PHYSIOLOGIE DE L'EN VENIM ATION
La cinquième observation est relative au nommé Gélo.Nous en avons parlé plus haut.
Expériences de M. Urneta.— Le venin duTrigonocéphalc a été très récemment étudié dans des circonstances toutes spéciales, qui donnent à ces recherches un intérêt très vif, en raison des facilités exceptionnelles mises à la disposition de l'expérimentateur. Il s'agit de piqûres ou d'inoculations directes sur des animaux par le Serpent opérant lui-même. Ces observations se trouvent consignées dans une thèse curieuse due à M. Urueta, né au pays des Serpents, oii il exerce sans doute la médecine à l'heure actuelle. Frappé des misères apportées à l'existence par les Serpents de son pays, M. Urueta eut la pensée de tenter à la ménagerie des Reptiles au muséum quelques observations nouvelles. Il a présenté au terrible Fer-de-Lance, hôte de ces belles galeries, des chiens dont il déterminait préalablement le poids et la température. Les âmes tendres, que les vivisections bouleversent, vont être soumises à une plus terrible épreuve à la pensée de ces pauvres chiens effarés, introduits dans la cage du monstre tapi dans un coin et prêt à se lancer sur eux. Nous relaterons seulement une ou deux expériences pour ménager la sensibilité de nos lecteurs, ou plutôt de nos lectrices.
Le 6 mars, un jeune chien de 8 k. 300, dont la température rectale est de 29, 2, est introduit dans le repaire du Bothrops.Le Serpent se dresse, siffle, s'élance, et à 10 heures 22 minutes le chien est piqué au niveau de la masse charnue de la cuisse droite.
Le chien est retiré aussitôt de la cage. Le membre
VENINS ET POISONR
piqué est déjà paralyse, les pupilles sont dilatées, le cœur se contracte avec une rapidité extraordinaire. La partie blessée est douloureuse, le pauvre animal se plaint et ne peut se coucher. La température est de 40°, 2.
A 11 h. 10, la salivation devient abondante et visqueuse.
A 11 h. 50, on compte 200 pulsations par minute. A 3 11. 45, l'animal est très abattu, l'haleine est froide, la température est de 39,2, la cuisse blessée est énorme. La mort survient dans la nuit.
Autre expérience. Le 12 mars, un chien de 11 k. 500 est présenté au même Trigonocéphale. A 10 h. 15, une première piqûre est faite par le Serpent à la naissance de l'épaule. Une demi-hèure après, la malheureuse bête (le chien) est de nouveau mordue. Des symptômes identiques à ceux relatés dans la première observation se manifestent, et cette seconde victime succombe.
Assurément le Trigonocéphale tue plus rapidement dans son propre pays, et gorgé aussi de plus de venin, celui-ci possède son maximum de léthalité. Mais un des faits les plus intéressants des expériences de M. Urueta est celui-ci : il a inoculé dans le péritoine d'un jeune lapin un centimètre cube de la salive de la première victime et a constaté que le Lapin n'était nullement influencé par cette inoculation. Mais la même quantité de salive peut tuer une Grenouille (ne serait-ce pas la salive même qui est poison pour le Batracien?) En somme la salive n'est pas chez le chien mordu une voie bien active d'élimination du poison.
Un centimètre de l'urine du chien mort de piqûre a été injecté sous la peau d'un rat, le rat est mort