LE POISON
carbone offert à l'absorption pulmonaire ; l'acide arsénioux ou la noix vomique introduits dans les voies digestives sont des poisons et agissent comme tels.
La toxicité n'est pas chose absolue, mais toute relative. Il n'y a pas de substance absolument, universellement toxique, c'est-à-dire capable do compromettre la vie ou de déterminer la mort de tous les êtres vivants, quels qu'ils soient.
Ce poison des poisons, cette arme qui serait si terrible aux mains de l'homme et qui ne lui permettrait pas d'empoisonner ses parasites sans s'empoisonner luimême, n'existopas. Assurément, on détruirait toute vie à l'aide de substances corrosives, comme l'acide azotique ou l'acide sulfurique, par exemple; mais l'acide azotique n'est pas un poison, pas plus que le feu, pas plus que le verre pilé, que le poil à gratter. 11 agit par traumatisme, par destruction des tissus quand il est concentré, et la même quantité de ces substances à l'état de dilution serait complètement inoffensive après absorption totale. La poudre de cantharides, est un poison, parce que, si elle agit comme modificateur des tissus, l'économie ne sauraitla supporter, même étendue de substances inertes.
Une substance peut être dite toxique et prendre rang parmi les poisons, sans que son ingestion puisse toujours troubler l'économie , amener la mort. L'opium tue à forte dose, et fait dormir à dose légère. La-toxicité est donc encore une conséquence de la quantité, que ce soit celle du poison ou do l'empoisonné, ce qui est la même chose. Ce n'est même pas toujours de la grande quantité. Beaucoup de poisons sont plus dange-
reux à faible close qu'à haute dose. Tels sont les sels de cuivre, l'émétique, qui. à doses fortes, provoquent le vomissement et sont rejetés.
Certaines substances n'empoisonnent même ni à faibles doses, ni à fortes doses, et cependant empoisonnent. Ceci semble paradoxal : rien cependant n'est plus vrai. Donnez à un malade de l'émétique à fortes doses, il le vomit, comme nous le disions plus haut. Donnez-le à faible dose, le malade le supporte. Mais continuez longtemps cette faible dose, et, le poison s'accumulant dans l'économie, il arrivera un moment où la plus faible quantité, comblant la mesure, déterminera la mort.
La toxicité est encore sous la dépendance de bien d'autres circonstances, môme à doses égales, l'âge par exemple. Toile substance, à telle dose, peut empoisonner une souris, un enfant, et n'empoisonnerait pas un éléphant ou un homme adulte. Tel poison tud'homme et ne tue pas un bœuf. Tel autre fait périr l'insecte et n'agit pas sur l'oiseau. Voici une substance fatale à une seule espèce d'insecte, etinoUensivo pour toutes les autres : lui donnerons-nous le titre de poison? Assurément; car cette qualification est légitime chaque fois qu'une substance peut donner la mort à une créature vivante, infusoire ou baleine.
A ce compte, il y aurait peu de substances àlasurface de la terre, il y aurait même peu de corps d'une composition déterminée, produits ou non par l'art humain, qui ne puissent être rangés dans la catégorie des poisons. Cela est très vrai, et l'étude des poisons deviendrait alors celle de la nature toute entière.
Chaque forme vivante a son poison, ou plutôt ses poi-