PHYSIOLOGIE DE L'EN VENIM ATION
le lendemain. Les reins seraient donc, comme le pensaient Lander, Brunton et Fayrer, une voie d'élimination du venin ophidien. Richard Balsamore, lui aussi, a tué des pigeons par inoculation de l'urine de chiens mordus dans l'Inde par des Serpents de mer; mais nous demanderons encore si l'urine normale ne produirait pas le même effet, en raison des Ptomaïnes qui s'y peuvent montrer.
Enfin, quatre grammes de la pulpe céréhrale de l'une des victimes de M. Urueta ou plutôt du Trigonocépliale, injectés sous la peau du dos d'un lapin blanc, n'ont point produit d'effet. Il est ainsi démontré qu'aucun prétendu microbe du venin du Serpent ne se localise dans le cerveau.
L'Inoculation artificielle. — Voilà Le type le plus accompli de Serpent, observé dans la nature, aux prises avec les autres créatures vivantes dans un cercle restreint. La science a étudié d'une autre façon ce terrible poison, et les physiologistes ont entrepris des expériences qui gagnent on précision ce qu'elles perdent peut-être en réalité. Quant à observer des phénomènes des accidents différents de ceux que produit l'inoculation directe, il ne faut pas s'y attendre. Dans ces expériences de physiologie pure, on peut même dire que les effets de tous les poisons ophidiens, quelle que soit l'espèce, s'uniformisent, et que le Serpent du Brésil, celui de l'Inde, ou celui d'Europe, ne font qu'un seul et même poison.
M. de Lacerda, dont nous résumons rapidement les recherches, emploie une solution aqueuse saturée do
VI^NINS ET POISONS
venin, et l'injecLo dans les tissus ou dans les veines à l'aide d'une seringue de Pravaz ; il observe les accidents locaux puis les accidents généraux.
Bien dillerent des poisons extraits des plantes le poison des Serpents, comme beaucoup d'autres venins animaux, agit localement sur les tissus en y déterminant des altérations considérables. La strychnine, la morphine, l'atropine, n'agissent pas ainsi localement; il faut, pour que ces substances empoisonnent, qu'elles soient portées par absorption dans la circulation générale. Une autre différence avec le toxique ophidien, elles empoisonnent par introduction dans les voies digestives. On dirait que la nature n'a pas voulu que le poison, pour l'inoculation duquel' elle a créé un instrument spécial, pût être actif d'un autre façon que dans les conditions où elle a voulu qu'il agisse; non gustu, sed vulnere nocent, — disait Celse, en parlant de ces venins. Il en est ainsi dans le règne végétal. Certaines orties (famille des Urticacées) possèdent des glandes qui sécrètent un liquide acre, et des instruments d'inoculation sous la forme de poils acérés. Le liquidé irritant n'agit que par inoculation, le suc de ces orties administré à l'intérieur est complètement inoffensif. Et cependant l'ortie crénelée de l'Inde, l'ortie féroce de la Nouvelle-Zélande, l'ortie brûlante de Java déterminent par leurs piqûres des accidents graves et prolongés. Les poisons que nous qualifions de poisons d'intention, les poisons fabriqués pour l'inoculation, n'agissent donc que par inoculation. Les poissons élaborés dans les tissusdesplantos n'étant pasliés à des appareils d'inoculation, et ne pouvant, dès lors,