SCÈNE IV
LE DUC, JAGAULT, JEANNE, puis LES VENDÉENS.
LE DUC avec désespoir.
Jeanne !... Ah ! Dieu, que de sang sur cette écharpe blanche !
(Il lui soulève la tête.)
Réponds... Ouvre les yeux... Vois : c’est moi qui me penche Et t’appelle... Plus rien... Morte!
(Il se redresse et dans une exaltation de douleur.)
... Et je suis vivant!
(Le Duc a arraché son habit et affolé de douleur se tourne vers les broussailles, offre sa poitrine à la fusillade.)
Si ma prière est méconnue,
Si le ciel reste sourd à mon appel fervent,
Vous, gars ou bleus, visez cette poitrine nue :
Frappez au cœur !
JAGAULT
descendu des pierres au pied du chêne, se rapproche et met doucement la main sur l’épaule du Duc.
Ton tour viendra. Mais tu mourras vainqueur: Oui, martyr de la foi gardée,
Tu mourras pour notre Vendée!
(Le ciel s’empourpre de plus en plus. Des rumeurs s’entendent au loin. De tous côtes, des paysans armés de fusils, de faulx, de pieux, décorés de la cocarde blanche, surgissent des fourrés, avec précaution d’abord, puis de plus en plus vivement, et se groupent autour du Duc et de Jagault.
Au loin, de toutes les paroisses, des feux répondent, des cloches sonnent, des rumeurs retentissent. La scène, la forêt, la campagne, tout le ciel semblent embrasés.)
Vois-tu nos gars innombrables surgir Des roches, des ajoncs, des taillis et des branches.
V7" ois l’ombre s’étoiler de nos cocardes blanches Et vois le ciel s’illuminer, rougir,
De cent feux répondant à mon signal d’alarmes.
Le tocsin sonne, tout s’embrase !