TROISIÈME PARTIE : Considérations physiologiques sur la
ctroulation veineuse de la main et de l’avanlt-bras.
Nous ne voulons pas dissimuler que le sujet, peu riche en déductions pratiques, présente une certaine aridité. Mais ce n’est pas là, nous semble-t-il, une raison suffisante pour laisser inexploré un coin quelconque de la science. Du reste, instruit par l'exemple de M. Le Dentu, qui a su enrichir sa thèse inaugurale sur la Circulalion veineuse du pied et de la jambe (1) de tant de faits intéressants, ne pouvions-nous concevoir aussi de légitimes espérances de l’étude des veines de la main et de Pavant-bras ? :
Ce sujet a de plus le mérite d’être, on peut le dire, inexploré. On a fait dans le courant de ce siècle de nombreuses recherches sur les veines. Sans parler des thèses d'agrégation de Chassaignac et de Verneuil sur le système veineux en général, de ces recherches, les unes ont porté sur des sujets d'ordre général : ainsi Houzé de l’Aulnoïit (1854) a étudié les valvules, M. Jarjavay (1883) les canaux de sureté. D'autres travaux se rapportaient à une région déterminée : ainsi ceux de MM. Le Dentu sur les veines du pied et de la jambe, Trolard sur les sinus et veines de /a cavité cränienne, Duret sur les veines
(1) A. Le DENTu. Recherches anatomiques et physiologiques sur la circulation veineuse du pied et de la jambe. Thèse de Paris, 1867.
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du rectum, Festal sur les veines de l'orbite, Chabbert sur les veines de la face et du cou, Walther sur les veines du rachis, Hédon sur les veines de l’encéphale. Les veines du membre supérieur ont été, par contre, complètement laissées de côté.
En 1885 cependant, M. Bourceret a publié, sur la circulation de la main, une étude dans laquelle il se place à un point de vue tout spécial. Traitant successivement des artères, des capillaires et des veines de la main, il cherche surtout à démontrer que, aux extrémités et aux doigts en particulier, il existe deux sortes de circulation. La première est connue ; c’est l’ordinaire, celle qui se fait par les capillaires classiques : elle a pour but la nutrition des tissus. La seconde, celle qu'indique M. Bourceret, est spéciale aux extrémités (les doigts en forment le premier exemple); elle se fait par des capillaires spéciaux , courts et pelotonnés, beaucoup plus gros que les autres, et permettant par suite le passage rapide du sang : elle a pour but la calorification de la main et constitue une voie dérivative dans les congestions passagères. Ce travail est important, il serait injuste de le méconnaïitre ; mais nous tenons à faire remarquer qu'il est écrit dans un but très spécial, celui de décrire un type de circulation des extrémités. L'auteur décrit les veines de la main en insistant presque uniquement sur les faits qui viennent à l’appui de sa thèse; du reste, il ne consacre que de courtes pages à la description proprement dite des veines. Donc, après cet auteur, il restait beaucoup à faire au point de vue descriptif, et cette étude méritait d'autant plus d’être entreprise, que les dispositions veineuses des extrémités, contrairement à l'opinion générale, sont sensiblement constantes.
M. Bourceret ne possédait pas, du reste, les éléments nécessaires pour la description exacte et complète des veines de la main. Pour cela, il faut pouvoir injecter jusque dans leurs plus fines racines , jusqu'aux capillaires enfin, les veines des doigts et de la main et spécialement les réseaux si riches de la
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‘paume de la main et de la face palmaire des doigts. M. Bourceret imagina un procédé nouveau, qu'il serait trop long d’exposer ici, et qui lui permit d'obtenir des injections assurément supérieures à celles que réalise le procédé ordinaire ; il n’était cependant pas parfait, puisqu'il ne donnait souvent que des injections incomplètes; il était surtout hérissé de difficultés. Néanmoins, il devrait être conservé et mis en pratique , pour ces recherches, si l'on ne possédait mieux actuellement.
En 1882, M. Lejars, alors prosecteur à la Faculté de médecine de Paris, a ouvert une voie large et féconde aux investigations ultérieures , en faisant connaître un procédé nouveau d'injection des veines par les artères. Ce procédé , que nous décrirons plus loin, donne des résultats vraiment étonnants, et permet d’injecter les veines jusque dans leurs plus fines origines et sans en manquer une seule. Déjà il a été mis à profit par l’auteur lui-même : il lui a révélé l'existence, à la plante du pied, d’un réseau veineux sous-cutané tellement riche, que M. Lejars a voulu en désigner l’ensemble sous le nom pittoresque et significatif de semelle ceineuse. Nous serons, du reste, très heureux de montrer dans quelqu’une des pages qui suivront, l’homologie parfaite qui existe , à ce point de vue, entre la main et le pied. C’est en mettant à profit la méthode de M. Lejars que nous avons pu réunir les pièces anatomiques, dont la description constitue la base de notre travail.
C’est également de cette méthode que s’est inspiré M. Mouret, prosecteur à la Faculté de médecine de Montpellier. En 1889, en même temps que nous poursuivions nos recherches, cet anatomiste publiait le résultat des siennes sur la circulation veineuse de la main (1). Sans doute, dans ce travail, il a fait ressortir l'existence des veines palmaires des doigts et du réseau sous-cutané de la paume de la main, mais il l’a fait en
(1) Mourer. In Montpellier médical, 1890, 2° série, n° 3.
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quelques lignes rapides et sans entrer dans le détail d'une véritable description; du reste, son article était écrit, lui aussi, dans un but différent, qui était de soutenir l'existence des canaux de Suquet.
Si, après les auteurs spéciaux , on parcourt les auteurs classiques sur la question qui nous occupe, on se rend facilement compte de l’insuffisance de leurs rapides données , lesquelles se bornent à peu près à signaler l’existence des veines dorsales des doigts, des veines interosseuses dorsales de la main, de la céphalique du pouce et de la salvatelle du petit doigt, enfin de l’arcade veineuse du dos de la main.
Et l'on arrive, en fin de compte , à conclure que les veines de la main ne sont pas connues. C’est à leur étude et à celle des veines de l’avant-bras que nous nous sommes livré. Nous nous placerons surtout au point de vue descriptif, n'ayant pas la prétention d'inventer des lois nouvelles applicables à tout le système veineux. Notre désir, plus modeste, se borne à vouloir donner, des veines de la main et de l’avant-bras, dont les dispositions sont beaucoup plus constantes qu'on ne le pense généralement, une description consciencieuse qui n’a pas encore été faite ; et si l’on appréciait notre travail au point de le considérer comme comblant une lacune évidente, toute notre ambition serait satisfaite.
Avant de clore cet avant-propos. nous avons une obligation bien agréable à remplir, celle d’adresser nos plus sincères remerciements à ceux à qui nous les devons :
A tous nos anciens maîtres de la Faculté libre de Lille, qui ne nous ont ménagé ni leur science, ni leur dévouement ;
Mais plus spécialement à ceux qui ont été nos chefs directs dans les hôpitaux, MM. les professeurs Duret, Desplats, Eustache; ils nous ont largement donné les enseignements de la science et les conseils de l'expérience; ce sont eux qui ont fait toute notre éducation clinique. Nous ne saurions jamais