SCÈNE I
Dès le lever du rideau, les jeunes paysannes et les jeunes paysans vendéens entrent en cortège, les filles donnant le bras aux garçons, ou les garçons enlaçant la taille des filles. Ceux-ci portent à leurs chapeaux des épis verts el à la boutonnière des nœuds de rubans vert et blanc. Les uns tiennent des cruchons de grès pleins de cidre, d’autres des gobelets d’étain, d’autres des gateaux du pays. Ils posent ces provisions au bord de la source en entrant.
LES GARÇONS ET LES FILLES entrent en chantant.
LES GARÇONS ET LES FILLES
Voici la Saint-Jean, l’heureuse journée !
Granit enchanté, pierre d’hyménée,
Parle à nos amours de leur destinée !
(Une fois entrés en scène, les garçons et les filles se tournent vers la pierre de granit et la saluent très dévotement.)
La Saint-Jean d’été par ses fleurs Cause de la joie et des pleurs.
LES GARÇONS ET LES FILLES
se prennent la main et commencent une ronde autour de la source.
« Voici la Saint-Jean, l’heureuse journée « Où les amoureux vont à l’assemblée.
« Va, mon ami, va, la lune est levée,
« Va, mon ami, va,
« La lune s’en va.
(La ronde s’arrête, sans que les garçons et les filles se lâchent la main.)
LES FILLES s’adressant aux garçons.
Cher amant, la fleur que tu m’as donnée,
Là, je la mis fraîche en la matinée.
Hélas ! si ce soir ma fleur est fanée,
C’est que je perdrai ton cœur dans l’année.
LES GARÇONS ET LES FILLES
La Saint-Jean d’été par ses fleurs Cause de la joie et des pleurs.
(Puis la ronde reprend en sens inverse).
« Le joli garçon dont je suis aimée,
« Il est à Paris ou dans la Vendée.
« Va, mon ami, va, la lune est levée,
« Va, mon ami, va,
« La lune s’en va.
(A un certain moment, tous les garçons en même temps lâchent la main des filles et frappent dans leur paume avec un cri guttural. Alors, pour reprendre leurs bouquets, toutes les filles courent ensemble vers la roche. Grand émoi. Elles se bousculent. Leurs mains fiévreuses s’emmêlent dans les rubans divers. Enfin chacune a trouvé son bouquet. Cris de joie ou cris de déception. Les filles qui retrouvent leurs fleurs fraîches courent à leurs compagnons et les leur montrent triomphantes.)