ACTE II
Elle retombe anéantie sur le prie-Dieu, puis, presque aussitôt, se redresse
avec colère.)
Non, non, sur ton blason rejaillira ma honte;
Si haut, si haut qu’il soit, il faudra qu’elle y monte.
Et si l’horrible affront
Fait pâlir mon visage, il doit rougir ton front !
LE DUC avec douleur.
Tout ce que tu me dis, tu fais bien de le dire :
Je suis coupable.
JEANNE
plus doucement.
Et moi, je ne veux pas maudire.
LE DUC
J’ai mérité ta haine et ton mépris;
Mais plus que mon remords ta souffrance m’oppresse. Va, ne m’épargne pas, moi qui n’ai pas compris L’infinité de ta tendresse.
JEANNE
Je ne sens plus ni haine ni mépris Car plus que le remords ma souffrance t’oppresse;
Et je veux t’épargner, toi qui n’a pas compris L’infinité de ma tendresse.
Oui, plus tard tu me comprendras Et ce jour-là tu me rendras Toute ta tendresse épurée ;
Car j ’aurai, par mon dévouement,
Fait un époux de mon amant Et reconquis la foi jurée.
(On entend au loin une rumeur confuse qui se rapproche. Il fait jour. Les rayons encore pâles du soleil éclairent toute la scène.)