‹ VelazquezChapitre 18 sur 41 · PORTRAIT DE «ANTONIO EL INGLES », NAIN DE PHILIPPE IV · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE «ANTONIO EL INGLES », NAIN DE PHILIPPE IV

( Musée de Madrid. )

LES ARTISTES CELEBRES

On se demande quel pouvait bien être au fond l’emploi avouable de ce Scapin, tout de noir vêtu, avec sa mine d’entremetteur, son sourire équivoque et ses petits yeux ronds pétillants de malice. A qui donc en veut-il avec sa faconde et pourquoi ce geste si comiquement démonstratif? Acculé, à bout d’arguments, le fourbe ment-il pour son compte ou pour le compte d’autrui ? On voudrait savoir. Mais les chroniques du temps, même les plus indiscrètes, sont restées muettes quant aux qualités et mérites particuliers de cet énigmatique personnage.

C’est, au surplus, à force de patientes investigations que l’érudit auteur du nouveau catalogue du musée du Prado est parvenu à reconstituer une individualité et comme une physionomie propre à chacune de ces étranges figures d’avortons, de niais et d'hommes de plaisir qu’on voit fourmiller dans la domesticité de Philippe IV. Il lui a fallu compulser les inventaires, interroger les comptes de rations journalières qu’allouait à chacun, en nature ou en argent, la royale Dispensa, et, même, dépouiller les rôles de distribution des costumes — vestidos de merced — dont la libéralité du monarque gratifiait annuellement tout ce personnel baroque, y compris les barbiers, les mo^os de retrete , les cordonniers, les écuyers de pied, les gardiens des lévriers et jusqu’à son propre peintre don Diego Velâzquez.

Grâce aux recherches de M. de Madrazo, nous savons à cette heure et à n’en plus douter, que Velâzquez a peint le bouffon Pernia sous les traits de ce Barberousse de comédie que l’ancien catalogue avait eu le tort de prendre au sérieux ; nous pouvons désigner par son nom de Don Antonio el Ingles, ce nain, à la longue chevelure coquettement nouée d’un nœud rouge, magnifiquement vêtu de drap d’or et couvert de riches dentelles, qui, son feutre emplumé à la main, mène gravement en laisse une grande chienne tachetée de noir et blanc, presque aussi haute que lui ; nous savons enfin que le vieux reitre, habillé comme au temps de Philippe III, d’un costume noir, rose et violet pâle, et qui a fourni à Velâzquez l’occasion de peindre un chef-d’œuvre, s'appelait — de son surnom bien entendu — Don Juan de Austria , et que c’est là tout ce qu'il avait de commun avec le vainqueur de Lépante.

Ces trois derniers portraits, destinés sans doute à compléter la décoration de quelque salle au Pardo, à la Torre de la Parada ou même à l’ancien Alcazar, transformé peu à peu en un palais plein de richesses d’art et de merveilles par les soins du peintre de Philippe IV, ne datent

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