FIN DU DRAME. Z
voir troublé sa retraite. Wilhelmine lui accorda froidement et avec dignité le pardon qu'il réclamait, et la conversation tomba.
Frédéric fit quelques pas dans la chambre pour trouver une contenance. Il se plaignit enfin de quelques douleurs de tête, et il ouvrit la croisée.
Wilhelmine lui fit remarquer que, de cette fenêtre, on jouissait d'une magnifique perspective , et qu'au bout de cette belle nappe d'eau limpide de la lagune, l'œil se reposait agréablement sur les grèves blanchâtres du Lido.
Frédéric referma la fenêtre avec un mouvement d'impatience; il tira les deux rideaux l'un sur l'autre; puis il se promena de nouveau dans la chambre.
Il s'arrêta tout-à-coup devant une petite porte à demi masquée par une vieille tenture de lampasse, et il demeura long-temps dans l'immobilité la plus complète, les yeux cloués à quelques pas devant lui. Enfin , tandis que sa femme, pensive , et renversée nonchalamment dans son fauteuil, faisait jouer entre ses doigts les ruches de dentelle qui pendaient à son corsage de bal, il se pencha brusquement, et il ramassa dans l'ombre , sous la tenture de la
SgA VENCZIA LA BBXLA.
porte, un gant d'homme qui, sans doute, y était tombé récemment, car la chaleur de la main n'en était pa§ encore entièrepi.ent exhalée.
— Je suis perdu, murmura Frédéric entre ses dents , avec un terrible regard.
Et aussitôt il cacha ce gant dans son habit.
Wilhelmine se retourna, et elle pensa. mourir d'effroi en voyant s'approcher d'elle son, mari pâle et les yeux hagards.
Frédéric sourit gracieusement à sa fçmme, et lui présentant la main, il la priî\ de ne pas sitôt priver le bal de sa présence, et de vouloir bien y retourner quelques instans avec lui.
— D'ailleurs, ajoutait-il, demain nous quittons Venise. Et pp^ir toujours. Cette dernière nuit est précieu§e. J'ai lieu de penser que ni vous nimqi no.u? ne l'oublierons jamais.