JAGAULT, LE DUC, JEANNE, UN SERGENT, SOLDATS
LE SERGENT
Halte !
(Les républicains ont envahi la scène, les prisonniers sont au milieu d’eux.) Cette clairière est l’étape prévue Par nos ordres. Nous attendrons, en bivaquant,
Le petit jour. Gardez les prisonniers à vue,
Déliez-leur les mains.
(On exécute les ordresl.
Et nous, veillons au camp !
(Le sergent désigne plusieurs hommes qui le suivent. Les soldats se sont alors dispersés et préparent tout pour le bivac. Ils allument des feux, s’assoient par terre, mangent et boivent. D’autres se couchent pour dormir. Jeanne s’est assise sur un banc naturel de gazon.)
JAGAULT
Après avoir observé les divers mouvements des républicains, regarde la campagne au loin, pensivement.
En ces hameaux lointains, en ces humbles paroisses, Tous nos bons Vendéens se sont mis à genoux.
Par la prière unis à nous,
Ils lèvent vers ce chêne leur regard plein d’angoisses. Ah ! dussé-je y trouver la mort,
Braves gens, je tiendrai ma promesse :
Si vous n’assistez pas à ma dernière messe,
Du moins le feu luira sur le chêne d’Armor !
(Il s’avance lentement vers l’arbre, s’assoit sur une roche adossée au tronc et il contemple, toujours pensif et recueilli, le camp, puis la campagne qui s’étale à ses pieds.)
LE DUC
toujours auprès de Jeanne assise.
Pauvre enfant, n’es-tu pas morte de lassitude ?
JEANNE
Oui, j’étais lasse; mais, en cette solitude,
Je renais, car le soir m’apporte sa fraîcheur Et ses étoiles radieuses de blancheur.
En ton extase virginale,
Pauvre cœur, tu fus défleuri,
Pareil à la fleur matinale A laquelle trop tôt le soleil a souri.