SOLITUDE
Lecteur, Je veux dormir au noir séjour, Sous une tombe abandonnée, Où le chiendent sera l’Amour Et votre oubli, ma destinée !
Dans un sombre regard qu’une larme a déteint,
Mes yeux sont grands ouverts, sur la plaine qui saigne Lorsque la nuit balance au bout de son enseigne, Quelques lambeaux du ciel où l'Etoile s’éteint !
Sous mon manteau qui bat comme une aile brisée, J’interroge le ciel, sur mes rêves d’enfant S’effeuillant à jamais dans mon âme épuisée,
Qui gémit comme un arbre aux morsures du vent !
Guidé par mon odeur, c’est un spectre qui passe En léchant sur mon front, la dernière douleur, Et le bec affamé d’un corbeau qui croasse, Recherche dans la nuit, les restes de mon cœur !
En "CE
Un cœur qui n’est plus rien qu’un roseau sur la berge ! C’est une ombre incertaine, un reste de charogne,
Qui pourrit dans le sable à la lueur d’un cierge
Que tiendraient en tremblant, les deux mains d’un ivrogne.
J'ai vu passer l’amour sur son coursier de rêve, Parmi les fleurs d'automne et les roses d’été ; J'ai mêlé mes sanglots aux flots bleus de la grève, Et j'ai tout pardonné, jusqu’à ma pauvreté !
Mais je marche toujours, plus triste qu’autrefois, Caressant sans espoir, l’insolente attitude
Des premiers souvenirs qui reviennent parfois, Me conter leur ennui parmi ma solitude!
Souvenirs ! je m’endors pareil au moribond, En serrant dans mes bras, la nuit qui recommence, Et n’ai plus pour rêver que l’écho vagabond De vos chants d'autrefois que chérit ma démence !
Que l’ennui se disperse, et que brûle en mes veines Le soleil des beaux jours et du soir printanier,
Si je puis boire encor aux charmantes fontaines Des serments indiscrets qu’il me faut oublier !
Car une nuit viendra, sombre nuit sans aurore, Où je pourrai pleurer en perdant la raison,
Quand mon Ombre au lointain se retournant encore Descendra pour toujours derrière l’'Horizon !