INFANTE MARGUERITE D AUTRICHE
(Musée de Prado,)
sans se préoccuper de la signification morale ou dogmatique que les hommes y veulent voir. Son esprit paraît se mouvoir avec les forces naturelles, suivre leurs voies impénétrables et se révéler avec elles dans les formes et ies couleurs.
Est-ce là la définition même du grand artiste? 11 est possible. Car Velâzquez, de tous les peintres éternels, est celui dont l’œuvre est le plus près de la nature, et par conséquent de lui-même. 11 est à la peinture ce que Beethoven est à la musique, Phidias à la sculpture. En vérité, il est à la fois l’un et l’autre.
Ses formes, comme celles de Phidias, se continuent sans un arrêt. On n’en peut pas trouver le commencement et la fin, elles se déroulent et passent suivant le rythme harmonieux du monde. Gomme Phidias, il a vu leur correspondance avec les ondes de la terre et le cercle de l’horizon. Nul autre, depuis Phidias, n’a conservé devant la vie cette gravité respectueuse et cet enthousiasme conscient qui sont la vraie religion. Mais, de plus que Phidias, il dispose des harmonies, et c’est par là qu’il touche à Beethoven. Ses gris, ses verts obscurs, ses rouges veloutés, ses roses, et cette matière brillante dont il pétrit les visages humains, il va les prendre aux immortelles symphonies du sol fécond ou dévasté, de l’air où baigne la planète, et de la lumière du jour. 11 donne comme Beethoven, aux voix de la nature, cette apparence d’harmonisation spontanée qui fait descendre irrésistiblement en nous la sensation de l’absolu. Comme
Lame de Beethoven chante dans les souffles nocturnes et dans le vent qui traverse les bois, Tàme de Velâzquez frémit dans l'impérissable clarté.
Gomme le musicien, comme le statuaire, il a la suprême vertu, la simplicité héroïque.