PLUSIEURS AUTRES FILLES
Ma fleur, pauvre fleur... la voici Aînée...
O Saint-Jean d’été, la triste journée !
(Cette double pantomime, par groupe de deux, se continue sur le motif incessant de la ronde. Celles des filles qui ont lieu d’être joyeuses des prédictions de la pierre d'amour reprennent la main des garçons, dans une hâte de manifester leur contentement. Elles reforment la ronde, entourent d’abord les groupes des amoureux attristés et muets devant leurs bouquets fanés, puis finissent par les entraîner. Toutes les voix, gaies ou mélancoliques, se mêlent de nouveau. Les filles ont glissé leurs bouquets dans leurs corsages, et la ronde, avec toutes les filles et tous les garçons, reprend pleine d’entrain.)
LES GARÇONS ET LES FILLES
La Saint-Jean d’été par ses fleurs Cause de la joie et des pleurs.
« Le galant apporte à sa bien-aimée
« Chapelet d’argent, ceinture dorée ;
« Va, mon ami, va, la lune est levée,
« Va, mon ami, va,
« La lune s’en va.
(Un garçon qui est demeuré vers la droite, en sentinelle, revient et interrompt la danse d’un geste brusque.)
LE GARÇON avec autorité.
Il en est temps, les gars, embrassez vos compagnes Et vers les bois d’Holmant avec précaution Fuyez. Partout les bleus traquent dans nos campagnes Les garçons insoumis aux réquisitions.
(Deux à deux, les groupes de garçons et de filles se reforment : ceux-ci caressants, celles-là essuyant leurs yeux, tous s’embrassent avec attendrissement.)
LES GARÇONS
O ma douce maîtresse,
Il faut nous dire adieu ;
Garde-moi ta tendresse En priant le bon Dieu.
LES FILLES
Sur la terre et sur l’onde Tu t’en vas voyager :
Quelqu’autre, brune ou blonde,
Fera ton cœur changer.
LES GARÇONS
Je ne suis pas volage Et bientôt de beaux jours Nous verront au village Accomplir nos amours.
LES FILLES
Ah ! si ma gentillesse N’a pas su l’attendrir,
Si mon ami me laisse,
Je n’ai plus qu’à mourir !
(Jeanne et Yvonne entrent en scène par le fond.)
LES GARÇONS
Endors ton cœur, ma mie,
Ne crains de l’apaiser :
La tendresse endormie Se réveille au baiser...
LES FILLES
(Les garçons veulent s’éloigner, mais les filles s’attachent à eux et veulent les reconduire.)
Sur la terre et sur l’onde Tu t’en vas voyager:
Quelqu’autre, brune ou blonde,
Fera ton cœur changer.
(Ils s’en vont comme ils sont venus, bras dessus, bras dessous. On les entend chanter doucement en s’éloignant. Jeanne et Yvonne restent seules en scène. Jeanne appuyée sur le bras d’Yvonne s’avance un peu et très lentement vers la source.)