ACTE I
La mort de tes parents nous laissait sans soutien ;
S’il n’avait défendu le peu qui t’appartient,
De toi, pauvre orpheline, et de moi, la servante, Laquelle de nous deux serait encor vivante ?
JEANNE
tristement.
Voici longtemps, longtemps que nous ne l’avons vu !
la regardant à la dérobée.
Il préfère son parc à nos landes en friche.
De ce qui plaît aux yeux d’un seigneur noble et riche, ' Notre logis n’est pas pourvu.
JEANNE
avec un cri de douleur.
Tais-toi ! je souffre trop !
YVONNE
cherchant à l’entraîner.
A quoi bon les attendre ?
JEANNE
se levant et impérieusement.
J’attendrai !
YVONNE
à part, tremblante.
J’ai peur de comprendre !
Les pleurs que je lui vois répandre...
Son désir de rester ici...
(Avec douleur.)
Aimerais-tu le Duc, pauvre enfant?
JEANNE avec éclat.
Oui... je l’aime!
YVONNE
atterrée.
Quelle folie !
JEANNE
toujours triomphante.
Et le Duc m’aime aussi !
YVONNE
Peux-tu le croire?
JEANNE
Il me l’a dit lui-même!
YVONNE
Malheureuse !
JEANNE
Tu sauras tout...
YVONNE
Tais-toi! tais-toi!
J’ai peur de deviner... Es-tu donc sa maîtresse?
JEANNE avec orgueil.
Je suis sa femme!
YVONNE
Toi?... sa femme?...
JEANNE
Oui. Moi !
(Avec passion.)
Ali! mon cœur se remplit d’ivresse Au réveil de ce souvenir ;
J’ai son baiser, j’ai sa tendresse, Rien ne peut plus nous désunir.