ACTE III
LE DUC
avec une énergie croissante.
Le signal est promis, il faut que tu le donnes,
Ou les nôtres croiront que tu les abandonnes.
JEANNE
désignant le Duc.
Le cœur près du sien confiant,
Va, Jagault, j’attendrai la mort en souriant.
LE DUC
Ali ! qu’est-ce de nous trois s’ils vengent Dieu ! Qu’importe Si leur grêle de plomb en passant nous emporte !
JAGAULT
C’est bien. —
Grave et résolu, il saisit une torche ou une branche tombée, la plonge dans le leu d’un bivac proche et la relevant tout enflammée il met le feu dans le feuillage et le gui du vieux chêne. Puis il rejette la torche. La fumée s’élève peu à peu. A la lueur de l’incendie on a le temps de voir Jagault, dressé contre le chêne, lever son crucifix vers les bois et la campagne lointaine.
O bénis
Dieu bon, la flamme qui monte aux deux infinis;
Fais que ceux qui sont prêts à mourir soient bénis !
LE DUC et JEANNE
Pitié de nous, Seigneur !
JAGAULT
Que les morts soient bénis !
La fusillade éclate. — Un épais nuage de poudre envahit la scène. On aperçoit confusément les républicains réveillés en sursaut, courant à droite, à gauche, cherchant vainement à se rallier. — Quand le nuage de fumée se dissipe, on voit sur la scène pêle-mêle des cadavres de Vendéens et de bleus. — Jeanne immobile est étendue par terre. Le Duc est penché anxieusement sur elle. — Jagault est encore debout sous le chêne, le crucifix tendu.)