‹ VendeeChapitre 40 sur 115 · JEANNE, LE DUC · texte numérisé non relu

JEANNE, LE DUC

Jeanne, automatiquement, comme dans un rêve, a ouvert la porte. A ce moment, à travers les barreaux de la fenêtre, on voit les premiers rayons de l’aurore.

LE DUC préoccupé.

Tous les nôtres se sont perdus dans les bois sombres. Au retour, j’ai cru voir d’inquiétantes ombres

Rôder au loin. Est-ce quelque espion?...

(11 aperçoit Jeanne et va précipitamment à elle. Il s’arrête, frappé de l’expression douloureuse de son visage. Il la soutient.)

Tu pâlis?

JEANNE

d’une voix faible et désignant la fenêtre.

Du matin c’est le premier rayon...

(Elle passe sa main sur ses yeux pour essuyer ses larmes.)

LE DUC

tendrement, la tenant toujours enlacée.

Jeanne, t’ai- je assez dit combien ces yeux qui pleurent Ont versé de courage en mon cœur affaibli?

T’ai-jc assez dit combien ces lèvres qui m’effleurent M’ont versé d’ivresse et d’oubli ?

J’évoquerai, cher ange, au sein des jours moroses,

Le souvenir berceur de ton dernier baiser,

Comme l’oiseau revient au jardin plein de roses Pour chanter et se reposer.

(Il la regarde et la voit, plus pâle, pleurer de nouveau.) Pour cet adieu, trop tard tu prolongeas la veille...

JEANNE

Non, mais d’un rêve affreux, à peine je m’éveille. (Elle prend le Duc par la main et l’amène devant le prie-Dieu.) Viens. Tu crois à ce Dieu crucifié?

LE DUC

J’y crois.

JEANNE

d’une voix tremblante.

Etends la main sur cette croix?

(Le Duc, bien que surpris, étend la main.)

Jure-moi que je suis ta femme?

(Le Duc laisse retomber sa main, elle reprend avec passion.) Jure !

LE DUC

d’une voix sourde.

Je ne peux pas !

JEANNE hors d’elle.

Ah! tu n’es qu’un infâme Et je sens les sanglots dans ma gorge éclater...

Cette femme avait donc raison de m'insulter!

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