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Et il entra avec ses deux acolytes dans l'appartement que l’on venait de mettre à leur disposition, Puivert tremblait,
Pour stimuler son Courage Darcy et Edmond lui
firent boire trois verres de cognac, qui lui montèrent
quelque peu à la tête.
Ce n’est pas à dire qu'ils furent cux-mêmes d'une tempérance complète : peut-être aussi se sentaient-ils défaillir, Toujours est-il que sans sé livrer à des libations telles qu'en prenait le fermier, l'aidèrent-ils Püissamment à vider la bouteille du fameux cognac du père Pitou.
Tous les trois passèrent leur après-midi dans l’'auberge et x, prirent le repas du soir.
Edmond ne doutait pas du succès de leur guet-apens et paraissait très-insouciant, Vers huit heures la fati- Sue eut raison de lui et il finit par céder au sommeil. . Puivert était immobile sur un siège de bois, ‘ Lui non plus ne disait pas un mot, I] songenit à la vie tranquille qu'il avait toujours menée à Ste-Anne et qu'il regrettait amèrement en la comparant à celle des dangers continuels, auxquels il était soumis depuis quelques jours.
Darcy semblait impatient, Il s'asseyait, se levait, puis marchait à pas précipités, L'appartement où étaient réunis ces trois hommes prenait un aspect lugubre ; l'obscurité y planait en entier,
Le père de Mathilde admirait le Courage d'Edmond, qui dormait sans souci dans l'attente d’un combat aussi meurtrier, et n'avait que du inépris pour Puivert que le froid gagnait et que la peur faisait trembler encore
“davantage, Il le secouait rudement,
— Marche donc, frileux ! lui disait-il, tu te chaufteras demain au soleil] ! Voyez cela, grelotter au mois de Juillet, Ce soir, il s'agit de déployer ton Courage.
— Je n'ai pas froid, fit le fermier.
— Non ! alors je me trompais, c’est de peur que tu trembles. Il faut tout de même que tu fasses ton devoir ainsi que nous.
Il se dirigea ensuite vers Marceau, qui dormait tou- Jours.
— M. le dormeur, éveillez-vous, il est temps de faire le guet,
— Quelle heure est-il ?
— Neuf heures.
— Eveillez-moi dans une heure seulement ; Ce sera encore assez tôt.
— Qui vous fait croire qu'ils ne seront pas de retour avant dix heures ?
— Rien de positif, mais d'aprés ce que vous m'avez laissé entendre, Hervart va régler certaines affaires ; au moment de partir en enlevant Hortense, il voudra probablement mettre au fait de ses pas et démarches son notaire Durocher, qu'il compte en même temps Parini ses ainis les plus intimes, La négociation sera nécessairement longue et c’est là ce qui me fait croire que nous ne les verrons pas d'ici à une heure. Mais comme vous ne paraissez pas tomber de sommeil, si Vous remarquiez quelque chose de suspect, éveillez-moi alors,
Quelques instants après, Edmond s'était rendormi.
Darcÿ était très nerveux ; Où eût dit que son énergie était émoussée par cette inactivité, Il sortit et
marcha pendant une heure environ, Quand il rentra
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il était dix heures et cinq minutes, “Je crois, dit-il, que l'heure est arrivée d’éveiller Marceau. ”
IL s'aperçut alors que Puivert dormait aussi. Il les secoua tous deux rudement, Le fernier commença par ouvrir difficilement les yeux puis se mit à les frotter de ses grosses et larges mains. Enfin, il se leva en disant, sans trop se rappeler la tâche qui lui incombait : “ Me voilà prêt”. Quant à Edmond ilse leva sur le champ, alla chercher les épées qu'il avait mises hors de portée, et guidant ses deux compagnons, il alla
s'embusquer avec eux près du précipice de l’autre côté du chemin.
— Maintenant, ne bougeons pas, dit-il. Soyons sur le qui-vive. Ils ne peuvent tarder à arriver. Quand je crierai “en avant ” nous nous précipiterons sur la voiture que nous devons renverser dans le précipice, si c’est possible, avant d'attaquer cette canaille dont il faut se défaire à tout prix.
— N'oublie pas Puivert, fit Durcy d’un ton sarcastique pour fairé endêver le fermier, que tu dois payer de ta personne tout aussi bien que nous.
— Je suis prêt à faire ion devoir sans vos recommandations, soyez en convaincu.
— Dix heures et quart, fit Edmond en sortant su montre de son gilet; nos hommes retardent encore plus que je ne pensais, M, Darcy, vous auriez pu dormir comme nous, vous en aviez amplement le temps.
— Dans des circonstances semblables je ne donne Juruais de temps au sommeil ; dans ce casen particulier, nous avions besoin d'une sentinelle au moins. Si
Puivert se fût montré un peu plus énergique, il eût pu
me remplacer, mais il a une triste apparence ce soir. Te voilà devenu bien taciturne, mon vieil ami, tu n’as pas dit un mot de la soirée.
— Je parlerai quand nous serons de retour à Montréal, sains et saufs.
— Taisez-vous, fit Edmond.
— Qu'y a-t-il ?
— J'entends une voiture qui vient au grand trot,
— Bah! toutes les voitures sur cette voie ne sont Pas censées contenir nos Jouteurs.
— Celle-ci les contient, monsieur Darcy, cria une
voix de la voiture et que tous reconnurent pour celle d'Ernest Lesieur.
— En avant! cria Edmond, en avant !
Et lui, Darcy et le fermier se précipitèrent sur le cheval.
Mais an même instant, Louis, Ernest et Victor se précipitèrent hors de leur voiture que leurs trois ennemis ne purent renverser selon leur intention, et déjà Couraient sus à leurs agresseurs, l'épée à la main,
Edmond reconnut le danger ; ils ne désirait plus qu'une chose, c'était que leurs trois adversaires le suivissent, lui et ses Compagnons dans le précipice visà-vis l'hotel du père Pitou. Il feignit de fuir et se plaça de manière à pouvoir se défendre bravement, et il fut bientôt rejoint par Darcy et Puivert.
— Sus à Marceuu, vociféra Victor, en poursuivant avec Ernest et Louis, leurs trois antagonistes dans leur refuge.
— Nous avons été trahis, s’écria Edmond, qui ne pouvait comprendre la présence de Victor au nombre de ses adversaires. Tu nous as épiés, traître,
ir,
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avant de pouvoi tête fracassée Par !à bâton de
qui combattait à :5+4 de Vie fut assez heur
malheureux üivert,
— Rappelle-toi 1a nuit o de M. Hervart et la mienne lequel, comme un imbécile temps ouverte.
Edmond, furieux, Tegretta la trop grande complaisance qu'il avait m
ontrée alors à l'égard du fermier de Ste,-Anne.
Cependant Ja lutte adversaires, Mais 1
emps, dès q leur fut plus familier, Edmon
de Victor comme jouteur; il crut devoir le pousser à
deux #.
vec son bâton l'épée de étai: dans une
Position désespérée, car V 89 servir de son Pistolet, il eût eu la Son antagoniste, Ernest tor, déserta son poste at ‘ traverser d'outre en outre le Mais en rendant ce service À
eux pou
Victor, il avait perdu du terrain et Darcy allait en profiter,
Louis vit le danger qui menaçait son meilleur ami. Il abandonna Edmond, et poussant un grand cri, il Courut sur Darcy et put détourner le coup d'épée que celui-ci destinait à Ernest. Ils continuèrent la lutte ensemble; cependant Edmond, resté sans adversaire avait pointé son pistolet sur Victor, qui tomba roide inort, et il se ruait déjà sur Louis Pour venir en aide à Darey, lorsqu'il dut faire face à une attaque d’Ernest qui, délivré de son premier rival, allait porter à son ami le même secours que célui-ci lui avait rendu.
La position des combattants, après ces divers mouvements, n'était done plus la même,
En effet, Ernest avait Pour adversaire Edmond, l'ancien prétendant à la main de Mathilde, tandis que Louis semblait avoir été réuni à son mortel ennemi par la Providence, qui allait décider dans ce tournoi.
Le combat devait être et fut terrible,
Comme si le ciel n'eut attendu, pour ouvrir ses
* Cataractes, que le moment où la terre fût rougie de sang humain, le tonnerre qui, jusque-là, avait grondé sourdement, éclata en faisant entendre un fracas épouvantable et une pluie torrentielle commença à tomber.
Le combat continuait des deux côtés avec un acharnement qui ne laissait aux rivaux ni trève ni repos, Ils se portaient bien réciproquement quelques égrati- &nures, mais nulle blessures sérieuses. :On n'entendait
à naine la
8 peine ie choc des armes, grâce aux bruit de la foudre
en
et aux éclairs qui illuminaient parfois ce sinistre champ de bataille.
Enfin Edmond, dominé par l’impatience et la longueur d'une lutte qui l’accablait d’une fatigue excessive, déploya contre son adversaire une ardeur qu'il n’apportait jamais dans un combat singulier. Mais cette fureur même, en conseillant plus de calme à Ernest fut la cause de sa défaite. Au moment où il se croyait sûr d'une victoire tardive, il glissa sur ce terrain rendu humide par la pluie et, dès lors, Ernest put lui arracher une vie plus criminelle qu'inutile,
Les seuls combattants demeurés sur ce champ de Carnage étaient Louis et le comte de Lagusse. Ernest voulait achever ce dernier tout de suite en lui perçant les reins de son épée encore toute trempée du sang d'Edmond, mais Louis lui ordonna de ne pas intervenir
dans une querelle qu’il considérait, avec raison, toute q q personnelle,
Au reste l'issue ne devait pas se fuire attendre longtemps. La jeunesse de Louis lui était d’un grand Seeours. Aussi était-il toujours ferme, tandis que Darcy, qui n'avait plus la même vigueur que Raoul de Lagusse, faiblissait constamment. La lassitude finit par le gagner tout à fait et à une “craière attaque de Louis, il ne put résister à ce “ernier qui poussa rapidement son épée Jusqu'au cœur du meurtrier.
— Amen ! fit Ernest soulagé. Evidemment, Dieu ne voulait pas que ce misérable moûrut d'une autre main que la tienne, et le mal qu'il t'a fait souffrir, réclamait une vengeance solennelle,
Des six combattants qui avaient pris part à
CoxcLustox.
Aussitôt après l'issue de ce combat meurtrier, les deux amis continuèrent leur route vers la ville, en imposant à leur cheval une course presque vagabonde.
Dès leur arrivée, Ernest se rendit chez Mathilde pour l’instruire de son malheur, Louis était allé à son domicile où il croyait rencontrer Hortense, Ne l'y
la rue oment drame
sanglant, qui avait eu lieu dans le cours de cette Journée
néfaste.
Tout en pleurant sur la mort tragique de son père, Mathilde ne pouvait méconnaître le doigt de Dieu dans cette triste épreuve
— Mon Dieu ! s'écria-t-elle ! que dois-je donc atten-
dre dans l'avenir ? Je reste sans défenseur et abandonnée de tous mes amis,
— Vous êtes injuste, jamais vous n'avez er aurez un ami plus dévoué que moi,
La jeune fille fit voir au jeune homme ux œil de reconnaissance dont celui-ci fut presque ébloui.
— Comment faire Pour empêcher le déshonneur désormais attaché à mon nom ?
— À ce point de vue votre position est meilleure que la nôtre, jamais aucun méfait n’a souillé le nom de Darcy. Personne, à part Louis et moi, Darcy et Raoul de Lagusse ne formaient qu'une même individualité, et voys n’avez rien à crairdre de nous, sous ce rapport. Louis et moi, nous £’abvaquerions la
al vous
ne sait que
182 VENGEANCE FAJALE
mémoire de votre père, que si nous avions à défendre notre vie dans un Procès criminel, au cas où les soupsons se porteraient sur nous. Quoique la chose puisse Vous paruître extraordinaire, ces soupçons seront probablement écartés, vu que le combat dont nous parlions a eu lieu dans la plus profonde solitude, et que nous n'avons été APErÇUS par personne dans ln société de votre père et de ses amis. Le seul danger qui nous menace vient d'un nommé Victor Dupuis, qui a été vu avec NOUS, qui combattait à nos côtés, qui à été tué et dont le cadavre sera retrouvé avec ceux de nos adversaires, Toutefois, comme notre séjour ici ne Pourrait nous accorder une vie sereine et tranquille, je compte, d'ici à deux ou trois mois, abandonner sv00 Louis ce pays pour faire un voyage en Europe, d'où probablement nous ne reviendrons jamais, 7.4 aujourd’hui vous proposer une alliance pour cette époque et...
— Moi, partir avec les assassins de mon père !
— Vous vous trompez. Louis a, NON pas assassiné mais tué votre père dans un duel bien en règle, il n'y a que lui qui ait trempé son épée dans le sang de M. Darcy. Rien ne saurait donc empêcher notre union si vous m'aimez,
— O Ernest !
Le bonheur est toujours égoïste : Ernest n'avait
Pas songé aux mêmes difficultés que Louis devait ren-
contrer auprès d’Hortense. On sait que les deux jeunes
gens ignoraient que Darcy n'était pas le père de lu fiancée de l'étudiant en droit,
C'est vers ce moment que ce dernier entra dans la
maison qui avait appartenu au père de Mathilde
ma
Celle-ci lui dit de se rendre à la cha
ence, où il retrouverait Horten avait rendu inutile l'évasion des Louis la ramena-t-il à so rue St-Alexandre.
pelle de la Provise, La mort de Darcy
deux amoureux. Aussi n ancienne habitation de la
On conçoit les rumeurs de toutes sort qui s’accréditèrent après le drame de Lachine. Dans l'enquête
ï eut lieu sur les cadavres, Mathilde et Hortense ne connaissaient rien Personnellement et ne furent pas interrogée
Elles ne demeurèrent que peu de temps dans leur
somptueuse demeure et en sortirent pour n'y plus rentrer,
Louis venait d'être admis à la pratique de sa profession ; il avait naturellement été instruit de la paternité d'Hortense, et rien ne s'objectait dès lors à l'union des deux fiancés. Le mariage d’Ernest avec Mathilde, et
celui du nouvel avocat avec Hortense eurent lieu le même jour, avec une simplicité commandée par le deuil des deux jeunes filles,
Louis avait souvent parlé du désir Europe qu'il entendait faire avant pratiquer ; l’occasion ne pouvait mieux se présenter à lui de s'éloigner des rives du Canada, qui lui rappelaient des douleurs si récentes. Il résolut de mettre à exécution son ancien projet, dans lequel il fut secondé par Ernest, qui le suivit, accompagné de sa mère et de sa jeune épouse,
Malgré la générosité avec laquelle Louis avait voulu couvrir les incidents de la vie de 1 finit par se faire Jour, grâce à l'indise de Victor, à qui ce de
d'un voyage en de commencer à
'arcy, la vérité étion de la mère rnier avait: raconté continuelle--