Comptes de dépenses, aux archives du palais. Liasse
2. » Ce prince (l'infant don Baltazar Carlos) estoit d'un esprit hardy, mais sanguinaire et cruel, selon les marques qu'il en avoit données. On tient que ce qui l'enleva à tant d’Estats, dont il estoit regardé comme l’unique héritier, fut que Don Pedro d’Aragon, premier gentilhomme de sa chambre, ayant souffert qu'une nuit il couchast avec une fille de joye, il s’échauffa tant avec elle, que le lendemain il tomba malade d’une grosse fièvre. Les médecins, n’avant pas sceu ce qui s’étoit passé, le saignèrent, et ainsi affoiblissant ses forces, dont la diminution causoit son mal, avancèrent sa fin. » ( Voyage d’Espagne. La Haye, 1695.)
PORTRAIT DE PABLILLOS, BOUFFON DE PHILIPPE IV ( Musée de Madrid. )
LES ARTISTES CELEBRES
de la Vue de Saragosse , actuellement au musée du Prado (n° 788) ; elle ne fut terminée qu’en 1647, comme le dit l’inscription placée sur un rocher à la droite du tableau. On sait que Velâzquez est l’auteur des vivantes petites figures qu’on y voit groupées sur l’une et l’autre rive de l’Èbre.
Dans ce même atelier de Fraga, où le roi se désennuyait en se faisant peindre, Velâzquez eut également pour modèle le nain el Primo. Il le représenta assis, au milieu d’une campagne déserte et montueuse, la tête couverte d’un chapeau noir aux larges ailes, de la forme de ceux qu’on nomme chamber gos , tout vêtu de noir et occupé à feuilleter gravement un gros in-folio. A terre gisent d’autres livres, l’un d’eux est surmonté d’un encrier de corne où trempe une plume.
Le portrait de ce diminutif d’homme, sur le visage expressif duquel se lisent la finesse et l’esprit, et où l’on démêle une légère teinte de mélancolie, est, comme exécution, de la plus surprenante habileté. Avec un peu d’ocre et du noir et du blanc, dont il tire toute la riche gamme des gris, Velâzquez est parvenu à créer une figure d’une réalité singulièrement puissante. Les noirs des vêtements, qui forment la note dominante, s’y nuancent en teintes d’une variété, d’une apparence et d’une souplesse si réelles, si tangibles, qu’ils semblent saillir de la toile. Véritablement on sent le moelleux, le grain même des tissus, on en distingue la nature et la richesse L
Les diverses représentations de nains, de monstres de nature, de bouffons et d’idiots qu’on trouve au musée du Prado, furent exécutées pour la plupart à la même époque que le portrait d’e/ Primo, ou s’échelonnent entre les années 1644 et 1648. Nous rangeons dans cette catégorie Y Enfant de Vallecas (n° 1098 du catalogue', le Bobo de Coria (n° 1099), le nain Sébastien de Morra (n° 1096) 2 et le portrait en pied de ce bouffon, truhan ou hombre de placer — comme disent les inventaires de la maison de Philippe IV, — que l’ancien catalogue désignait sous ce titre : Y Acteur, et auquel le nouveau rend un état civil en le baptisant : Pablillos de Valladolid (n° 1092).
1. Nous relevons, dans un inventaire dressé après la mort de Charles II, la mention suivante, relative à ce portrait : « 455. Item. Otro retrato del Enano que llaman cl Primo de mano del mismo Velâzquez, tasado en 40 doblones. »
2. Invent, de las pinturas del Alcaÿar ; Testamentaria de D. Carlos II: «454. Un retrato del Enano Morra, de vara y media de alto, quasi en cuadro, de mano de Diego de Velâzquez, tasado en 40 doblones».