou moins le long des parois longitudinales.
Le plus souvent, la structure du cloisonnement transversal est beaucoup plus complexe. L’épaississement longitudinal nacré s'étend alors sur toute la paroi transversale, de telle sorte qu’à la place de cette membrane primitive terne, il s'est, en quelque sorte, substitué une membrane blanche d'épaisseur variable, mais qui peut aller jusqu’à 7 p, d. Simultanément le revêtement longitudinal s’épaissit, et il y a de la sorte, formation non plus seulement d’un simple étranglement, mais bien d’une façon de goulot soit allongé et étroit, c, soit court et large, c’, dans lequel la substance noire est accumulée en grande abondance, Une telle formation peut se pro= duire tantôt d’un seul côté, tantôt des deux côtés de la cloison transversale, en d. Ailleurs, si la trachéide comporte deux cloisons successives , les revêtements intermédiaires pourront se rejoindre et enclore une cavité cellulaire étroite et remplie de substance noire, e.
I ne faut pas confondre les trachéides ainsi modifiées au contact des rayons de faisceaux, avec les files de cellules résinifères. Certes, je l’ai déjà dit, celles-ci
(1) Sewarp et ForD (56, p. 342) signalent ‘épaisses cloisons transversales dans les trachéides du bois d’Araucaria, mais ils les considèrent comme exceptionnelles,
passent fréquemment aussi au contact des rayons de faisceaux, mais elles n'y subissent aucune des modifications ci-dessus. En outre, les trachéides recloisonnées se montrent toujours absolument normales en dehors de ces régions de recloisonnement.
Vues en section transversale, en raison des faits précédents les trachéides de bordure des rayons médullaires montrent une paroi épaisse qui rappelle beaucoup celles des échantillons n° 1 et 3 ; elles ont en plus une lumière remplie de substance noire, fig. 37. Ces deux particularités peuvent du reste se prolonger au-dessus et audessous des rayons médullaires, c’est-à-dire dans les deux files de trachéides redevenues contiguës (1).
J'ai, précédemment, montré l'avantage qu’il y a à rechercher l'existence de faisceaux foliaires persistants, puisque, au moins dans la nature actuelle, leur présence semble permettre de reconnaître les bois d’Araucariées, Or, dans le cas de l'échantillon n° 10, je n'ai pu en observer aucun, non seulement sur les sections tangentielles pratiquées à la périphérie du cylindre ligneux, mais même sur celles pratiquées plus près du centre. Et cependant ces dernières mesurent, l’une, pratiquée à 1°"5 dela moelle, 2em50 X2°m50, l’autre, pratiquée à 3cn, 2850 X 3m (2).
ec. Ecorce. L'écorce subsistante est évidemment stratifiée, surtout dans sa partie interne, Cette stratification est marquée, non seulement par les lignes concentriques de gros canaux résinifères (les points blancs de l’étude macroscopique, fig. 79, PI. XXIIT), mais encore par des bandes scléreuses, d’ailleurs beaucoup moins régulières et beaucoup moins facilement reconnaissables que les lignes de canaux.
En partant de la face interne de l’écorce et en allant vers l'extérieur, on reconnaît successivement, au moins autant que le permet la conservation insuffisante des tissus :
1o Une zone interne, ei, fig. 79, épaisse en moyenne de 1""5, dans laquelle les tissus sont tous, ou presque tous, restés mous et dont la partie la plus intérieure, au voisinage de la zone cambiale, est écrasée et vraiment en très mauvais état ;
20 Une zone moyenne, em, de 6 à 7mm d'épaisseur, dans laquelle les sclérifications sont abondantes mais n’empêchent pas de reconnaître la stratification ;
30 Une zone extérieure, ec, également en partie sclérifiée et résinifère, mais dans laquelle des modifications tardives et l'apparition de phellogènes superficiels
ont fait disparaître la stratification.
(1) J'ai dit, p. 281, qu’en certains points de la périphérie du tronc, dont les tissus avaient évidemmeut subi une altération, la cavité des trachéides était remplie d’une substance d'ordinaire marron, mais pouvant également être noire. Il ne faut pas confondre cette particularité résultat d’une altération, avec la précédente. Elle n’est d’ailleurs pas limitée au contact des rayons de faisceaux ; elle se retrouve dans toute une région. En outre, les sections longitudinales n’ÿ montrent aucun recloisonnement transversal ni aucun revêtement pariétal supplémentaire ; enfin la substance colorée remplit les cavités trachéidiennes d’un bout à l’autre.
(2) Ces deux préparations ont, il est vrai, été faites l’une derrière l’autre, de telle sorte qu’elles se
superposent en partie.
a. Dans la zone interne, la presque totalité des tissus, qui étaient parenchymateux, sont devenus illisibles par trop grande transparence. Cependant on y reconnaît de nombreuses fibres libériennes, fl, fig. 39, isolées et dispersées sans ordre apparent, quoique peut-être un peu plus accumulées dans certaines zones, J'en ai compté de 250 à 400 au millim, carré, ei, fig. 80, PI. XXIII. Chaque fibre offre une section sensiblement arrondie, avec une lumière ponctiforme. La membrane secondaire, fig. 40, se montre pourvue de fines stries concentriques et traversée par des ponctuations radiées filiformes (1). Cette membrane secondaire est toujours plus ou moins contractée et, par suite, décollée de la membrane primaire. Basé sur la présence de cette dernière, le diamètre des fibres libériennes se montre, en général, d'environ 25 à 35 pu.
Il est remarquable que, tandis que le reste des tissus de cette région sont restés encore entièrement parenchymateux, les fibres s’y montrent déjà complètement sclérifiées jusque très près du cambium, fig. 77, Pl. XXII, et qu’elles y ont déjà acquis les dimensions et la structure qu'elles conserveront désormais sans modification. Il est donc évident que la différenciation des tissus nés du cambium se faisait avec une grande rapidité et que tous les tissus parenchymateux, dans lesquels sont plongées les fibres, étaient déjà en activité fonctionnelle.
Peut-être dans ce liber parenchymateux certaines cellules commencçaient-elles déjà à s’élargir et à préparer ainsi leur évolution en sclérites, mais je crois pouvoir affirmer qu'aucune d’elles n'avait encore commencé sa sclérification.
Parfois le même tissu semble intérieurement renfermer un cercle de canaux résinifères en voie de formation ; mais ce n’est en réalité que contre le bord externe de cette zone que se trouve la première ligne bien reconnaissable de semblables canaux. [ls y sont très bien caractérisés et la cavité de certains d’entre eux atteint déjà un diamètre de près de 200 u, fig. 80, PI. XXIII.
8. C'est contre le bord interne de la zone libérienne moyenne que se voient les premières sclérites caractérisées, et il est à remarquer que la sclérification de leurs membranes y est déjà très avancée, peut-être même complète. En somme donc, entre le liber parenchymateux et le liber scléreux, la délimitation est brusque.
Les sclérites sont de taille excessivement variable, sc/, fig. 39; certaines peuvent atteindre une taille énorme, jusqu’à 300 & en section transversale et 370 x en section longitudinale; ces dernières se rencontrent surtout dans les zones libériennes qui sont spécialement scléreuses, Elles sont de forme irrégulière, quelquefois même très légèrement rameuses, fréquemment un peu allongées dans le sens longitudinal, fig. 41; leur dispersion est irrégulière. La plupart du temps leurs parois sont puissamment épaissies et ne laissent à leur intérieur qu’une lumière réduite quoique
(1) Je n’y ai pas reconnu l'existence des cristaux d’oxalate de chaux que Sewarp et Foro /56, p. 343) signalent dans les fibres des Araucariées actuelles.
irrégulièrement rameuse. Les striations concentriques de ces parois sont peu visibles mais leurs perforations se voient parfois avec assez de facilité ; ce sont des canalicules étroits et plus ou moins ramifiés, fig. 42.
Ces cellules pierreuses sont tantôt isolées, tantôt, le plus souvent, groupées en nodules puissants. Elles sont plongées au milieu d’un tissu parenchymateux, d'ordinaire assez mal conservé, au milieu duquel se retrouvent, outre les fibres déjà décrites et non modifiées, de nombreux tubes grillagés, tg, fig. 41, reconnaissables sur les sections longitudinales, grâce à leurs parois criblées.
Il semble que là où les tissus se montrent uniquement scléreux, cet aspect soit secondaire et dû à l’hypertrophie tardive d'éléments qui, primitivement petits et séparés, se seraient ensuite rejoints réciproquement, écrasant entre eux tous les tissus intercalés. Il n’est pas rare en effet d’apercevoir des fibres isolées au milieu de nodules scléreux et comme encastrées dans leur intérieur entre deux sclérites, fr, fig. 39. Or ceci laisse supposer que si, grâce à leur puissante structure, ces fibres ont pu subsister dans une telle situation, il n'a pas dû en être de même pour les tissus parenchymateux placés en pareille occurrence ; ces derniers ont dû être écrasés et disparaître.
Vus sur les sections longitudinales les tubes grillagés se montrent avec des diamètres très variables ; il m'a semblé cependant qu'ils n'avaient jamais plus de 20 à 22 y dans le sens tangentiel et 10 & dans le sens radial. Leurs paroiïs longitudinales, probablement aussi bien celles qui sont radiales que celles qui sont tangentielles, sont littéralement couvertes de plages criblées, allongées transversalement. Tantôt ces plages se superposent sans discontinuité sur toute la longueur de la paroi, qui se trouve ainsi transformée en un immense grillage, fig. 67, PI. XXI, tantôt elles sont localisées dans des grillages plus courts, a, fig. 43, PI. XIX, qui parfois peuvent, semble-t-il, s'étendre sur deux faces contiguës du tube, à.
Les sections longitudinales et transversales m'ont en outre montré, dans cette région parenchymateuse du liber, des files de cellules résinifères, r, fig. 39, dont la structure ne m’a pas paru différer de celles que J'ai décrites dans le bois,
Outre tous les tissus et éléments précédents la zone médiane de l'écorce renferme encore plusieurs rangs concentriques de canaux résinifères. Ils sont en général beaucoup plus gros que ceux de la zone interne. Chacun d'eux comprend 1° un méat central, bourré de résine — c’est elle qui forme les points blancs visibles à l'œil nu, fig. 79, PL. XXIII—et qui peut atteindre jusqu’à 450 a de diamètre; 2° une enveloppe de tissus parenchymateux à parois très minces qui, bordée contre le méat par une sorte d'assise épithéliale, est épaisse d'environ 200 y et dont la translucidité tranche sur l’opacité des tissus voisins ; cette enveloppe représente probablement le tissus sécréteur. Les sections longitudinales montrent que ces appareils sont bier des canaux et non des nodules.
Les rayons de faisceaux de ces régions libériennes ne peuvent être reconnus
ni sur les sections transversales ni sur les sections longitudinales. Il m'est donc impossible d'en donner aucune description. Il est en outre probable que mes descriptions précédentes s'appliquent au moins en partie à des éléments nés dans ces rayons de faisceaux.
y. Dans la zone libérienne externe on retrouve tous les éléments qui viennent d'être décrits, mais leur ensemble n'offre plus la même régularité ; les tissus parenchymateux y sont très modifiés, les canaux résinifères y sont souvent disloqués ; des zones génératrices phellogènes y apparaissent le long de la surface externe et même, par places, pénètrent plus intérieurement,
Ces dernières, par leur structure, rappellent presque entièrement celles des Araucariées actuelles. Les tissus phellodermiques qu’elles produisent sont formés de cellules plates, à parois minces et probablement uniquement subérifiées.
La fig. 78, PI. XXII représente un phelloderme elliptique rencontré par la section transversale de l'écorce externe. Son aspect fait songer à première vue à l'existence d'un petit rameau sortant à symétrie distique, dont le cercle en question représenterait la couronne libéro-ligneuse, Mais il ne peut y avoir de doute ce cercle est d'origine phellodermique et non d'origine libéro-ligneuse. L'état des tissus enveloppés par lui ne permet pas de reconnaître leur nature et il m'est impossible de dire s'ils renfermaient ou non des cordons qu’on pourrait rapporter à un système libéro-ligneux très jeune.
En résumé, dans l'échantillon n° 10, nombreux sont les détails de structure qui sont caractéristiques du type Araucarioxylon. Seules la non persistance des faisceaux foliaires sortants et la présence d'un parenchymerésinifère ligneux bien caractérisé feraient exception, cette dernière, si l’on admet avec PENHALLOW (43, p. 57), SEwARD et FoRp (56, p. 342) que, chez les Araucariées, la résine ne se rencontre que dans les rayons de faisceaux et dans des trachéides spéciales. Mais ces deux contre-indications, d'ordre plutôt négatif, ne peuvent, ce me semble, avoir une valeur sérieuse en présence de l'affirmation de tant de caractères positifs, ni surtout en présence de la structure si particulière de l'écorce. Là, en effet, tout prouve que l'échantillon n° 10 appartient à une Araucariée (1): les puissants canaux résinifères de la région libérienne secondaire, la section circulaire des fibres libériennes et leur mode de dispersion, les puissantes et abondantes sclérites libériennes, la structure du phelloderme, etc.
(4) À ce sujet, voir plus spécialement : C.-Eg. BERTRAND (2, p. 113), J. MoELLer (38, p. 9 et 11), et surtout Sewarp et Forp (56, p. 343).
D'ailleurs, CaspaRy a déjà décrit un bois fossile d'Araucariée pourvu de cellules résinifères et qu'il a, pour cette raison, distingué sous le nom de Araucariopsis (5, p. 4). La présence de telles cellules n’est donc pas un fait spécial à l'échantillon n° 10.
En résumé, il ne peut y avoir de doute, l'échantillon n° 10 appartient bien au type Araucariée et si le bois n’y était accompagné de son écorce, il devrait être rangé dans le genre Araucarioxylon (ou peut-être Araucariopsis. Mais comme la tige qu'il représente est complète, c'est-à-dire renferme moelle, bois et écorce, je pense quil y a lieu d'employer pour lui un nom générique en rapport avec la constatation de cet état. Je lui donnerai donc le nom de Araucariocaulon.
Je ne vois, parmi les bois d'Araucarioxylon, aucune espèce à laquelle il soit possible de rattacher l'échantillon n° 10.
Il est certainement différent de l'A. virginianum Knowit (8i, p. 50 et 30, p. 615) qui est de la même époque : en particulier la formule des rayons de faisceaux de ce dernier (1-26 étages) est très éloignée de la sienne. Il diffère également de l'A. albianum décrit par FLICHE (16, p. 3) dans l’Infracrétacé de l’Aube. Chez celui-ci non seulement les rayons de faisceaux comptent 3-30 étages, mais encore les ponctuations aréolées radiales sont beaucoup plus abondantes; enfin l’auteur n'y signale ni cellules résinifères, ni trachéides recloisonnées (1). C’est encore, tout d’abord, la faible hauteur des rayons de faisceaux qui éloigne l'échantillon de Dives de celui décrit par Crié (2) sous le nom d’A. Gardoniense et qui provient du Cénomanien de l’île d’Aix.
L'échantillon n° 10 a bien quelques rapports en ce qui concerne la taille des trachéides, l’abondance et le rangement des aréoles radiales et surtout la brièveté de ses ravons de faisceaux avec le Dadoxylon stephanense Grand'Eury; mais, outre que ce dernier appartient à un terrain bien différent (Carbonifère), il y a lieu de noter que ses rayons de faisceaux sont peu nombreux et que l’auteur n’y signale ni résinifères, ni surtout la particularité si intéressante des recloisonnements trachéidiens.
(4) A ce point de vue, il serait peut-ètre bon que l'échantillon de Saint-Parre-les-Vaudes fut revu. 11 semble en effet que sur la photogr. 3 qui représente la section tangentielle, malheureusement assez oblique, il y ait l’indication de quelques cloisons transversales contre les rayons de faisceaux.
(2) D'après FLICHE (16, p. 5).
Dans ces conditions, j'ai pensé devoir distinguer spécifiquement l'échantillon de Dives sous le qualificatif de breveradiatum qui rappelle la faible hauteur de ses rayons LR
Araucariocaulon gen. nov.
Tige complète (c'est-à-dire Comprenant la moelle, le bois et l'écorce) du type Araucarioxylon.
À. breveradiatum SP. nov.
Moelle elliptique (ou peut-être Circulaire), large 2-3 millim.., pourvue de celluies pierreuses.
Bois du type Araucarioxylon wniforme, avec couches annuelles peu netles. Trachéides larges de 20-30 M, portant sur leurs parois radiales 1, plus souvent 2 ou rarement 3 files de ponctuations aréolées, celles-ci serrées mais ordinairement non Comprimées, distribuées en spirale, larges de 8-12 », avec pore en croix. 89 rayons médullaires au millim. carré tangentiel. Rayons ayant 1-3, très rarement 4 élages; cellules résinifères bien caractérisées, nombreuses surtout pendant les premières années, à répartition uniforme dans chaque couche annuelle, à parois d'abord minces. puis un Peu épaissies, voire même sclérifiées. Trachéides fréquemment et profondément modifiées au contact des rayons médullaires par l'apparition de cloisons transversales ef l'intervention de modifications pariétales épaississantes.
Ecorce du type Araucariée. Cercles Concentriques de gros canaux résinifères. Fibres libériennes larges de 25-35 p, dispersées irrégulierement el à section circulaire. Sclérites énormes (jusqu'à 300 & en section transversale) et abondantes. Files de cellules résinifères. Nombreux tubes grillagés couverts de plages criblées transversales. Phelloderme formé de cellules empilées plates et à parois très minces.
Cénomanien des falaises de Dives (Calvados).
(1) Par ce caractère, le tronc de Dives se rapproche plus des Araucariées actuelles que des fossiles.
ES nn nn
Échantillon n° 11.— Falaises de Dives (Calvados). Cénomanien.
Cet échantillon provient de la même localité et des mêmes couches que le précédent, mais il n’y a pas été rencontré à la même époque.
C’est un morceau d’écorce isolée, large de 9 à 12% environ et long de 13%. Cette écorce est entièrement semblable par sa surface extérieure et par sa structure à celle de l’échantillon n° 10. La'seule chose qui l’en distingue est son isolement ; le bois manque en effet totalement et il est remplacé par un bloc de silice transparente.
A première vue la ressemblance extérieure et structurale est telle qu’on serait tenté d'admettre que l'échantillon n° 11 n’est qu'un fragment détaché du bloc n° 10. Mais il suffit d'examiner l’extérieur de ces deux échantillons, l’un à surface roulée, l’autre à surface corrodée pour constater qu'ils sont indépendants l’un de l’autre. Peutêtre proviennent-ils réellement du même tronc ? Mais alors leur séparation se serait faite avant la fossilisation ou au moins à une époque ancienne. |
En tous cas la ressemblance de leur structure est telle qu'il ne me semble pas douteux que le fragment n° 11 appartient à la même espèce et au même organe que le n° 10 c’est-à-dire à l’Araucariocaulon breveradiatum. Toutefois pour suivre les règles de nomenclature que je me suis imposées je le dénommerai, Araucariophloios breveradiatum qui indique, en même temps que ses affinités, l’état d'isolement dans lequel a été trouvée l'écorce.
Préparation n° 12. — Conifère du Corallien de Trouville.
Ces préparations, au nombre de deux (une transversale et une. tangentielle), ont été faites par B. RENAULT et étiquetées de sa main, mais aucun échantllon correspondant ne se trouve dans la Galerie botanique.
Leur examen y montre une moelle, un bois, des rayons de faisceaux et des cellules résinifères identiques à ceux décrits dans l’étude de l'échantillon n° 1 (pour lequel du reste le lieu d’origine est indiqué à peu près de la même façon). Et cette ressemblance est telle que
je n'hésite pas à admettre que les préparations et l'échantillon ne 1 proviennent de la même plante, peut-être même de la même branche.
Si, en effet, l'extérieur du fragment n° 1, corrodé à l’une de ses extrémités, cassé à l’autre, au moment où j'en fis les premières préparations, ne permet pas de croire qu'il ait fourni directement les préparations de B. RENAULT, il semble du moins vraisemblable de penser que l'échantillon primitif a été cassé en deux fragments, dont l’un a été déposé dans la Galerie de Caen (échantillon n° 1). tandis que l’autre aurait été adressé à B. RenauLrT. C’est dans ce dernier que l'éminent paléontologue aurait fait les préparations qu'il expédia ensuite à Morière de qui il tenait vraisemblablement le fragment. Je dois cependant avouer que mes recherches, faites au Muséum de Paris pour retrouver ce dernier, sont restées sans résultat.
Mais quoi qu'il en soit cest, je pense, au Cormaraucarioæylon crasseradiatum que doivent être rapportées les préparations n° 18.
Préparations n° 15. — Banksiée ; craie inférieure ; couches à Ostrea carinata ; Cénomanien d'Orbigny ; Vimoutiers ( Orne).
(Fig. I et IV et V, pp. 99% et suiv.); PI. XIX et. XX, fig. 44 à 59 ; PI. XXI, fig. 68; PI. XXII, fig. 85 et 93.
Ces préparations sont au nombre de quatre (une transversale, une tangentielle et deux radiales). Elles ont été faites par B. RENAULT et les étiquettes en ont été écrites de la main même de l'éminent professeur du Museum. L’échantillon qui lui a servi à les faire, n'existe pas dans la Galerie botanique de Caen. fl avait été, quelques années avant 1885, remis par M. LECŒUR, pharmacien à Vimoutiers, à MorièRE, professeur à la Faculté des Sciences de Caen, qui, très vraisemblablement, l’envoya à B. RENAULT: C'est alors que celui-ci fit les préparations qu'il renvoya ultérieurement à Morière. Mais qu'est devenu l'échantillon lui-même ? Je n’ai pu parvenir à le savoir car, malgré mes recherches, il m'a été, comme pour le précédent échantillon, impossible de le retrouver au Museum (1).
(1) Depuis que ces lignes ont été écrites, l'échantillon en question a été découvert par M. Biaor
dans la Galerie géologique de Caen.
C'est un très petit fragment de cylindre ligneux, long de 2°=5, à section transversale triangulaire.
Bien que je n’aie donc pu prendre connaissance de l'échantillon lui-même et malgré que Moriëre ait déjà publié une note sur lui (&O), j'ai pensé qu'il n’était pas inutile de donner la description des préparations de RENAULT d'autant plus que celui-ci n'avait dû faire sa détermination « bois de Banksiée » qu'un peu superficiellement et qu'il n'avait pas cru devoir la publier. Et puis, d'autre pari, la note de MorièRE est bien plutôt une explication des Banksiées actuelles qu'une description de l’échantillon lui-même; en ce qui concerne ce dernier, en effet, il ne fournit aucune figure, accepte purement et simplement la détermination de RENAULT et ne lui donne même pas un nom. Enfin ma détermination de reprendre cette description s'appuie encore sur ce que, à la suite d’une étude approfondie des préparations, j'ai été amené à modifier leur attribution familiale.
La préparation transversale montre de suite tout l'intérêt qui s'attache à l'échantillon. Le grand nombre de vaisseaux dont le bois est perforé prouve, en effet, qu'il appartient à une Dicotylédone, fig. 85, PRXXIIL
D'après cette section, l'échantillon ne renfermait probablement pas le centre de l'organe. Toutefois, la convergence des rayons médullaires prouve que celui-ci ne devait pas se trouver à plus de 5" de l’un de ses bords. D'autre part, la section montre contre le bord opposé, en un endroit très réduit de sa surface, un très petit lambeau d'écorce, épais d'environ 1"*1/2. L’épaisseur du cylindre ligneux conservé, entre l'écorce et le bord interne le plus rapproché du centre, est exactement de 1‘"9, ce qui laisse supposer que l’organe en question (tige ou racine) avait environ 4°* de diamètre.
Les couches annuelles se voient également bien à la loupe et au microscope. Elles sont un peu irrégulières : par exemple, l'une d’elles atteint par place 6" d'épaisseur et seulement 4°° en d’autres points ;
Deux de ses côtés sont formés par des cassures établies à peu près suivant deux rayons du cylindre ; le troisième qui est légèrement convexe, correspond à la surface cambiale, En un point de ce côté subsiste une très petite portion d’écorce, mais, du côté opposé, la moelle ou du moins le centre du cylindre, manque totalement.
A l’une des extrémités du fragment, la cassure est fraiche comme s'il avait été détaché d'un fragment plus allongé (Note ajoutée pendant l'impression).
D'après des renseignements qui m'ont été récemment fournis par M. Lecoeur lui-même, l’échantillon était empâté de craie glauconieuse et provient d'une carrière près de Lisores (Calvados), non loin de Vimoutiers (Orne).
d’autres couches n’ont que 1"*25. A la loupe, les vaisseaux montrent une répartition assez wniforme, fig. 85, PI. XXIITI, sauf dans de minces couches automnales dans lesquelles ils paraissent faire défaut ou du moins être de taille très réduite.
En général les tissus ne sont que peu écrasés, mais ils semblent tous avoir subi une contraction assez importante, peut-être sous
Fi. II. — Section tangentielle du bois. v, vaisseau ; ft, fibres montrant leur yaroi perforée de ponctuations distribuées sur des files verticales, radiales ou tangen tielles ; en fo’, certaines ponctuations sont aréolées à pore en fente verticale ; Rf, rayon de faisceau unisérié et rempli de substance noire ; Rf, rayon de faisceau bisérié; o, cellule de rayon non remplie de substance noïre et montrant les perforations en trou des parois ‘tangentielles ; p, file de cellules parenchymateuses ; re, espace vide ‘dû à la contraction des membranes des fibres.
l'influence d’une dessiccation antérieure à la fossilisation. En raison de cette contraction, les membranes primaires, d’ailleurs fort bien conservées, ont toutes subi des plissements plus ou moins accentués, fig. 45 et 46, PI. XX ; aussi forment-elles des cadres irréguliers et ondulés. À l'intérieur de &es derniers se retrouvent les membranes secondaires, chez lesquelles la contraction n’a d'ordinaire provoqué
aucune déformation, mais simplement produit une réduction diamétrale.
x. Tissu ligneux.-— À un fort grossissement la section transversale permet de reconnaître que le cylindre ligneux comprend 1° des fibres, 2° des vaisseaux, 3° des files verticales de cellules prosenchymateuses, 4° des files verticales de cellules parenchymateuses, 5° des rayons de faisceaux.
4. Fibres ligneuses, Les fibres forment la grande masse du bois, /b, fig. 45. Elles sont assez régulièrement rangées en files radiales, là au moins où il n’y a pas intervention de gros vaisseaux, et elles sont toutes, ou à peu près toutes, de la même taille dans une même file. Les files les plus larges n'avaient probablement guère plus de 25 u de diamètre tangentiel, les plus étroites (représentant probablement des extrémités de biseau) pouvaient descendre à 10 a et même moins. Ces fibres semblent avoir été un peu aplaties tangentiellement surtout dans les zones automnales, z«. Cependant ee qui paraît surtout caractériser ces zones c’est, beaucoup plus qu'une modification dans la forme des fibres, la diminution du nombre des vaisseaux et la réduction de leur diamètre. Ils cessent en effet d'être plus larges que les fibres des mêmes files, v3a, fig. 45 et za, fig. 85.
Lorsque la membrane des fibres est bien conservée, fb, fig. 46, on y reconnaît en section transversale, de fines stries concentriques que perforent des ponctuations assez larges correspondant au milieu de chacune des quatre faces de la fibre, mais surtout visibles sur les faces tangentielles. En section longitudinale ces ponctuations se montrent plus nettement encore, fb, fig. II et fig, 47, PL. XX. Elles sont rangées en files verticales et ordinairement simples (larges de 2 à 4 p); parfois, cependant elles sont un peu aréolées, fb’, fig. IIL, fé, fig. IV.
2. Vaisseaux. J'ai déjà dit qu'en dehors des minces zones automnales, les vaisseaux sont répartis
d’une façon uniforme dans tout le bois. Il semble en
FiG. IV. — Section ra- outre que leur taille ait été à peu près partout la diale montranttrois rangs même et telle que la montre le vaisseau »zp de la de fibres, fb, compris fig. A5,P1. XX. C’est seulement à la fin de l'été qu'ils entre deux vaisseaux, ?. commençaient à se réduire, 93e, jusqu’à n'avoir Les ponctuations radiales bientôt plus que la taille des fibres voisines, vza.
y sont aréolées, En ar- Les plus gros vaisseaux ligneux n’ont guère que rière se trouve un rayon 75 & de diamètre et la plupart même n'atteignent de faisceau dont les aires pas cette taille. D'habitude ils sont isolés; cependant mitoyennes a portent des il arrive parfois qu'ils sont accouplés tangentielle-
ponctuations en échelle, ment comme le montre la fig. 45.
Les éléments juxtaposés bout à bout dont sont formés les vaisseaux, ne semblent jamais dépasser beaucoup 1/2 millim. de longueur. Leurs cloisons séparatrices sont toujours fortement obliques. Partout elles subsistent et se montrent ponctuées transversalement et perforées en gril, $, fig. A8 et fig. III, avec barreaux très réguliers ou parfois un peu irrégularisés par la bifurcation de quelques-uns. Les extrémités des perforations ne s’étendent généralement pas jusqu'aux extrémités des ponctuations ; de même aux extrémités supérieure et inférieure du gril, il subsiste d'ordinaire, en a, des ponctuations transversales non perforées.
Sur les parois longitudinales des vaisseaux, lorsqu'ils sont au contact d un autre vaisseau, les ponctuations semblent être également a//ongées transversalement, mais elles sont beaucoup moins régulières, moins longues et souvent plutôt elleptiques, peut-être habituellement aréolées, a’,
Lorsque la paroi d’un vaisseau confine à des fibres, elle porte alors autant de files longitudinales régulières de ponctuations qu'il y a de fibres et ces ponctuations sont celles des fibres elles-mêmes, c'est-à-dire tantôt simples et no environ 2,
tantôt un peu plus larges et faiblement aréolées.
Enfin, lorsqu'elle confine à un rayon de faisceau, elle montre des ponctuations transversales simples (ou peut-être quelquefois aussi aréolées) qui, sur chaque aire mitoyenne, a, fig. 49, PI, XX et fig. IV, rappellent par leur régularité ce que l’on observe sur les vaisseaux scalariformes.
3. Cellules prosenchymateuses, Dans certaines files radiales de la section transversale on obsérve des cellules à contenu noir, dont la membrane secondaire n’est ni contractée, ni décollée de la membrane primaire, cf, fig. 45 et 46. Vues en
section longitudinales, fig. 50, ces cellules se montrent super-
; posées en files, chacune d'elles pouvant être longue d'environ
200 uw. Leurs parois sont plus ou moins épaisses, blancheshyalines et semblables à celles que j'aurai à décrire tout si à l'heure dans les cellules des rayons de faisceaux. La présence d'un abondant contenu noir rend difficile l'étude des
Fi. V.— Or-
nementationdes
ornementations de ces membranes. Il est cependant évident sur la section des parois qu’elles portent des perforations
parois longitudinales d’une cellule prosenchymateuse.
Des ponctuations en trous sont groupées en petites plages.
simples. Dans un cas unique, où la substance noire manquait localement, fig. V, j'ai pu voir que, sur les parois longitudinales, ces perforations sont en trous et groupées en petites plages. Sur les paroïs transversales, elles semblent de même nature et peu nombreuses, peut-être même quelquefois sontelles réduites à l’unité.
D'’ordinaire, ces files verticales de cellules prosenchymateuses sont complètement indépendantes les unes des autres ; cependant, occasionnellement, j'en ai rencontré qui étaient
mises en communication réciproque par des branches transversales, m”, fig. 50, le tout prenant alors l'aspect d’un système laticifère.
Assez fréquemment, les files de cellules prosenchymateuses sont en communication directe avec les cellules des rayons de faisceaux, fig. 50, et les choses se passent alors de telle façon que ces files se montrent comme une véritable dépendance des rayons.
4. Cellules parenchymateuses. Ces cellules forment des files verticales peu nombreuses et isolées, Je n’ai jamais pu les observer que sur les sections longitudinales, fig. 51 et p, fig. III, et n'ai jamais réussi à reconnaître leur emplacement sur la section transversale, Elles y sont cylindriques ou en tonneau, à peine plus hautes que larges et à parois très minces. Sur les sections longitudinales, elles sont souvent accolées aux rayons de faisceaux.
5. Rayons de faisceaux. Presque tous sont unisériés : quelques-uns cependant sont bisériés, R/, fig. III et fig. 45. Ils ont de 10 à 30 étages, hauts chacun de 10 à 60 p, et larges de 15 à 25 p.
Toujours leurs membranes secondaires sont, de même que celles des cellules prosenchymateuses, épaisses, hyalines et partout encore en place contre la membrane primaire. Elles ne s’en distinguent que par leur direction horizontale, la plus grande abondance de leurs perforations, fig. 44, PI. XIX, fig. 49 et 52, PI, XX, et leur forme plus ramassée. |
En section radiale, fig. 44, la taille et la forme des cellules d’un même rayon sont excessivement variables suivant l'étage considéré, leur longueur radiale semblant d'ailleurs être toujours en raison inverse de leur hauteur, C’est ainsi que dans certains étages hauts de 35 x elles n’ont guère que 20 4 de longueur radiale, tandis que dans d’autres, qui n'ont que 12 y de haut, elles peuvent atteindre jusqu'à 125 u de long. Autre remarque : dans les étages élevés, les ponctuations pariétales se montrent infiniment plus serrées que dans ceux qui sont bas. Enfin ces ponctuations sont surtout nombreuses sur les parois tangentielles, quelle que soit d’ailleurs la hauteur de l'étage. Peut-être sur ces parois tangentielles sont-elles souvent distribuées sur des files verticales, soit sur une seule comme semble l'indiquer la section transversale, fig. 46, qui ne montre qu’une seule perforation à chaque niveau, soit sur deux comme le montre, en o, la fig. III,
Les planchers des étages sont, sur les sections radiales, rectilignes et parallèles, Le contenu de leurs cellules est en général assez abondant, granuleux ou noir opaque et masque par suite la vue de face des ornementations pariétales,
Cependant, en ce qui concerne les parois radiales, en outre des ornementations en échelle que présentent les cellules des rayons de faisceaux contre les vaisseaux, ornementation dont J'ai déjà parlé, j'ai cru reconnaître les faits suivants : En général ces parois latérales sont plutôt perforées de trous ronds étroits, fig. 44 ; parfois cependant, il semble que, surtout dans les cellules hautes, les perforations
298 ÉPUDE DES ÉCHANTILLONS
soient plus larges et superposées en une seule file, ou même un peu étirées trans= versalement de manière à rappeler un peu les ornementations scalariformes contre les vaisseaux.
8. Tissu libérien. — La portion de liber subsistante à la surface de l’échantillon est, je l'ai déjà dit, excessivement réduite ; elle est tout à fait insuffisante pour ‘permettre une étude complète de ce tissu, d'autant plus que sa conservation est loin d’être parfaite et qu’en outre elle renfermé une petite roulure (1). Cependant, telle qu’elle est, elle permet de prendre une idée de ce que pouvait être, pendant son jeune âge, le liber de l'échantillon.
Ce liber est en général parenchymateux ; mais il renferme des sclérites soit isolées, soit lâchement groupées et peut-être aussi quelques fibres isolées. D'après la section radiale on serait tenté d'admettre que les sclérites formaient de longues files longitudinales contre lesquelles se montrent quelques cellules courtes contenant
chacune un gros cristal en losange.
Les caractères, tels qu’ils viennent d’être décrits, sont-ils ceux des Banksiées, ainsi que RENAULT l’a pensé à la suite d'un examen qui d’ailleurs, ainsi que je l'ai indiqué, a dû être fait très rapidement? C'est la premiére question que je me suis posée et j'ai cru devoir la résoudre par la négative.
Chez les Banksiées, en effet, comparées à l'échantillon n° 15: *
Il existe deux sortes de rayons parenchymateux, très distincts les uns des autres: dé très larges rayons médullaires comprenant jusqu'à 6 files cellulaires et des rayons de faisceaux (petits rayons médullaires) unisériés, beaucoup plus nombreux, intercalés aux précédents ;
Les vaisseaux sont réunis en groupes et non isolés ou simplement accouplés ;
La répartition des vaisseaux et des files se fait de façon à donner un aspect plutôt stratifié ;
Les parois latérales des vaisseaux sont absolument couvertes de ponctuations aréolées, petites, serrées les unes contre les autres, arrondies ou faiblement elliptiques ; leurs cloisons transversales ne montrent pas la disposition en gril ;
On n'observe pas au milieu des fibres de cellules comparables aux cellules prosenchymateuses.
Ces différences mé paräissent suffisamment importantés pour détruire la valeur systématique de quelques ressemblances incontes-
(4) Peut-être même est-ce à la présence de cette roulure que ce petit fragment doit d'avoir été conservé.
tables qui portent surtout sur la structure des fibres, sur celle des rayons de faisceaux ou encore sur la taille des éléments constituants du bois et qui du reste semblent être plutôt d'ordre biologique que d'ordre anatomique.
Parmi les familles actuelles avec lesquelles l'échantillon n° 15 me paraît offrir les ressemblances les plus accusées, se trouve celles des . Hamamélidées, dont il semble vraiment posséder presque tous les caractères anatomiques.
De cette famille, j'ai pu étudier trois genres : Hamamelis, Parrotia et Liquidambar. Or chez tous les trois, de même que dans l’échantillon de Vimoutiers, j'ai observé les faits suivants :
Il n’existe qu'une seule sorte de rayons parenchymateux qui sont ordinairement 1-sérié et rarement ?2-sériés :
La disposition du bois est assez régulièrement radiée et constituée par des rayons de fibres au milieu desquelles sont dispersés des vaisseaux isolés ou quelquefois accouplés tangentiellement (du moins dans le bois examiné à une distance suffisante de la moelle) ; — toutefois, le nombre des vaisseaux est plus grand ; leur taille l'est également un peu plus — ;
Les vaisseaux possèdent des cloisons transversales obliques et perforées en pril. Celles de leurs parois longitudinales, qui sont intercalées entre deux vaisseaux, portent des ponctuations espacées, larges, étünées en bandes transversales entières ou fractionnées en ponctuations elliptiques, simples ou aréolées. Celles qui sont contiguës aux rayons ide faisceaux (sur les aires mitoyennes) prennent souvent l'aspect scalariforme ; — cependant sur celles qui sont contiguës aux fibres, les ponctuations, également distribuées en files longitudinales, sont généralement plus largement aréolées — ;
Les fibres sont pourvues d’une épaisse membrane secondaire, perforée de larges ponctuations distribuées en une file le long de chacune de leurs faces ; — mais les ponctuations, qui ne sont pas toujours espacées, sont presque toujours aréolées, avec aréoles plus larges (1); leur pore, quelquefois en fente verticale, peut aussi souvent être en fente oblique simple ou croisée, ou arrondie — ;
Il existe des files verticales de cellules prosenchymateuses, ‘isolées au milieu des fibres. Ces cellules présentent la méme structure que celles des rayons de faisceaux
(4) Ges ponctuations aréolées des fibres se voient particulièrement bien chez l’'Hamamelis. Elles y ont un diamètre d’environ 8 M. Tantôt elles y sont serrées-comprimées en une file unique et rappellent alors par la taille et par l'aspect celles des Araucariées ; tantôt elles sont «espacées et ressemblent davantage à celles du bois d'automne des Cuppressinées. Chez le Parrotia les aréoles se rencontrent également maisssouvent d’une façon beaucoup moins nette.
etcomme eux renferment un contenu amylacé ou autre plus ou moins abondant, Sur les parois longitudinales de ces cellules, les ponctuations sont en trous et groupées en plages ; — toutefois ces files prosenchymateuses semblent être plus nombreuses —;
Sur les rayons de faisceaux, les ponctuations des aires mitoyennes sont sca/ariformes en face des vaisseaux. En face des fibres, elles sont soit en trous étroits, soit en trous larges et distribuées sur une file unique, soit enfin, également sur une file, en trous larges et elliptiques transversaux qui rappellent les ponctuations scalariformes en face des vaisseaux ; — toutefois ces dernières formes prédominent
au lieu d'y être rares.
Seules les files verticales parenchymateuses semblent manquer totalement chez les Hamamélidées actuelles ; nous avons d’ailleurs vu que, même chez le fossile, elles sont rares.
Eu ce qui concerne le liber, sa documentation trop insuffisante ne permet guère une comparaison aussi précise que pour le bois. Cependant il y a lieu de remarquer que le liber des Hamamélidées est parenchymaleux avec groupements scléreux, accompagnés de cellules renfermant un gros cristal en losange et quelquefois de fibres isolées. Toutefois les groupements scléreux, au moins à quelque distance du cambium, y sont bien mieux constitués en bandes tangentielles puissantes.
En résumé, il ne me semble pas douteux que l'échantillon de Vimoutiers appartient au type Hamamélidée et qu’il ne diffère des trois genres ci-dessus (1) que par quelques particularités peu importantes, dont certaines même sont peut-être d'ordre biologique.
Hamamelidoxylon gen. nov.
Bois à disposition bien radiée avec rayons médullaires unisériës ou rarement bisériés. Vaisseaux isolés ou parfois accouplés latéralement par deux, avec cloisons transversales obliques, perforées en gril et parois longitudinales diversement ponctuées suivant les contacts : contre d'autres vaisseaux, bandes transversales continues ou plutôt fractionnées, simples ou aréolées ; contre les fibres, ponctuations en lignes verticales, espacées, simples (de 2-4 w) ow bien plus ou moins aréolées ; contre les rayons de faisceaux, bandes transversales longues, simples
(1) De ces trois genres c’est, semble-t-il, le Parrotia auquel il ressemble le plus.
ou aréolées au milieu de chaque aire mitoyenne. Fibres à parois épaisses, portant une file de ponctuations simples ou plus ou moins aréolées sur chaque face. Rayons de faisceaux formés de cellules à parois épaisses, généralement ponctuées en trous, mais pouvant être plus ou moins ponctuées en échelles surtout au contact des vaisseaux. Cellules prosenchymateuses en files verticales, isolées, éparses et souvent en rapport avec les rayons de faisceaux dont elles semblent être des branches verticales et dont elles ont la structure; perforations en trous, groupées par petites plages. Cellules parenchymateuses en files verticales, rares.
Liber probablement parenchymateux, renfermant quelques rares fibres et des groupes de sclérites avec des cellules pourvues chacune d'un gros cristal en losange.
Hamamelidoxylon Renaulti sp. nov.
Caractères du genre.
Cénomanien de Lisores (Calvados), près Vimoutiers (Orne).
Échantillon n° 57.— Bois silicifié. Les Moutiers, 22 juillet 1835.
(Collection DEsLONGcHAMPS) ; don de M. Brcor.
« En 1835, l'exploitation des Moutiers en Cinglais (Forges de Cambro) attaquait le Bajocien inférieur (connu sous le nom de Mâlière) et descendait jusqu’au Lias moyen. Le Bajocien inférieur contient seul des couches siliceuses ; c’est à peu près sûrement de ces couches que vient ce bois silicifié ». (Note de M. Bicor, professeur à l’Université ; elle est jointe à l'étiquette).
Rondelle de bois longue de 6‘, épaisse de 35 à 4%. L’une des extrémités a été corrodée, l’autre est nettement terminée par une cassure transversale ancienne. Ce bois qui est silicifié et de belle conservation est noir, sauf en quelques points intérieurs et dans une couche d’altération superficielle, épaisse de 2*" environ, quiest blanche et recouvre toute la surface de l'échantillon y compris celle de cassure.
La section transversale de cette rondelle y montre à l'œil nu une moelle à peu près centrale bien circulaire et large d'environ 1""3.
Dans le bois les couches annuelles sont en général peu nettes.
La conservation insuffisante de la moelle ne permet pas d'en donner une description précise. Îl est cependant certain qu’elle renfermait des sclérites à parois très épaisses et à ponctuations canaliculées rameuses, fig. 53. Le reste de ses tissus semble avoir été hétérogène et avoir compris une sorte de réseau formé par des cellules à parois un peu épaissies et à contenu noir, a, fig. 53, dans les mailles duquel se trouvaient des cellules parenchymateuses plus larges et à parois minces.
La même raison m'empêche de décrire en détail l’étui médullaire. Je puis cependant, je crois, affirmer qu'il n’existait aucune trace de boïs centripète ; quant aux faisceaux primaires, tout ce que je peux en dire c’est qu'ils sont nombreux, serrés, peu saillants dans la périphérie de la moelle. Aucune indication n'est discernable relativement à la symétrie phyllotaxique de l’organe,
Les couches annuelles bien que faiblement caractérisées sont cependant assez nettes. Le plus souvent en effet elles comprennent un peu de bois de printemps dont les éléments un petit peu plus larges que ceux d’été auxquels ils passent insensiblement, forment des zones un peu plus claires contre lesquelles contrastent les couches automnales plus sombres, fig. 54, L'épaisseur de ces couches varie éntre 1mS'e0 270)
En section transversale les files radiales de trachéides montrent une grande régularité, les éléments qui les composent étant en général hexagonaux. À 2% de la moelle et dans le bois d'été c’est-à-dire dans la grande masse du bois, le diamètre radial des trachéides est en moyenne de 20 p, be, fig. 54 ; dans les zones printanières il monte à 25, 30 et même parfois 40 x, p; dans les zones automnales, ba, il peut descendre à 10 a. La largeur moyenne des files de trachéides est de 22 u, mais dans certaines files elle peut atteindre jusqu’à 30 u. L’épaisseur des parois est de k à 5 p dans les conditions normales du bois de printemps et d'été. Dans le bois d'automne, elle n’augmente que peu au milieu des faces des trachéides, mais notablement dans leurs angles, et il en résulte que les lumières trachéidiennes y deviennent circulaires.
D'autre part, les files trachéidiennes qui bordent les rayons de faisceaux sont à peu près toujours très spécialisées, ‘6, fig. 54, surtout dans le bois âgé, mais même souvent dès le début de la formation des tissus secondaires. Tout d’abord, leurs parois sont lésèrement épaissies et rappellent en cela ce que j'ai déjà décrit dans les échantillons 1, 3, 10 et 12. Mais en outre leur lumière réduite et à contour devenu circulaire, est, de même que dans la partie intérieure de l'échantillon 10, remplie d'une substance noire analogue à celle que l’on trouve dans le rayon de faisceau contigu. Les sections longitudinales montrent en effet qu’au contact des rayons de faisceaux toutes ou presque toutes les trachéides sont coupées de cloisons minces, bien transversales, fig. 55 et 56, PI. XX, c, fig. 89, PL. XXIIL, et que les cloisons sont plus ou moins abondamment recouvertes de la substance noire en question.
Les mêmes sections montrent que l’épaississement des parois trachéidiennes longitudinales est tout local et provoque une sorte d’étranglement des trachéides,
En somme, cette particularité ressemble beaucoup à celle observée et décrite dans la région périmédullaire de l'échantillon m° 40, mais sans en montrer, d'habitude, la complication. Ici nous n'avons presque toujours que le cas simple (voir a, fig. 38, PI. XIX) ; quelquefois cependant le cas compliqué apparaît également, fig. 69, PI. XXI. é
En raison de la transparence des préparations il est presque toujours difficile de reconnaître l'existence des ponctuations aréolées, et plus encore de discerner les détails de leur structure. Cependant je puis dire qu’elles sont distribuées en files très régulières dans lesquelles elles sont contiguës et même serrées, fig. 64, PI. XXI. Le plus souvent, elles forment des files simples ; parfois, cependant, sur les grosses trachéides du bois de printemps, elles forment des files doubles, dans lesquelles elles sont nettement alternes et polygonales sur les faces du contact. Nulle part il ne m'a été possible de discerner la forme de leur pore. Leur diamètre moyen est de 12 &, mais peut atteindre 16 x; dans le bois d'automne, il peut descendre à 10 y.
Il existe également des ponctuations aréolées tangentielles. Elles ont les mêmes caractères que les précédentes, mais leur diamètre ne dépasse jamais 10 pu.
Les rayons de faisceaux sont toujours unisériés et courts. On en compte 66 au millim. carré tangentiel, à 2°" de la moelle, Relativement au nombre de leurs étages, ces rayons se répartissent de la façon suivante, fig. 57, PL. XXI :
33 à 1 étage 3 à 4 étages 33 à 2 étages LR 29 à 3 » DD »
Leur largeur est en moyenne de 14-18 y ; la hauteur de leurs étages de 16-18u ;, la longueur radiale de leurs cellules de 50 à 180 &. Peut-être certaines de ces cellules ont-elles des parois un peu épaissies, a, fig. 57, PI. XX.
Les aires mitoyennes portent de petites ponctuations aréolées, à pore en fente droite ou oblique, en général au nombre de k à 6. Ces ponctuations sont nettement ordonnées en files verticales et horizontales.
La section transversale ne montre que de très rares éléments capables, en raison de leur contenu noir, de passer pour des cellules résinifères et ils se trouvent tous localisés dans les zones automnales. Mais les sections longitudinales nous montrent que ces éléments à contenu noir ne sont jamais recloisonnés transversalement ; ce sont donc des trachéides résinifères. Peut-être leur paroi était-elle un peu plus épaisse que celle des trachéides voisines.
L’une de mes sections tangentielles, passant très près de la moelle, montre 8 fais-
eeaux sortants, fig. 63, PL. XXI, distribués en quinconces. Certains n'ont que 50 de large ; d’autres vont peut-être à 100 p. Quelques-uns coupés obliquement montrent de petits tubes scalariformes succédant à des trachées ; mais d’autres possèdent sans aucun doute des tubes aréolés à parois minces, #v, fig. 62, et des trachéides aréolées à parois épaisses, t/, les premiers dans la moitié supérieure du faisceau, les dernières dans sa moitié inférieure, La distance entre deux faisceaux à peu près superposés est d'environ 7m,
J'ai retrouvé des faisceaux sortants analogues sur une autre section tangentielle pratiquée à 1 ‘” de la moelle ; ils semblent donc avoir été persistants.
L'échantillon n° 57-paraît devoir être rapporté au type Araucarioxæylon, en raison de l’allure de ses ponctuations aréolées, malgré leur taille souvent un peu grande, et aussi, mais avec moins de netteté, en raison de la ponctuation de ses aires mitoyennes et de la persistance de ses faisceaux sortants.
La taille de ses trachéides en général, le petit nombre des étages de ses rayons de faisceaux et plus encore, peut-être, l'habitude si curieuse d’un recloisonnement à peu près constant de ses trachéides au contact des rayons de faisceaux, tendent, d'autre part, à le faire rapprocher de notre échantillon n° 10. Et cependant il y a entre eux des différences assez notables, parmi lesquelles je signalerai surtout :
L'origine très différente : l’un étant du Bajocien inférieur, et l’autre du Cénomanien ;
L'existence dans l’éche" n° 57 (le plus ancien des deux), de faibles zones printanières qui manquent totalement dans l’éch°" ne 10 ;
Le genre de ponctuations des aires mitoyennes : certes, des deux parts, les ponctuations y sont aréolées avec pores en fente étroite et oblique ; mais elles semblent plus petites sur le bois n° 57 et, en tous cas, elles y sont beaucoup moins nombreuses (3 à 6 au lieu de 8 à 15); elles s’y montrent en outre bien ordonnées horizontalement et verticalement, au lieu d’être dispersées sans ordre (comparer la fig. 36, PI. XIX aux fig. 56 et 57, PI. XX); | |
L'absence, dans l’éch°" n° 57, du parenchyme résinifère si Mmagnifiquement développé dans l’éch° n° 10 ;
Enfin, dans l’éch® n° 57, la persistance des faisceaux foliaires sortants qui manquent chez le n° 10.
La ressemblance est certainement plus grande encore entre cet éch® n° 57 et le C.-A. crasseradiatum dont nombre de détails sont
identiques (comparer fig. 70, PI. XXII et fig. 82, PI. XXIII). Et cependant, là encore, nous trouvons quelques différences, surtout en ce qui concerne l'appareil résinifère (du reste atténuées par la comparaison de l’éch°" n° 3 et de l’éch° n° 1) et en ce qui concerne le recloisonnement des trachéides contre les rayons de faisceaux. Ajoutons que, comme dans le cas précédent, les niveaux géologiques de ces deux échantillons sont très différents.
Ces différences sont-elles suffisantes pour séparer spécifiquement les deux bois en question? Je ne le pense pas. La plus nette de ces différences, celle qui résulte du recloisonnement des trachéides contre les rayons de faisceaux, ne doit en effet, probablement, être considérée que comme une conséquence plus marquée de la cause physiologique qui a déjà produit, chez les deux échantillons, l’épaississement des membranes des trachéides au même niveau. Quant à la différence des niveaux géologiques, elle peut s'expliquer assez facilement par la persistance de l'espèce dans la même région, depuis le Bajocien jusqu’à l’'Oxfordien.
Je rapporterai donc l'échantillon n° 57 au Cormaraucarioxylon crasseradiatum, et ne l’en différencierai que par la lettre &.
Cormaraucarioxylon crasseradiatum B.
Couches annuelles nettes, quoique peu accentuées ; un peu de bois de printemps. Moelle circulaire, large de 1""03, hétérogène (? ), pourvue de sclérites. Symétrie spiralée. Files ligneuses radiales neltes. Trachéides à section hexagonale, large en moyenne de 22 y, épaisse suivant le rayon d'environ 40, 20 et 10 y, selon qu'on les examine dans le bois de printemps, d'êlé ou d'automne ; parois épaisses de 4-5 p. Contre les rayons médullaires, trachéides généralement un peu étranglées et recloisonnées. Ponctuations aréolées radiales serréescomprimées en files régulières, ordinairement simples, quelquefois doubles sur les trachéides de printemps, et, dans ce cas, alternantes ; avec un diamètre moyen de 12 v, pouvant quelquefois aller. jusqu'à 16v. Ponctuations tangentielles de même nature, mais plus petites. Rayons médullaires unisériés ; 66 au millim. carré tangentiel ; larges de 14-18 p; ordinairement composés de 1-3 étages; ceux-ci hauts chacun de 16-18 vu. Aires mitoyennes portant 3-6 ponctuations rangées
horizontalement et verticalement, petites, aréolées, à pore en fente étroite et oblique. Pas de parenchyme résinifère ; quelques trachéides résinifères. Petits faisceaux sortants persistants, larges de 50-100 n.
Bajocien inférieur (?) de Moutiers-en-Cinglais (Calvados).
Échantillon n° 150. — Bois fossile trouvé dans le Lias (tranchées du chemin de fer d'Argentan à Granville) ; don de M. GauniN.
(PL XXL, fig. 58 à 61 et diagr. 150; PL. XXIIL, fig. 83, 90 et 91)
L'étiquette n'indique aucune localité d’origine mais l'examen de la carte géologique permet d'interpréter la note ci-dessus et de conclure que le bois en question a été rencontré dans le Lias moyen entre Ecouché et Briouze (Orne).
Cet échantillon est l’un des plus gros et des plus beaux de la Collection. 11 a environ 40% de long sur 19X 10° d'épaisseur dans sa partie la plus large. Ce n’est pas un tronc, mais un bloc de forme absolument irrégulière, à surface déchiquetée et par places remplie de petites nodosités, dont la conservation est suffisamment bonne pour qu'à première vue on puisse le prendre pour un bois actuel.
Les sections transversales le montrent pourvu de couches annuelles bien caractérisées, mais très serrées et assez irrégulières. Le centre de l’organe y est visible près de l’une de sesextrémités (la plus étroite); ce centre manque au contraire dans le reste de l'échantillon et même dans sa partie la plus épaisse, les couches ligneuses conservées y étant de plus en plus extérieures. En somme donc là où le bloc a 19% d’épaisseur, toute celle-ci a été prise en dehors de la région axiale de l’organe, ce qui prouve que cet organe était de très grosse taille et avait probablement au moins 40° de diamètre.
Une section pratiquée près de la petite extrémité du bloc montre que son centre y était occupé par une éfoile ligneuse primaire et non par une moelle. On peut donc affirmer que l'organe en question était une racine. À 1% environ de cette étoile ligneuse primaire, vis-à-vis l’un de ses pôles, se trouve la section oblique d’une autre racine, large au plus de 3" et qui s’insérait assurément sur la première un peu plus haut que la section.
Le diamètre de l'étoile ligneuse de la racine principale est d’envigon 1"*, celui de la racine secondaire d'environ 1/2". Cependant la première ne m'a paru posséder que 5 pôles (autant du moins que me permet de l’affirmer l’état un peu fracturé de ces tissus), tandis que la seconde en a évidemment 6. J'ai déjà dit que la racine secondaire se trouve en face l’un des pôles de la racine principale; de même l’un des pôles de la première est dirigé vers cette dernière, de telle sorte qu'il y a deux pôles ligneux se faisant vis à vis.
Ces deux étoiles ligneuses primaires sont formées d’un tissu homogène dont les éléments ont une section régulièrement polygonale et dont la taille augmente progressivement des pôles au centre de façon à y atteindre environ 30 p de diamètre, Certains des éléments situés dans la région centrale, sont évidemment pourvus d’une rangée d'aréoles au milieu de certaines de leurs faces ; mais, d'autre part, il m’a été impossible de reconnaître l’ornementation de ceux de ces éléments qui étaient plus rapprochés des pôles. L’épaisseur des parois (double membrane interutriculaire) est, dans la région centrale, d'environ 9 y.
Partout la périphérie de cette étoile ligneuse est en contact immédiat avec le tissu ligneux secondaire.
Dans le bois secondaire les couches annuelles se montrent particulièrement nettes, fig. 83, mais elles ne doivent guère leur caractérisation qu’à la présence de zones automnales, car la taille des trachéides est assez uniforme dans tout le reste des couches. Ces couches sont toujours minces et sur une section large de 11°", prise loin du centre j'en ai compté environ 200. Les plus épaisses n’ont pas 2"" et, dans une région où elles se font toutes remarquer par leur plus grande épaisseur relative, je n'en ai compté que 10 pour 16m®, Ailleurs, dans une région plutôt normale, j'en ai nettement compté 50 pour 25, ce qui leur donne une moyenne de 0""5, Mais ailleurs encore ces couches sont beaucoup plus serrées et j'ai pu observer des séries de 7 à 8 qui n'avaient pas en moyenne plus de 0""3, Enfin, par places, on peut voir la fusion de deux couches en une seule, c'est-à-dire que, dans ces points, il y a eu absence totale de toute croissance de la couche annuelle (1). Le parallélisme de ces couches est d’ailleurs loin d’être rigoureux et l’on voit des séries se gonfler momentanément et localement alors qu'ailleurs elles s’aplatissent et se réduisent à leur plus simple expression ; une région de gonflement peut du reste succéder assez brusquement à une région d'aplatissement.
Les files ligneuses radiales sont, elles, bien régulières et, en dehors des zones automnales, la taille des trachéides y est assez uniforme dans une même file, pour
(1) J'ai déjà signalé des faits analogues sur un tronc d’If actuel (36, p. 209) et il est vraisemblable que la chose se produit assez fréquemment dans les troncs à croissance lente et irrégulière.
que, dans chaque couche annuelle, on ne puisse admettre que deux régions, l’une de printemps et d’été, l’autre d'automne. Dans la première le diamètre radial des trachéides est de 40 y en moyenne, dans la seconde il peut descendre à 15 &. La largeur moyenne des files trachéidiennes est de 30 x dans la zone automnale, mais, grâce à l'engrenage, la largeur des trachéides dans le reste du bois peut osciller entre 35 et 75 u suivant les files. |
L'épaisseur des membranes est normalement de 8 à 12 k ; elle peut aller à 16 & dans le bois d'automne.
Sur les parois radiales des trachéides, les ponctuations aréolées sont espacées et ordinairement rangées en des files simples peu régulières, fig. 61, PI. XXI ; par places certaines aréoles sont remplacées par un couple horizontal. Ailleurs, elles sont rangées en deux files et opposées, certains couples pouvant être représentés par une aréole unique, fig. 59. Leur diamètre habituel est de 14 p avec maximum de 18 x, mais, sur.les trachéides d'automne, il peut descendre à 8 u et même moins. Les pores en sont toujours arrondis et souvent très larges (4-8 pu), au moins sur les parois radiales.
Les parois tangentielles des régions automnales portent également des ponctuations aréolées, à pores arrondis et dont la distribution est, de même, très espacée et irrégulière, mais dont la taille varie entre 6 et 12 y.
Toutes les trachéides, surtout celles d'automne, sont couvertes d’une striation pariétale fine, serrée et très oblique.
Les rayons de faisceaux sont toujours unisériés. Leur nombre, au millim. carré tangentiel, est de 36. Leur répartition, d’après le nombre de leurs étages se fait de
la façon suivante, diagr. 150 :
14 à 1 étage. 10 à 5 étages 35 à 2 étages. kàG »
18 à 3 É4:7 RAC ..1à8 84 100
Le hauteur des étages est de 30 y environ, sauf pour les étages terminaux dans lesquels elle est augmentée d’à peu près un tiers. Ces étages sont de largeur variable, suivant la hauteur des rayons : dans les rayons à 1 ou 2 étages, elle n'est guère que de 20 p; dans ceux qui sont plus hauts, elle peut atteindre 40 u et même davantage. En outre, dans certaines régions où les rayons traversent des accumulations de cellules résinifères et où, par suite, ils ne sont bordés de chaque côté que par ces cellules, leur largeur peut aller jusqu’à 50 p; les étages sont alors beaucoup plus larges que hauts, Rf, fig. 60, PI. XXI. La longueur radiale des
cellules des rayons de faisceaux varie entre 90 y, ce qui correspond alors à l’épaisseur de 2 trachéides, et 210 y, ce qui correspond à l'épaisseur de 6 trachéides,
Partout la membrane des cellules des rayons de faisceaux m'a paru mince. Cependant quelquefois les parois tangentielles.vues de face offrent, je pense, quelques légères indications de ponctuations réticulées.
Sur les aires mitoyennes, les ponctuations sont toujours en petit nombre; elles sont, suivant la largeur de la trachéide, superposées en 1 ou 2 files verticales et, dans chaque file, au nombre de 1, 2, 3 ou rarement 4, fig. 61. Souvent simples et ovales-obliques (inclinées à environ 45°), elles sont assez grosses (quelquefois 14 EX 10 x); elles peuvent aussi être plus étroites et alors accompagnées d’une petite bordure aréolée,
Vues en section radiale, les cellules des rayons de faisceaux sont un peu étranglées à leurs extrémités. Leurs parois tangentielles sont d'ordinaire bien verticales,
Nombre de cellules de ces rayons renferment une substance noir-marron, agglomérée en boules et tout à fait semblable à celle que je vais avoir à signaler dans les cellules résinifères. Mais le plus souvent cetie substance est étalée dans toute la cellule ; parfois elle prend un peu l’aspect spumeux.
Les cellules résinifères sont ercessivement nombreuses et bien caractérisées, Elles se voient admirablement sur toutes les sections, mais surtout sur la section transversale. On les y reconnaît par leur contenu noir-marron, par leur cavité souvent un peu renflée, au moins dans le bois d'automne et en outre, surtout dans cette dernière région, par leurs parois relativement minces, r, fig. 58.
Ces cellules résinifères sont presque toutes distribuées sur des cercles concentriques, sans toutefois qu'il soit possible d'indiquer une localisation rigoureuse de ces cercles par rapports aux couches annuelles, On serait cependant tenté de croire qu’en général un premier cercle se formait peu de temps après le retour de la végétation, un deuxième au milieu de la période végétative, puis un troisième à la fin de la période automnale, l’un ou l’autre de ces cercles pouvant d’ailleurs ne pas se produire.
Dans ces cercles concentriques le groupement des cellules peut être parfois suffisamment intense pour qu'il se produise des sortes de lames parenchymateuses tangentielles, et c’est dans la traversée de ces lames que les rayons de faisceaux présentent l'élargissement dont il a été parlé plus haut, fig. 90 et 91, PI. XXIIL, et fig. 60, PI. XXI.
Vues en section longitudinale les cellules résinifères, dont le diamètre est celui des trachéides, se montrent longues en moyenne de 200 x. Le contenu noir n’y est que rarement étalé dans toute la cellule, Le plus souvent il forme des boules de taille variée ou des sortes de gros bâtonnets courts et à extrémités arrondies. Par places, les cellules résinifères renferment en outre des mâcles échinées d'un noir opaque.
De toutes ces observations il me paraît résulter sans conteste que l'échantillon n° 150 appartient au type Cupressinoxæylon et, comme jusqu'à présent on n’a encore, je pense, jamais signalé de bois de ce type dans un terrain aussi ancien, je lui donnerai le nom générique de Ziasinum pour appeler l’attention sur cette particularité.
Suivant la méthode adoptée dans le présent travail le préfixe Rhizo servira à indiquer que nous avons affaire à une racine.
Aidé par les données de GorTHan (22, p. 100 et 102) et par un contrôle établi au moyen d'observations personnelles sur des plantes actuelles, je suis arrivé à penser que le bois de l’échantillon n° 150 se rapproche plus particulièrement des Cunninghamia et des Glyptostrobus, de telle sorte que si l’on vient à démembrer ultérieurement le type Cupressinoxylon, c'est dans le type Glyptostroboxylon Conw. qu'il y aura probablement lieu de le placer.
Rhizocupressinoxylon liasinum n. sp.
Racine penta- ou hexapolaire, à couches annuelles bien visibles, serrées (épaisses au plus de 2"® el en moyenne de 0""05), caractérisées uniquement par l'existence de zones automnales. Files ligneuses radiales régulières. Trachéides d'un diamètre moyen de 40X 35 v. dans les files larges (à 3% du centre) et avec membranes épaisses de 8-12 p. Ponctuations aréolées radiales pouvant atteindre 18 nv de diamètre, à pore arrondi, espacées, ordinairement sur une file simple, mais quelquefois sur deux rangs et alors opposées. Ponctuations tangentielles, fréquentes dans les zones automnales et de même nature que les radiales, mais plus petites (6-12 n). Parois des trachéides couvertes de stries fines el serrées. 36 rayons médullaires au millim. carré tangentiel. Rayons médullaires larges de 20-40 vu, n'ayant le plus souvent que 1 à 5 élages ; ceux-ci hauts de 30 vw. Ponctuations des
aires miloyennes peu nombreuses, souvent simples, ovoïdes-obliques,
plus rarement en fentes larges légèrement aréolées. Cellules résinifères abondantes, ayant tendance à se grouper en cercles concentriques. Pas de canaux résinifères.
Lias probablement moyen. Tranchée du chemin de fer d’Argentan à Granville, probablement entre Ecouché et Briouze (Orne).