LA LUTTE SUPRÊME
Darcy et ses amis était arrivés à une barrière de la partie ouest de la cité.
Darcy, très-bien connu de tous ceux qui recueillaient le droit de péage, tout en payant se mit à questionner l'homme qui était en charge de cette barrière.
— Âvez-vous vu, demanda-t-il, beaucoup de monde prenant la direction de Lachine ? Auriez-vous remarqué quelques-uns de mes amis ?
— M. Hervart est un de vos amis ? je crois du
moins l'avoir aperçu souvent avec vous et votre famille.
— En effet.
— Eh bien, il vient de passer avec deux autres personnes,
— Qui étaient-ils ?
-— Je ne les connais pas du tout. L'un d'eux m'a paru un serviteur,
Nos trois Personnages se regardèrent tous, un peu Surpris. Ils se demandaient quel pouvait être cet individu qu’on leur avait représenté comme un domestique. e
— Je serais curieux, dit Darcy, de savoir le nom de leur compagnon. Mais peut-être après tout n'est-ce
qu'un serviteur en effet, ou quelqu'un qu’ils auront recueilli sur le chemin.
Nul ne pensait à Victor.
— Si cet homme ne les quitte pas, dit Puivert, cela leur donne un homme de plus.
— Après tout, reprit Darcy, nous n’en serons pas moins à nombre égal de chaque côté et comme ils ne s'attendent. pas probablement à nous rencontrer sur
leur route, nous ne pouvons manquer d’avoir l’avantage sur eux.
— Ils doivent tout de mêine être en éveil ; les scènes qui ont eu lieu aujourd’hui doivent avoi: “diminué quelque peu leur sécurité et ils ne sauraient entreprendre une pareille excursion, sans se munir,en même temps, de moyens de défense en cas d’une attaque,
— C'est ce que nous verrons, fit nonchalamment Darcy. Mais Pourquoi vous arrêter ici ? continua-t-il en s'adressant à Edmond, qui conduisait le cheval.
— Parce que nous n'irons pas plus loin, répondit celui-ci.
— Comment! entendez-vous passer l'après-midi dans cette sale auberge ? Pour moi, J'y renonce.
— Mais c’est justement ce qu'il nous faut. Nous devons nous dérober à leur surveillance quelque part. Nous les attendrons ici, Ils ne se douteront probablement pas que nous ayons choisi ce taudis pour nous y abrutir toute une après-midi, lors même qu'ils seraient instruits du fait que nous suivons le même chemin qu'eux. J'avoue que cette auberge n’est pas un agréable lieu de récréation, mais nous ne pouvons être mieux postés pour les surprendre, attendu qu'ils ne reviendront p'obablement de leur excursion qu'à une heure où il fer, déjà sombre, et cet hôtel est, comme
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Vous voyez, assez éloigné de toute habitation. Entrons
immédiatement car l’on commence à nous reinarquer, :
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168 VENGEANCE FATirr
et il serait bon que noie prisence ici fut ignorée
autant que possible, :
Darcy et Puivert en trèrent dans ce bouge fastueu-
sement décoré du nom d’auberge, tandis qu'Edmond conduisait la voiture dans une remise et 0,21, aux besoins de leur cheval.
La salle où Darcy et son fidèle serviteur étaient entrés, infectée par la fumée d'une quinzaine de fumeurs, chiqueuïs et cracheurs émérites, était encore plus remarquable par les nombreux jurements et la Conversation tapageuse qu'ytenaientles consommateur en ce moment. Pour nous servir d’une expression bien connue, on pouvait fendre la fumée avec un couteau,
À peine les deux complices y avaient-ils mis le pied, qu'un homme tranquillement assis dans un coin de la chambre sortit sans bruit, mais non sans avoir remarqué les pistolets, si bien cachés qu'ils fussent dans les poches des deux nouveaux arrivés, Évidemment, ces derniers étaient attendus par cet homme, qui avait probablement reçu l’ordre de les épier et de les surveiller avec soin. Il se rendit dans la cour où : put voir de loin Edmond sortant de la voiture les épées, enveloppées dans une large toile et les emportant avec
lui.
— Pius de doute, fit cet inconnu, ils sont armés de pied en cap ; nous devrons donc ferrailler, et certes dans un sérieux combat. Allons done a, ‘ir Lesieur eb son ami. Quels bons Payeurs que es -ens-là. Déjà cinquante dollars, et cela pour rien ; il est vrai que cet après-midi nous aurons une crâne besogne.
Il rentra à la sourdine dans l'auberge et put, sans être vu, se glisser auprès de l’hôtelier, et lui dire :
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Il faut que je parte à l'instant même, je n'ai pas le temps de payer mes consommations, ce sera pour une autre fois, père Pitou,
— Très-bien, répondit celui-ci, qui suffisait à peine à répondre aux demandes des buveurs.
Victor, que nos lecteurs ont déjà reconnu dans l'espion blotti dans l'auberge du père Pitou, demanda aussitôt une voiture et en quelques instants il rejoignait Louis et Ernest, qui l'attendaient environ un mille plus loin.
— Te voilà déjà parmi nous, Victor, fit Ernest en l’apercevant. As-tu vu nos hommes ? Vraiment tu n'as pas été longtemps.
— Oui, je les ai vus, et comme je le croyais, ils «‘fendront notre retour dans l'auberge du père Pitou:
—— Sont-ils armés ?
Crânement, je vous l'assure, j'ai remarqué qu'il ÿ avait de épées, probablement pour Darcy et Edmond, Car quant & Puivert, il est muni d’un lourd bâton. De plus chacun d’eux a un pistolet dans sn poche.
— Dis donc Louis, si nous avions suivi ton conseil c'est-à-dire de ne Pas nous armer de notre côté, ous aurions eu bonne mine pour revenir à Montréal dans la soirée, Heureusement, mon Programme a prévalu, Nous avons, nous aussi, trois révolvers et trois épées, Sans doute, en se servant d’'épées, leur but est de n'attirer aucune attention sur le combat qu'ils comptent nous livrer. Eh bien, tant pis pour eux ! Ils s'apercevront que nous n'avons Pas assisté en vain aux leçons de fleuret de notre à icien aäini Louis Français ‘haeun à sa tâche !
— Voilà sans doute, fit Louis, l'issue inévitable de
cette aventure, Toutefois si tout pouvait encore s’arrangeT, Sans que nous soyons forcés d'en venir aux mains, J'aimerais mieux cela. Je me demande ce qu’Hortense pensera de moi, si j'en viens Jusqu'à croiser le fer avec son père,
— Mais cela est insensé, répliqua Ernest impatienté, Quoi ! nous savons ‘que ces gens-là nous poursuivent de leur haine, que leur principal objet est de nous enlever la vie, et Parce que tu aimes la fille de Darcy, tu vas oublier que cet homme a tué ta mère et qu'il t'a rendu orphelin à douze mois, bien plus tu vas lui livrer ta vie comme un agneau. Certes! moi aussi ! J'aime Mathilde et je lui souhaite le plus grand bonheur qu'elle puisse désirer, mais ce n’est pas assurément une raison pour me laisser tuer par son père. D'ailleurs si tu ne veux pas croiser le fer avec Darcy, moi qui ai moins de scrupules que toi, ou Victor que voilà, nous nous chargerons de Jui administrer une blessure qui l'empêchera de voir un autre lever d’aurore que celui de ce matin,
— Voilà comme on doit parler, fit Victor, cela me plaît de servir un homme tel que vous, Si vous les laissiez échapper cette fois, ce serait fini de vous. Monsieur Hervart, je vois bien que vous ne connaissez pas Marceau, tel que je le connais, Il vous a voué une haine féroce à cause de l'affection que vous porte mademoiselle Hortense, et si Vous ne voyez à votre défense, soyez persuadé qu'avant longtemps vos os ne Vous pêseront pas, Vous êtes donc le plus en danger.
— Tu vois, Louis, tu es seul de ton avis. Au reste, je ne t’aurais pas accompagné à Lachine, si nous ne
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nous fussions pas munis d'armes pour nous défendre en cas d'attaque.
— Le messager qui devait porter mes lettres chez Darey, sais-tu ce qu'il en a fait ?
— Cette pensée te vient-elle pour la première fois ? Tu étais si occupé, ma foi, que je n'ai pas cru devoir t'en parler, mais je vais t’en dire un mot maintenant. Tes lettres ont été portées chez Darcy par mon messuger, qui là à pu entendre toute la conversation de Darcy avec Puivert. Il me l’a rapportée mot pour mot, et c'est ainsi que je savais en partant de la ville, que nos compères devaient parcourir le même chemin que nous et qu'ils seraient munis des meilleures armes connues pour nous assaillir,
— Que ne m'as-tu dit cela plus tôt ? Je n’aurais pas hésité.
— Tu n'aurais pas hésité, dis-tu ? Je pense, au contraire, que si tu avais su ce que je viens de t’apprendre tu n'aurais pas osé venir avec nous.
— Nous n'avons plus à revenir là-dessus. Maintenant si nous voulons être de retonr ceite nuit, il est temps de continuer notre route.
— Fort bien, dit Victor, mais je vous ferai remar-
quer que depuis notre départ, je n'ai bu qu'un verre
de mauvaise boisson à la taverne du père Pitou. Si vous pouviez me faire perdre-ce mauvais goût que je ressens encore par quelques gouttes d’une liqueur moins épicée....
- C’est vrai, fit Louis, nous allions t’oublier ainsi que nous-mêmes, car m'est avis qu’une légère consommation ne ferait tort à personne, cela ne peut que fortifier notre courage. |
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Après avoir dégusté chacun un grand verre de Cognac, ils repartirent en remettant leur cheval à une allure très-rapide.
Edmond ne s'était Pas aperçu que Victor épiait ses Mouvements dans la cour du père Pitou, lorsqu'il avait, enlevé les épées de sa voiture,
Après avoir mis les fleurets en un lieu sûr, il marcha assez longtemps, évidemment pour bien retrouver la trace d'un terrain qu'il devait bien connaître à le voir s'orienter de tous côtés, puis il traversa la rue devant,
— Père Pitou, voudrez-vous, au premier signe que Je vous ferai ce soir, Ouvrir vos portes et les tenir ouvertes jusqu’à ce que Je vous prie de les fermer ? demanda Edmond à l'aubergiste, en lui lançant un coup d'œil compris à l'instant par ce dernier.
— Je ferai tout selon votre désir, répondit Pitou, qui connaissait Edmond depuis longtemps.
— Maintenant, ajouta celui-ci, trouvez-nous une Chambre convenable Pour ces deux messieurs et moi, eb veuillez nous servir une bouteille de ce Cognac que Vous tenez généralement en laisse Pour vos vrais amis.
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