‹ Venins et poisons [electronic resource]Chapitre 21 sur 54 · LE FOISON · texte numérisé non relu

LE FOISON

sons, et l'on peut dire qu'il n'y a pas d'exception à ce fait dans toute la série des êtres. On peut même affirmer que plus un être est élevé dans l'échelle organique, plus il y a de substances capables d'agir sur lui comme poison. L'homme, à ce point de vue, est une créature essentiellement privilégiée, si l'on peut, en l'espèce, se servir de cette expression. L'homme est tributaire d'un plus grand nombre de poisons que la plante et que l'iiuître. Une pensée peut hélas empoisonner ses jours. Sans le suivre si haut, le singe et le porc lui donnent la main, ou la patte comme on voudra, et sont justiciables de poisons qui sont les mêmes que les siens.

L'étude de l'action des poisons a même été poussée si loin aujourd'hui, que l'on peut dire non seulement que telle substance est le poison de telle ou telle espèce vivante, animal on plante, mais de tel ou tel organe chez le même être. Pour l'homme, nous connaissons maintenant des poisons du cœur, des poisons des muscles, dQS poisons de l'encépliale , etc. , etc. ; par le poison, on peut atteindre la sensibilité, l'intelligence ou la volonté.

Quand on passe en revue ces effets si variés et si curieux de la substance toxique, les 'pourquoi? les comment? surgissent on foule dans la pensée, aussi nombreux que les feuilles sèches sous les pas du promeneur à la fin d'octobre. C'est pour répondre à ces raille questions que nous avons entrepris ce travail. Nous n'espérons cependant pas diminuer le nombre des problèmes qui se posent, en y répondant par des solutions acceptables. La science aborde à peine la plupart de ces questions, ou plutôt de ces mystères, dont le plus près-

sant de tous peut se formuler ainsi : — Pourquoi le poison?

Non seulement nous ne prétendons pas satisfaire toute curiosité à l'endroit do la façon d'agir et du rôle des poisons; mais nous avons l'espérance et la certitude que nous agirons en sons inverse sur les esprits, c'està-dire que nous exciterons, que nous agrandirons cette soif, ce tourment de connaître, en montrant que là, comme ailleurs, nous savons bien peu de chose, que notre ignorance est même beaucoup plus grande que nous ne le supposions.

Quand la pensée se tend avec énergie et persistance sur un sujet donné, il est rare que des perspectives inattendues ne s'ouvrent. C'est comme l'œil, qui distingue peu à peu dans l'obscurité des points qui d'abord lui avaient échappé.

Ainsi donc l'étude du poison est d'une grande importance, d'un grand intérêt à des points de vues bien divers. Son étendue est considérable, elle touche aux sciences naturelles, à la biologie, à la physiologie, à la morale, à la sociologie, à la physiologie ; elle est en relations intimes avec l'art de guérir comme avec l'art de tuer, tout poison étant un médicament et, plus certainement encore, il faut bien l'avouer, tout médicament étant un poison.

Empoisonnement I Mot terrible ! Question formidable I La nature connaît-elle le poison ? Le poison estil dans le plan de cet univers ?

La multitude des empoisonneurs m'effraie, et celle des empoisonnés me confond. Y a-t-il parmi les hommes, comme dans la nature, des poisons légitimes?

Page 1