CHAPITRE XVII
LA TOXICITÉ CHEZ LES PLANTES
Répartition des poisons dans le règne végétal .— Réactif du poison. — La famille végétale. — Les analogies structurales ne sont pas en rapport avec la toxicité. — Champignons. — Algues. — Lichens, Fougères. — Orchidées. — Aroïdèes. — Graminées. — Gypéracées, Palmiers. — Golcliicacées. — Liliacées. — Conifères. — Aracntacèes. — Urticacées. — Lauracées. — Rcnonculacées.— Myrtacées. — Euphorbiacées. — Légumineuses. — Ombellifères. — Malvoïdées. — Labiées.
— Solanées. — Papavéracées. — Histoire de ce qui se passe d'extraordinaire dans une tête de Pavot. — Cucurbilacècs. — Convolvulacées.
— Loganiacées.— Rubiacées.— Synanthérées. — Résumé de la toxicité végétale.
épartition des Poisons dans le Règne végétal. Réactif du Poison. — Pour étudier la répartition du poison dans le rogne végétal, il faudrait donc d'abord savoir à quelles substances on doit donner ce titre. Les semences de Jusquiame renfermentl'hyosciamineetsont toxiques pour un grand nombre d'animaux, elles ne lé sont pas pour le rat. Les Pyrèthres tuent beaucoup d'insectes et sont inoffensifspour d'autres, la Belladone empoisonnele mouton, etn'empoisonnepasles marsupiaux. La digitaline a des actions très diverses surles animaux. Elle est moins vive chez les lapins que chez les chats et les chiens. On sait avec quelle rapidité elle ralentit les mouvements du cœur chez la grenouille et les oiseaux. Son action est nulle sur le crapaud. Les poules sont
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éo-alement Irès réfractaires à l'acLion du poison de la Digitale. Le Camphre tue certains articulés et ne tue pas les autres. Les semences de courge tuentde Tenia solium, et ne tuent pas l'homme. Toutes ces substances sont-elles des poisons? Oui et non. Pour résoudre la question, il faut prendre comme réactif un seul etmème organisme, l'homme, par exemple, qui mange de tout, et dont le cosmopolitisme est le plus étendu. On conviendra de déclarer poison toute plante, partie de plante ou principe immédiat provenant des plantes, qui empoisonne l'homme adulte.
La question étant ainsi posée, il peut y avoir intérêt à voir comment les propriétés toxiques se répartissent dans la série végétale, à rechercher si tels et tels caractères botaniques confèrent des privilèges au poison, si, dans la même espèce, la toxicité ne varie pas, si, dans le même genre, il y a des plantes toxiques et des plantes nontoxiques, si, enfin, certaines familles ontuno prédisposition fatale au rôle d'empoisonneur.
La Famille végétale. — Il y a là une étude intéressante cà faire, mais il y a des réserves à indiquer dès le début. Il ne faut pas en effet oublier que la famille végétale des botanistes est un groupe purement artificiel. Il n'y a rien qui rappelle la famille humaine au point de vue de la filiation. La famille humaine est composée d'individus, père, mère, enfants, liés non seulement pas la similitude de l'espèce de ses membres, mais par la filiation. La famille végétale est composée d'individus d'espèces différentes, très distincts d'aspect, n'ayant pas une communauté d'origine, aussi
prochaine du moins que les frères ou les cousins germains d'une même famille; localisés et séparés par des habitats très différents, incompatibles avec l'existence des uns ou des autres. Ce qui les rapprociie, c'est donc seulement la communauté de certains caractères. Voici par exemple l'herbe qui croît entre les pavés de nos rues peu fréquentées, c'est le Poa annua ; elle appartient, pour les botanistes, à la môme famille que la Canne à sucre, les Graminées. Un transformiste dirait sans doute que la belle Graminée qui nous donne le sucre n'est qu'une herbe vulgaire transformée par le climat; bornons-nous à constater les différences de ces deux plantes de même famille. Dans nos haies croît une plante à longs jets, à petites fleurs blanches étoilées. c'est un galium. Cette modeste indigène est de la même famille que la garance, et, comme celle-ci, appartient à la famille dans laquelle les botanistes ont aussi placé les superbes Cinchonas d'Amérique. Quelles différences cependant entre l'humble plante qui nous fournit la garance, laquelle donnait autrefois la matière colorante des pantalons rouges de nos soldats, et ces arbres superbes des forêts du Nouveau-Monde qui nous donnent la quinine, remède contre la fièvre I Si ces végétaux sortent de la même souche, ils ont suivi des routes bien différentes, et les caractères botaniques qui les associent dans nos classifications sont loin de leur imprimer un faciès de famille. Tel est le groupement qui porte ce nom, si bien qu'au lieu de nous étonner que toutes les Rubiacées ne fassent pas du rouge de garance ou de la quinine, nous trouvons cela très naturel.
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Nous pourrions en dire autant du genre; il renferme des espèces liées par des affinités morphologiques encore plus étroites. Deux espèces ainsi rapprochées par les caractères botaniques, et ayant même quelquefois un air de famille, sont pourtant très différentes ; l'une est vénéneuse et l'autre ne l'est pas. Si les deux plantes sont originaires de pays différents, un cvolutioniste pourrait nous dire: « Ne vous étonnez pas si de ces deux plantes qui se ressemblent tant et qui descendent peut-être de la même souche, l'une est un poison et l'autre un aliment. Dans les climats qu'elles habitent leurs risques et leurs ennemis ne sont pas les mêmes. N'accusez pas la plante-poison; c'est la nécessite qui l'a faite empoisonneuse ; elleavaitdes ennemis redoutables, elle a acquis le poison, un tribunal impartial l'acquitterait. Si l'autre est restée vertueuse, elle n'a aucun mérite et n'est digne d'aucune louange. » Soit encore, c'est une manière d'expliquer pourquoi le fruit du Solanum hjcopey-sicumon Tomate est si agréable et si recherché, tandis que celui du Solanum'mammosumovi Pomme-Poison est si dangereux et si redouté. Ceci admis, nous pourrons demander pourquoi le Solanum dulcamara ou Douce-Amère est toxique, tandis que le Solanum nigrum ou Morelle noire ne l'est pas, tous les deux croissant dans les mêmes lieux. Nous pouvons ajouter que la Morelle noire, très répandue, et dont on mange les feuilles dans beaucoup de pays en guise d'cpinards, n'a pas acquis au loin les propriétés toxiques qu'elle ne possède pas chez nous.
On ne voit pas d'ailleurs pourquoi des individus de la même espèce, mais dans des conditions différentes,
exposés à des risques différents, ne modifieraient pas la nature do leurs sucs. Pourquoi la pomme de terre, qui appartient à un groupe où les poisons sont fréquents, ne deviendrait-elle pas vénéneuse pour éviter la dent de ses ennemis ? Un transformiste pourrait le trouver très naturel, mais nous qui savons que la même plante devient réellement toxique quand ses tubercules germent dans les caves, à l'abri de tout péril, nous admettrons plutôt que ce sont les influences extérieures et non le besoin de se mettre sur la défensive qui amènent ces variations réelles. On sait que les Labiées sont beaucoup plus aromatiques dans les pays cbauds que dans les régions froides. On a bien prétendu que la grande Ciguë du nord de l'Europe eût été incapable d'empoisonner Socrate, avec les mêmes symptômes que le fit celle de l'Attique.
La revue du poison aux différents niveaux del'écbelle végétale ne doit donc pas être faite avec l'idée que les analogies structurales nous conduiront à des analogies de toxicité. Cela pourra se présenter, mais le contraire pourra se rencontrer. Quand on voit tant de plantes différentes produire des substances identiques, telles que l'amidon, les sucres, la clorophylle, on est même surpris de voir les végétaux créer tant de poisons distincts. Si l'amidon nourrit l'insecte et l'iiomme, pourquoi un même poison ne tuerait-il pas l'insecte et l'bomme ? Quand on voit le Caféier et le Thé, de familles et de contrées bien différentes, produire la même substance, la caféïne, on est moins surpris do rencontrer deux plantes de la même famille, le Strychnos nuo) vomica, arbre do l'Inde, produisant le même
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poison, la strychnine, que VIgnatia amara, liane des Pliilippincs.
Les genres dont les espèces seraient toutes toxiques pour l'homme sont rares, il en sera de même à plus forte raison des familles. Quelques genres, quelques familles, seront cependant à bon droit suspects, et la confiance qu'on devra leur accorder fort limitée.
Champignoiis. — Au début de la revue que nous allons faire, nous rencontrons la famille des Champignons. Assurément voilà un groupe végétal chez lequel l'air de famille existe véritablement. Pour l'immense majorité des espèces, il n'est pas besoin d'être botaniste pour reconnaître un Champignon, bien que l'Agaric comestible, ou Champignon de couche, soit peut-être assez difficile à classer près du Trichophyte tonsurant, qui croît sur les têtes malpropres et produit la teigne tondante. L'ergot du seigle, qui, mêlé au pain, amène la gangrène des extrémités, passera difficilement pour le vulgaire comme étant un cousin germain de la Truile qui rejouit les gourmets. Mais sans aller chercher des oppositions de forme' et d'aspect, qui semblent expliquer les oppositions de propriétés des Champignons, nous pouvons signaler des espèces très voisines par les caractères, la forme, la couleur, qui sont toxiques ou alimentaires, et justifient ce précepte : a il n'existe pas de caractères généraux absolus propres à distinguer les bons des mauvais Champignons. » Plus d'un connaisseur est mort empoisonné, tant la ressemblance est grande. Les trois quarts des accidents par les Champignons vénéneux sont dus à la
ressemblance exLcriouro qui existe entre l'Agaric comestible (agaricus edulis) et l'Amanite bulbeuse. La grande ressemblance qui existe entre l'Oronge vraie (amaniia aurantiaca) et l'Oronge fausse (amanitamiiscaria) amène encore un grand nombre d'empoisonnements. Nous pourrions en dire autant de Bolets pernicieux comparés à certains Bolets comestibles. Le pain, comme la plupart des substances alimentaires, se couvre souvent de Champignons sous forme de moisissures. Ce sont des germes atmosphériques de ces Mucédinées qui rencontrent ainsi un terrain favorable à leur développement. Parfois le pain bleuit, verdit, ou devient rouge; dans ces circonstances il acquiert souvent des propriétés vénéneuses, et cette humble plante a le pouvoir de transformer ainsi la substance alimentaire par excellence en poison. Ainsi ces organismes si voisins fabriquent ou ne fabriquent pas de violents poisoas, et, croissant côte à côte, sur le même terrain, dans les mêmes conditions, sont alimentaires ou toxiques pour l'homme. Ils tirent du même sol, du même air, de la même eau, des principes identiques qui, transportés dans les laboratoires identiques de leurs cellules, y fabriquent, sous le même soleil ou dans la même ombre, les uns, ce qui donne la vie, l'aliment, les autres, ce qui donne la mort, le poison ! Comprendra qui pourra la raison de ces oppositions étranges, nous ne nous en chargeons pas. Nous ne pouvons constater qu'une chose, c'est que la même classe ou famille fournit à l'homme la Trufle qui le réjouit, l'Oronge qui l'empoisonne, et le Tricliophyte qui le rend chauve.
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Algues — Les Algues ne renferment pas de substances toxiques pour l'homme. Pourquoi? Serait-ce parce que l'homme est exclu par sa respiration aérienne de leurs domaines et n'est pas un ennemi pour elles? En revanche, elles peuvent lui fournir beaucoup de substances alimentaires gélatiniformes. Beaucoup de Poissons et de Mollusques marins mangent les Algues; ce sont les Herbivores de la mer. Nous ignorons si quelques espèces ne sont pas défendues par des poisons. Ce qui est certain, c'est que dans ce groupe on trouve des plantes toxiques pour des espèces vivantes qui en sont bien éloignées. Tel est le Gigartina helminthocorton, principale substance de la mousse de Corse, laquelle, on le sait, tue certains vers intestinaux, fréquents chez les enfants.
Licliens, Fougères.— Les Lichens ne renferment pas de végétaux toxiques pour l'iiomme qui leur a dû la manne au désert. Cependant quelques espèces pourraient, à titre de fébrifuges, être des poisons pour certains microbes, si la fièvre intermittente est due toutefois à des organismes vivants. Les Mousses sont inoffensives.
Les Fougères ne sont point également des empoisonneuses dont l'homme ait quelque chose à craindre. Chose étrange, comme pour les Lichens, le seul fait d'empoisonnement qu'on puisse leur reprocher, ce serait celui de vers intestinaux, Bothriocéphale ou Ténia, qui ne sont pourtant à aucun titre sur le chemin des Fougères. Le type Fougère est, botaniquement parlant, sujet à peu do variations; il en est de même donc de ses propriétés physiologiques. Nous avons cependant
trouvé, à la Martinique, une Fougère épiphylc qui rciifonnait de l'acide prussique.
Orchidées. — Chez les Monocotylédones, nous trouvons également une famille végétale, les Orchidées, remarquable par l'absence de toute substance toxique. Cependant, les Orchidées abondent dans les pays chauds et se mêlent aux lianes les plus vénéneuses, ou se suspendent, comme plantes épiphytes, aux mêmes arbres qui supportent les Aroïdées les plus dangereuses. La famille qui nous fournit les suaves parfums de la Vanille et du Faham méritait bien de ne pas figurer parmi les groupes suspects.
Aroïdées. — ■ Nous n'en dirons pas autant des Aroïdées. Tout aussi naturel que le précédent, ce groupe, comme beaucoup de familles humaines, présente un mélange de bon et de mauvais. On mange les racines féculentes de quelques Colocasias et la fécule de l'Arum vulgare; le spadice charnu et les fruits parfumés du Tornelia fragrans, valent l'ananas; le Chou caraïbe des Antilles est le turion d'un Xanthosoma; mais aussi dans le Diffembachia seguina et le Langenandra toxicaria, on trouve, sous des livrées très analogues, de cruels poisons.
Graminées. — Les Graminées, famille à laquelle nous devons les plantes nourricières de l'homme : froment, seigle, orge, riz, maïs, millet, les Graminées qui constituent l'élément principal de la toison de nos prairies, sont remarquables par l'uniformité de leurs caractères, qui, de la canne à sucre à l'herbe la plus humble, les
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l'ont reconnaître. Ce qu'elles nourrissent d'être vivants est immense. Sans elles, la terre serait nue sur une grande partie de sa surface ; l'analogie de leurs propriétés est telle que l'animal qui s'en nourrit les reconnaît, quelle que soit leur patrie. Toute Graminée convient à la nourriture du cheval ou du bœuf, en quelque lieu que ce soit. Et cependant, parmi les nombreuses espèces de ce groupe utile, voici l'Ivraie , Lolium lemulentum, l'Ivraie enivrante, qui produit un narcotisme redoutable quand ses semences sont mêlées au blé dont on fait notre pain. Et près de ce Lolium en voici un autre, le Lolium italicum, qui lui ressemble infiniment, et qui est inoffensif. Quand nous aurons encore cité le Festuca quadridentata des Andes do Quito et le Bromus purgans, nous aurons fait l'énumération des Graminées actives sur l'homme. Il n'y aurait rien d'étonnant à ce que les Graminées contiennent du poison pour d'autres espèces vivantes. Tout le monde sait que les racines de certains Andropogons, connues sous le nom de Yetiver, font fuir les insectes qui rongent les étoffes de laine et les peaux. .
Cypéracées, Palmiers. — L'humble famille des Cypéracées et l'altière famille des Palmiers sont, dans des conditions bien différentes, remarquables par la pureté de leurs principes; il ne s'y glisse rien de suspect. Petits et grands, nul d'entre eux n'a recours au poison . dans les luttes pour l'existence; et cependant ils ont aussi leurs ennemis. Le ver du Palmier, en rongeant le bourgeon terminal, compromet l'existence de l'individu, et le Birgus lairo, un Crustacé industrieux, en
faisant tomber, pour les manger, les noix du superbe Cocotier, compromet l'avenir de l'espèce.
ColcMcacées. — Si les Palmiers sont tous bons, tout est mauvais dans la famille des Colcbicacées. Elle est un des plus remarquables exemples de l'uniformité et de la généralité des principes toxiques dans un groupe végétal. Tous les Colchiques sont vénéneux, tous les Veratrum sont toxiques, qu'ils soient d'Europe ou d'Amérique. Les Ledebouria font des poisons dans l'Inde; les Hélonias et les Amianthium, dans l'Amérique du Nord, en font également. Colchicine ou vératrine sont aussi actives l'une que l'autre. Dans le Colchique d'automne, des bulbes aux semences, toute la plante est vénéneuse. Il en est de même dans les Veratrums ou Ellébores. Extrêmement dangereuses pour l'homme, ces plantes servent cependant de nourriture à des animaux; les feuilles de Veratrum sont dévorées par les Mollusques terrestres. Les chimistes et surtout les toxicologistes sont portés à penser que la colchicine et la vératrine, quoique produites par des espèces de genres différents, sont des poisons identiques.
Liliacées. — La belle famille des Liliacées à laquelle appartiennent des plantes d'une éclatante beauté, qui font l'ornement des jardins et des serres, n'est pas à l'abri de tout soupçon. Sans être des poisons, beaucoup d'espèces, d'humeur désagréable, remplissent leurs cellules de sucs amers, doués de propriétés purgatives ou émétiques, qui, à doses modérées, sont utilisés comme médicaments. La Scille maritime est plus franchement
LA TU.XJCITE CHEZ LES l'LAMES
toxique et contient un poison narcotico-âcre, lascillitino, qui empoisonne à la dose de S centigrammes. Rien d'étonnant d'ailleurs de trouver dans ce groupe, oiî des formes très différentes, comme le Lis , l'Asperge, FAloès, le Yucca, se trouvent réunis, des plantes très différentes les unes des autres au point de vue des propriétés, comme la Scillc, les Aloès, les Salsepareilles, vouées à la pharmacie; l'Asperge et toute la glorieuse tribudes Allium, de l'Ail et l'Oignon si justement vouées à la cuisine, et à laquelle je me garderai bien d'adresser les imprécations par lesquelles Horace les saluait :
Parenlis ollni si quis impià manu Senile guttur fiegerit, Edat ciculis allium nocentius.
Conifères. — La famille des Cycadées, qui par son port rappelle un peu les Palmiers, ne renferme pas un seul poison. H en serait de même delà famille des Conifères si l'on pouvait oublier que le Genévrier sabine est dans ses rangs. C'est une tache pour ces grands et beaux arbres verts qui portent leur tète vers le ciel et qui embaument l'air des saines effluves de leurs résines et de leurs térébenthines. Mais l'exception ne confirme-t-ello pas la règle? C'est encore ici le lieu de le répéter, parmi les plantes comme parmi les hommes, le poison est l'arme des faibles. Rarement les grands arbres qui durent des siècles sont toxifères: ni les Pins, ni les Sapins, ni les Châtaigniers, ni les Platanes, ni les Tilleuls, ni les Qumquinas, ne sont des empoisonneurs; les exceptions sont très rares, nous les signalerons en leur temps. Les poisons se cachent le plus généralement chez d'humbles
VlîMNS KT PUISONS
plantes aiinucllos dont cliaque année la tij^c disparail. Le Pin eL le Cliène donnent la subsistance à des centaines d'animaux, sans que leur existence soit compromise ; il n'en saurait être ainsi d'une Belladone ou d'une Digitale, il faut qu'elles se défendent ; la générosité leur est interdite.
Ce que nous venons de dire s'applique surtout au gi'oupe des Amentacécs. Pas un seul de ces grands arhres répartis sur toute la surface du globe , des pôles à l'équateur, ni les Ciièues, ni les Bouleaux, ni les Saules, ni les Peupliers, ni les Hêtres, ni les Noyers ne fabriquent de poisons.
Les mêmes réllexions nous seront encore inspirées par le groupe des Urticinées qui renferme de grands arbres et d'humbles plantes : où chercherons-nous les poisons? Parmi ces dernières, les faibles. L'Orme, le Mûrier, le Figuier, le Micocoulier, l'arbre à pain, le Galactodendron, ne font point de poisons. Seul VAnliaria ioxicaria de Java fait exception à la loi. Son suc blanc renferme de l'antiarine, dont une quantité de 2 milligrammes appliqués sur une plaie peut donner la mort. C'est une plante herbacée annuelle du même groupe végétal, le Chanvre indien, qui renferme cette substance singulière inébriante qui donne au fameux haschisch toutes ses propriétés toxiques dont les Orientaux abusent. Ce sont encore les Orties dont le suc acre introduit sous la peau par un véritable appareil d'inoculation, le poil de l'ortie, détermine des ampoules avec sensation de brûlure. Certaines Orties, comme les Orties crénelées de l'Inde, féroces de la Nouvelle-Zélande, brûlantes de Java, peuvent déterminer des accidents
LA TUXICITIO CIIKZ LKS l'LAXTES
graves et prolongés. Le poison des Orties comme le; venin des Serpents n'agit que par inoculation; laplanlc pilée ou le suc de la plante ingéré n'empoisonnent pas. L'instrument d'inoculation, comme chez les Sej-pcnls. les Abeilles, les Scorpions, indique donc ici le mode d'action du poison.
Lauracées. — La famille des Lauracées est une famille particulièrement formée d'espèces ai'borescentes de toutes les contrées cliaudes du globe. Ce n'est point n :n plus ni parmi les Lauriers, les Canellicrs, les Sassafras et les Avocatiers, qu'il faut chercher les substances toxiques. Ces nobles plantes, ces beaux arbres n'ont point d'espèces dangereuses pour l'homme, bien que leurs produits, le camphre par exemple, soient quelquefois mortels pour les petits animaux. Les Mélastomacées, formées surtout aussi de grands arbres des contrées chaudes, donnent lieu à la même observation.
On dirait que les végétaux riches en principes aromatiques suaves, en huiles essentielles, sont incapables de produire les substances toxiques qui conmiuniquent aux plantes qui les fabricjuent un aspect généralement sombre et des odeurs nauséeuses et repoussantes. Parmi ces familles dont les feuillages et les fruits embaument quand on les froisse, ou quand on les écrase, nous pouvons citer la famille des Myrtes, les Myrtacées. Là encore de grands arbres, les Barringtonia, les Lecythis, les Eucalyptus, les Caryophyllus, les Eugenia, lesMelaleuca, dont pas un n'est poison ; de gracieux arbustes^ les Myrtes et les Metrosideros plus ou moins parfumés; pas une plante toxique. Les Eucalyptus versent dans
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l'air leurs baumes qui reudent moins postilenlielles les émanations marécageuses; tout est parfum dans le Giro- Uier et dans le Cajéputier. Le Grenadier lui-même, dont l'écorce de la racine renferme les poisons du ténia ou ver solitaire, tue fort iieureusement le parasite et respecte le logeur. Nous pensons qu'il est difficile ici dédire que le Grenadier a fabriqué son poison en vue du ténia.
Euphorbiacées. — Parmi les familles suspectes, l'une des mieux caractérisées est celle des Eupborbiacées. On peut dire que toutes, sauf peut-être une exception douteuse, sont vénéneuses, qu'elles soient herbacées , sous-arborescentes ou de grands arbres. Chez celles mêmes qui doivent à une grande production de iécule d'être alimentaires, comme le Manioc {ManiJiot utilissima), cette fécule est noyée dans un suc qui doit sa toxicité à l'acide cyanhydrique. D'humbles plantes herbacées, comme nos Euphorbes indigènes et notre Mercuriale, renferment des substances très actives; de grands arbres, comme le Mancenillior, le Siphonia elastica, le Exira crepitans ou Sablier, un des colosses du règne végétal, sont également vénéneux. Ce sont aussi des arbustes tels que le Ricin, le Croton. Il est difficile de rencontrer sous des formes extérieures aussi diverses que celles (|ue présentent les Euphorbiacées une telle unité d'action malfaisante, quels que soient les climats et les contrées ha])itées par elles. Le plus grand nombre des Euphorbiacées laisse écouler un suc blanc d'une grande àcreté, quand on les blesse ou quand on les brise ; il n'y a pas d'exception îi ce caractère dans le genre Euphorbe.
LA ÏOXICITIO C.IWVA LKS l'LANTES
C C8l un l'ail assez singulier que les analogies des caractères botaniques qui ont permis de rapprocher dans le même groupe des plantes aussi éloignées les unes des autres, par l'habitat, par le climat, par l'aspect, par la taille, que l'Épurge et le Mancenillier, par exemple, aient juxtaposé ainsi deux plantes d'une grande toxicité et devant cette toxicité au suc blanc qu'elles laissent écouler. Il n'y a peut-être pas une seule contrée du globe où quelque plante de la famille desEuphorbiacécs ne fabrique son poison.
Légumineuses. — Un des caractères les plus généraux chez les Euphorbiacées, c'est la nature du fruit qui est à trois coques. Dans un autre groupe, les caractères du fruit qui estnnlégume, ou une gousse, sont encore plus généraux : tel est celui que les anciens botanistes désignaient sous le nom de Légumineuses. Voici la contre-partie dos Euphorbiacées, toutes vénéneuses, excepté le Manihot Aipi,ou Maniot doux; toutes les Légumineuses sont dépourvues de poisons, sauf le Physostygma venenosnm, dont la semence toxique porte le nom de fève du Calabar. Si nous n'absolvons pas les Euphorbiacées pour un juste trouvé dans leurs rangs, nous ne condamnerons pas non plus les Légumineuses pour un coupable trouvé parmi elles. Ainsi donc, si la forme euphorbiacée peut légitimement nous mettre en défiance, la forme légumineuse peut au contraire nous inspirer confiance. Il y a bien parmi celles-ci quelques sujets peu recommandables : les Sénés, par exemple, et l'Anagyre fétide ne sont pas à rechercher ; le Dolichos pruriens ou Pois à gratter n'est pas d'un commerce agréable, mais ni les
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uns ni les autres ne sont des empoisonneurs comme la plante du Calabar. Ce qui nous irrite le plus contre celle-ci, c'est sa traîtrise. Elle se présente en effet à nous sous le masque connu et familier des meilleures de ces plantes, sous celui des Phaséolées, l'excellente et brave tribu des Haricots. Comme ces derniers, elle a des feuilles et des fleurs aussi inoffensives que celles de la Réglisse. Ses fleurs mêmes sont d'une grande beauté et forment des grappes roses ou purpurines magnifiquement veinées. Et c'est dans ce berceau roj-al que s'élabore l'ésérine, ce singulier poison qui rétrécit l'ouverture de la pupille et précipite les mouvements du cœur. Étranges mystères, la Belladone dilate la pupille, la plante du Calabar la rétrécit; la Digitale ralentit les mouvements du cœur, la fève du Calabar les précipite; les Strycbnos déterminent des mouvements tétaniques, la plante du Calabar en est l'antidote. Nous disions précédemment que cbaque poison vise une partie déterminée de l'organisme, le cœur, l'encépbale, le sang, etc.; leur action est bien plus localisée encore. L'effet (le l'ésérine de la fève du Calabar ne peut s'expliquer, dans le rétrécissement de la pupille, que par son action stimulante sur les extrémités des filets nerveux de l'oculo-moteur commun.
En résumé, cette terrible fève du Calabar, ce poison d'épreuve des bords du Niger, peut être entre nos mains le contrepoison d'autres agents vénéneux.
Renonculacées. — Les Renonculacées ne peuvent être oubliées dans cette revue des familles au point de vue des poisons qu'elles contiennent. Ce sont des plantes Acres
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renfermant des alcaloïdes très vénéneux ou des principes volatils de différentes natures, mais également toxiques. Abondamment répandues dans nos contrées d'Europe, recherchées dans nos jardins pour la beauté de leurs fleurs, on doit être en garde contre les poisons qu'elles recèlent, car souvent les plus belles sont les plus dangereuses. Une atténuation à ce danger, c'est la volatilité du principe toxique contenu dans quelques-unes d'entre elles. On sait combien les Renoncules sont répandues dans nos prairies qu'elles émaillent de leurs boutons d'or. Jamais le bétail n'y touche quand elles sont vivantes, et cependant elles sont fauchées avec l'herbe et se mêlent au foin. Mais alors la dessiccation leur fait heureusement perdre leur activité toxique.
Les Aconits forment un genre où, sans exception, toutes les plantes renferment des poisons, dont le plus célèbre et le mieux connu est l'aconitine. Ces Aconits, quelle que soit leur patrie, font de l'aconitine : l'Aconit napel des montagnes de l'Europe, comme l'Aconit féroce des flancs de l'Himalaya, qui doit son nom de féroce à son activité; c'est le fameux 5wA des Indous. Deux grains de son extrait injectés dans la jugulaire d'un fort chien le tuèrent en trois minutes. L'aconitine est cristallisable, 1/50 de grain tue un moineau en quelques minutes; 1/10 de grain tue subitement avec convulsions tétaniques. Elle exerce une action déprimante sur le système nerveux et tue par asphyxie. L'aconitine a dans l'Aconit napel un autre poison qui en est un diminutif, c'est la napelline.
Ladelphine, poison des espèces du ^mvo Belphinium,
VENINS RT POISONS
est aussi active que l'aconitine. Toutes les Renoncules, toutes les Anémones, toutes les Clématites, sont acres et souvent caustiques.
Les Ellébores sont non moins actives; l'une de ces plantes a joui sous ce rapport d'une immense célébrilé dans l'antiquité, c'est l'Ellébore noir, ou simplement l'Ellébore, le remède héroïque contre toutes les grandes maladies et surtout contre la folie. Le grain d'Ellébore était en efTet bien capable de secouer les organismes les mieux constitués, et l'on peut dire que ce remède a empoisonné plus de gens qu'il n'en a guéris.
Au point de vue qui nous occupe, la famille des Renoncules est une des plus remarquables. Elle est formée de cinq tribus, dans lesquelles les caractères botaniques diffèrent assez. Une Clématite, une Anémone, une Renoncule, un Aconit, une Pivoine se ressemblent peu, quoique présentant des traits communs qui les ont fait réunir en une même famille. Mais au-dessus de ces variétés de formes il y a une uniformité dans la toxicité, des plus marquées. Elle s'exprime par les épithètes données par le peuple à ces plantes nuisibles. Ici c'est la Renoncule scélérate, là l'Aconit féroce, plus loin l'Aconit tue-loup. Les appellations vulgaires (Vherbe de feu, de mort aux vaches, de mo7^t aiiœ poux, indiquent encore cette nocivité générale.
Ombellifères. — Parmi les familles qui méritent une attention spéciale dans la revue des plantes au point de vue toxique, voici les Ombellifères. Ce sont, sauf un arbre et un arbuste, des plantes herbacées des contrées tempérées. Ces végétaux, si faci-
LA TOXICITÉ CHEZ LES PLANTES
los à reconnaître à leur élégante inflorescence, seml)]ont, au premier abord, très éloignés de se ressembler 'au point de vue de leurs propriétés sur les organismes vivants; la Ciguë, la Carotte et FAngélique ne sont pas également recommandables , et semblent vouées h des fabrications très diverses. On peut dire cependant des Ombellifèrcs qu'elles sont toutes acres, gommo-résineuses et aromatiques, et que, sous ce rapport, suivant la proportion dans laquelle se trouvent mélangés ces différents principes, elles sont toxiques, alimentaires ou stimulantes. Le climat, le terrain, la culture pouvant modifier ces proportions influent donc sur les qualités des Ombellifères. Cela ne peut aller jusqu'à rendre, par exemple, la grande Ciguë inofiensive, de même que la Carotte n'est pas une espèce toxique améliorée. Mais on sait que le Céleri sauvage, par exemple, n'est pas sans âcreté et sans danger; nous comprenons aussi pourquoi l'activité de certaines Ombellifères varie avec les climats, pourquoi, par exemple, les inégalités d'action de la grande Ciguë, qui empoisonna Socrate.
Toutes les Ombellifères auraient donc appris à faire du poison. Mais fort heureusement toutes n'en font pas : pourquoi ? Pourquoi le Persil est-il un agréable condiment et pourquoi le faux Persil ou OEthuse, (jui lui ressemble tant, est-il si dangereux ?
Malvoïdées. — Une grande uniformité de propriétés, et qui n'est pas exposée, comme chez les Ombellifèrcs, à la tentation de varier, existe chez les Malvoïdées. Excellentes plantes, dont la Guimauve et le Tilleul indiquent
les vertus modestes. On aime h rencontrer dans cette vaste série do plantes de tous les climats la même tendance au bien ; on aime à constater que du Baobab, le géant du règne végétal et môme de l'empire vivant, jusqu'à l'bumble Mauve, il n'y a, sans exception aucune, que dos plantes inofrcnsives et particulièrement émo.lliontcs.
Labiées. — Nous pouvons adresser le même éloge aux Labiées : berbes ou arbustes. t,outes sf)nt aromatiques, agréables et ne rrnferinent pas une seule espèce dangereuse.
Scropbularinées. — Les Scropbularinées, qui n'en sont pas très distantes par les caractères botaniques, sont tout autres, car elles ne sont pas toutes bonnes. Les parfums en sont totalement absents. Les Scropbulaires, les Gratiolcs et les Pédiculaires sont suspectes, et la Digitale pourprée est francbement toxique. Son poison célèbre, la digitaline, qu'aucun réactif ne peut fléceler, sinon l'épreuve physiologique, est. entre des mains habiles, extrêmement dangereux, comme l'a prouN'é le procès du docteur Lapommerais.
Solanées. — Solanées ! voilà encore unnomqui sonne mal : il suffit, danscette immense famille qui nous donne la Pomme de terre et la Tomate, il suffit de quelques mauvaises renommées, telles que celles delà Belladone, du Tabac, du Datura et de la Jusquiame, pour compromettre la réputation de la famille tout entière. Il faut donc se défier des Solanées et môme n'accepter leurs
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présents qu'avoc prudence. Les mcillenros ont, une arricre-penséo. L'innocente Pomme de terre, la féculente et nourrissante Pomme déterre, quand elle germe dans l'ombre, sur le sol d'une cave humide, gorge ses pousses étiolées de solanine, un vrai poison; les alcools retirés de ces Pommes de terre germées sont franchement toxiques.
Les autres espèces du vaste genre Solanwn, si différentes d'aspect, de forme, de climats, et parmi lesquellesles plus connues sont la Douce-Amère, aux haies ronces et aux fleurs violettes, la Morelle noire, la Tomate, l'Aubergine, sont aptes également à faire de la solanine. Elles peuvent être dangereuses comme la Douce-Ainère, ou bien alimentaires quand elles produisent cette solanine avec discrétion.
Les Solanées vénéneuses les mieux caractérisées sont la Belladone, le Datura, la Jusquiame, le Tahae. Leurs poisons sont l'atropine, la daturine, Fhyosciamine. et la nicotine, poisons énergiques pour l'iiomme et un grand nombre d'animaux ; les trois premiers se ressemblent par certains traits, dans l'ensemble des symptômes que leur action toxique détermine. La daturine, l'atropine, l'hyosciamine, par exemple, dilatent la pupille et produisent une impression de sécheresse dans la gorge. Cependant, les plantes qui les produisent sont bien difl'ércntes. Qui pourrait confondre la Belladone, dont les fruits sont des baies ressemblant à des cerises, avec ceux du Datura, qui sont des capsules épineuses, et avec ceux de la Jusquiame, qui sont en forme de boîte à savonette ou pyxide. Le port et l'aspect de ces plantes sont très difïerents. Les botanistes les placent non seu-
lement dans des genres, uiuis dans d(;s tribus disLincls. Et cependant leurs poisons dilatent la pupille. Ce n'est pas parce que toutes les trois sont des Solanées que ces plantes ont une action commune. Voici encore la solanine, le poison de la Pomme de terre germée, de la Morelle noire et de la Pomme-Poison. Elle dilate aussi la pupille ; mais la Doucc-Amère et la Mandragorer ont des principes actifs qui ne dilatent pas la pupille. Voici la nicotine, le terrible poison du Tabac., qui agit tout autrement que les autres substances toxiques des Solanées. La qualité de Solanées n'uniformise donc pas l'action de leurs poisons, et la différence de caractères botaniques d'un ordre moins élevé n'empêche pas certaines espèces de genres différents d'agir de la même manière, comme nous l'avons vu pour l'atropine, la daturine, etc.
Dans le genre Capsicum ou Piment, dont les espèces sont nombreuses, nous trouvons une grande uniformité de propriétés physiologiques. Les fruits de ces plantes ont un principe acre et piquant, dont l'énergie peut déterminer la vésication. Ils doivent cette énergie à la capsicine, qui agit d'une façon toute différente de celle des autres alcaloïdes des Solanées.
Papavéracées. — La famille à laquelle le Pavot {Papaver) a si justement donné son nom, Papavéracées, est une des plus intéressantes dans la revue des poisons végétaux. Les Papavéracées, dont le suc renferme des principes narcotico-âcres, sont toutes plus ou moins suspectes, bien qu'aucune d'elles ne s'élève, sous le rapport de la toxicité, aussi haut que
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le Pavot; il y a même des degrés dans le genre Pavot. Ainsi le compagnon des Bluets dans nos blés, le coquet Coquelicot, ne peut passer pour un empoisonneur, bien qu'il ait un suc coloré dans lequel on trouve des traces de morphine; ses fleurs sont adoucissantes et pectorales. Mais la Sanguinaire du Canada au suc rouge, noire grande Éclaire au suc jaune, noti-e Pavot cornu, l'Argcmone du Mexique au suc jaune, âcre et caustique, sont des plantes vénéneuses où les poisons du Pavot sont remplacés par d'autres substances toxiques.
Quant au Pavot somnifère (Pa;;aî;er somniferiim), il dépasse de cent coudées comme fabricant de poison non seulement les espèces de sa famille, mais toutes celles du monde végétal. Si la plante, comme le croient les évolutionistes, peut acquérir le poison pour sa défense, voici une espèce qui n'a reculé devant aucun sacrifice, devant aucun travail pour arriver à ce résultat. C'est un bataillon compact et serré de poisons qui se presse dans ses cellules pour la protéger. On trouve en effet dans l'opium, qui est le suc concrété du Pavot somnifère, les substances suivantes : Morphine, Narcotine, Narcéine, Codéine, Thébaïne, Pseudo-Morphine, Porphyroxine, Papavérine, Méconine, Cryptopine, Méconidine, etc.. Tous ces produits sont des poisons actifs et bien caractérisés. Quel chimiste que ce Pavot, quel laboratoire que ce Pavot, quel excès de précautions !
Le Pavot somnifère n'est pas cependant une espèce très exposée, et la nature pour sa perpétuité lui a donné des sécurités, une postérité excessivement nombreuse. Vous savez la quantité considérable de graines que reu-
VEAiiNS ET l'UlSUNS
forme une seule Lèle de Pavol, plusieurs ceiiLciiiies ; vous savez le nombre de tètes que peut porter un pied moyen du Pavot somnifère; tout cela calculé, vous pourrez bien estimer de 23 à 30 000 semences le nonibi-e (les graines d'un Pavot sonmifère; à la troisième année d'une petite semence de Pavot serait donc sortie une postérité de 270.000.000.000 d'individus, deux cent soixante-dix milliards! Et c'est cette même plante qui, dans l'intérêt de sa durée, aurait fait appel à une garnison , d'au moins douze bons poisons! Ce Pavol, nous le craignons bien, ne savait pas ce qu'il faisait, et sa conduite implique contradiction. Gomment lui, si riciie en poison, oublie d'en placer un seul dans ses semences, et voici celles-ci, mucilagineuses et émollientes, livrées à toutes les convoitises, si bien que, dans le midi de la France et en Orient les enfants secouent les graines d'une tète de Pavot sur leur beurrée pour la j-endre plus succulente, et ces papaverata font leur joie ! Et voilà sans doute pourquoi, fort beureusement pour nous, fort heureusement pour toutes les autres formes de vie sur le globe, le Pavot est modéré dans son essor; car le Pavot s'accommode de tous les climats, les chaleurs de l'Inde ne le déconcertent pas, et j'ai trouvé des Pavots en fleur dans le détroit do Magellan. Cet oubli a sauvé le monde! Si encore cet excès de poisons inutiles pour la conservation de l'espèce avait garanti totalement celle de l'individu, mais non. Toutes les morphines et les codéines ne sauvent pas les Pavots de la dent des limaces, et ces engeances, comme les appelait si bien Michelet, mangent nos Pavots dans nos provinces humides de l'Ouest.
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Le Pavot ne sera donc plus pour nous ce bon père do famille dos évolutioaistes qui songe à sa postérité. Ce sera un chiniiste dilettante, aimant le poison pour le poison, et suivant sa fantaisie. N'a-t-il pas eu en effet l'idée (cette idée ne pouvait germer que dans une tète de pavot) d'opposer les unes aux autres les propriétés dos substances toxiques qu'il fabrique? A-t-il fabri- (jué la morpliine qui fait dormir, qu'il se liàte de composer la tbébaïne qui empècbe de dormir, et c'est ainsi que tous ces poisons réunis peuvent se partager on deux camps opposés, les narcotiques et les convulsivants. Le groupe des narcotiques comprend : Narcéïne, Morpliine, Codéïne. Celui des convulsivants : Tbébaïne, Papavérine, Narcotine. Ce qu'il y a de plus étrange, c'est que l'un de ses poisons lui-même peut être à la fois blanc et noir, c'est-à-dire narcotique et convulsivant. La Narcéine est plus narcotique que la Morpliine. Pour- (|uoi? parce que celle-ci est déjà un peu convulsivantc. La Tbébaïne est plus convulsivantc que la Narcotine. Pourquoi? parce que celle-ci penclie un peu vers la propriété narcctisante. Si bien que l'un de ces alcaloïdes ne perd en narcotisme que pour gagner en convulsionisme,et ne perd en convulsionisme que pour gagner en narcotisme. La toxicité seule n'y perd rien, le narcotisme étant mortel comme le convulsionisme. Voici d'ailleurs l'ordre des mérites au point de vue toxique pur :
NAUCOTISANTS TOXICITÉ 00 N V UL S 1 0 iN 1 S AN T S
Codéïne
1"' prix 2= prix.
ïhébaïne
Narcéine Morphine
1"='' accessil. , 2« accessit .
3'^ accessit .
4e accessit»
Narcotine
Papavérine
Au point de vue de la toxicité, les convulsivants l'emportent donc sur les narcotisants; c'est comme eu politi(|ue, les violents l'emportent sur les cndormeurs.
Si ces poisons étaient répartis en égale quantité dans le suc du Pavot, etpar suite dans l'opium, on ne sait trop ce qui en pourrait résulter; mais cela n'existe pas. La prédominance de la morphine, 3 à 23 0/0 dans l'opium, 13 0/0 en moyenne assure toujours la victoire aux narcotisants. Et voilàpourquoil'opium faitdormir! Mais ce n'est pas une victoire sans mélange : le sommeil papavériquc n'est point un repos parfait. Les convulsivants ne perdent pas leurs droits, et l'infortuné narcotisé est tant soit peu secoué par la Thébaïne, la Papavérino et la Narcotino.
Je crois l'histoire des poisons du Pavot capable d'avoir produit une certaine impression sur les évolutionistes. J'avoue que les causes finales, vers lesquelles je penche, me semblent également éprouvées dans la rencontre. Si je considère que le Pavot, quand sa période végétative est terminée, c'est-à-dire quand ses graines sont mûres dans des capsules sèches, a utilisé tous ces poisons pour la formation de ses nombreuses semences qui n'en renferment pas de trace : si je considère que la capsule elle-même ne renferme plus que des quantités infiniment petites de morphine et infinitésimales des autres substances, je suis forcé de reconnaître que tous ces poisons n'ont été (jue des produits transitoires, et peut-être successifs de nutrition, qui oui eu une toute au Ire (h^stinatiou (pie celle d'empoisonner l'ennemi.
Le mauvais usage qu'on peut faire d'une chose ne
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sLifliL pas pour la condamner, car à ce prix que rosteraiL-il? C'est pourquoi nous aimons à voir dans les Papavéracées des plantes bienfaisantes qui endorment le patient et apaisent les douleurs. Leurs sucs et leurs poisons ont certes bien souvent donné la mort, mais aussi que de souffrances adoucies, que de tristesses plongées pour un instant dans l'oubli du sommeil ! Ni les méfaits sociaux de l'opium, ni les décliéances morales de la morpbinomanie, ne nous feront Oublier tout le bien que cliaque jour les Pavots font à l'bumanité. A défaut d'autre cause linale. celle-là nous suffirait largement. Le sommeil est un bienfait, les Papavéracées le procurent, cela suflit pour les absoudre.
Cucurbitacées. — Eii quoi ! pourra-t-ou nous dire, vous allezcbercber des poisons dans la famille duMelon, des Citrouilles et des (Concombres ! Comment, dira cet autre, vous allez cliercber des fruits doux et comestii)les dans la famille qui donne la Coloquinte et la Bryone, ce navet du diable ! Il en est ainsi dans cette famille comme dans bien d'autres, les extrêmes se toucbent, le bon et le mauvais se mêlent; le Melon et la Coloquinte appartiennent au même genre, CwcMmw. LaVacinedela Bryone et le fruit de l'Elatérium renferment de violents poisons, tandis que les Melons, les Cornicbons, les Courges et les Pastèques sont alimentaires. Les Cucurbitacées se ressemblent beaucoup; ce sontdes plantes à tiges grimpantes ou coucbées sur le soi, Ce n'est pas non plus pour la préservation de l'espèce que les fruits de la Coloquinte sont amers, car, comme cbez le Pavot, les .semences sont buileusos et douces.
VI': MA s ICT l'OlSONS
Les Convolvulacées, auxquelles apparLieut rélégauL Liseron, sonL génoralemcnL suspectes, malgré labeaulé (les fleurs. C'est à elles qu'appartiemient ces purgatifs violents qui se nomment le jalap et la scammonée. Si (juclquefois leur caractère s'adoucit, comme dans le Convolvulus batatas ou Patate douce qui est foi-t agréable à manger, cette exception n'est point une raison pour ne pas se méfier des Convolvulacées.
Les exceptions de ce genre qui peuvent exister dans la famille des Asclépiadées et des Apocynées, plantes à sucs laiteux oii l'on trouve à peine deux plantes honnêtes, ne sont pas aussi de nature à modifier la mauvaise opinion qu'il est permis d'avoir de ces groupes végétaux, où la substance toxique est dérègle. La Pervenche chère à J.-J. Rousseau et le Laurier-rose , malgré leur grâce, sont des poisons actifs. La substance toxique est surtout la règle dans la petite famille des Loganiacées qu'onpeutmarquer, celle-la, d'une croix noire. Le genre Strychnos la remplit de sa redoutable célébrité. Voici le Strychnos, nux vomica de l'Inde, dont les semences sont connues sous le nom de noix vomique, et renferment trois poisons la strychnine, la brucine et l'igasurine. Voici le Strychnos Ignaiii des Philippines, dont les semences renferment encore les mêmes principes. Le Strycbnos tieute des régions montagneuses do Blambanbany renferme dans ses écorces beaucoup do strychnine. L'Upas tieute, poison des flèches, en provient.
Les Strycimos des bords de l'Amazone, de rOrénoque et des Guyanes élaborent dans leurs écorces la Curarine. Malgré cette uniformité dans la production
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dos poisons, on prétend que les semences du SlrycImoT? fwtalorum dans l'Inde sonL iiioircnsives et servcnL ;\ puriHer l'eau. Ce dire se répète délivre en livre depuis longtemps et, comme tant d'autres, demande conflimation. Dans tous les cas, les péricarpes des fruits, qui renferment chez ces Strychnos les poisons les plus actifs, peuvent être mangés impunément. C'est le contraire du Pavot.
Il nous reste encore dans cette rapide revue deux familles à étudier, les Rubiacéos et les Synanthérées.
Rubiacées. — Les premières, les Rubiacéos. renferment dos herbes comme la Garance, des sous-arbrisseaux comme les Cephaelis Ipecacuanha, des arbres tels que les Cinclionas. Cette famille, aux très nombreuses espèces, aux formes très diverses, répandue sous tous les climats, dans tous les pays, mérite la bonne réputation dont elle jouit. L'arbrisseau Brésilien dont laracino porte le nom d'Ipéca est le plus actif de ces végétaux. Cette racine contient un violent poison, l'éniétine ; mais la racine d'Ipéca n'est pas à proprement parler une substance toxique, l'éniétine y étant en assez faible proportion.
Bien certainement silaquinine et la cinchonine, alcaloïdes des quinquinas, guérissent quelques maladies, c'est que ce sont des poisons. Les micro-organismes du sang dans l'impaludisme découverts par M. Laveran sont en effet tués par le sulfate de quinine. La quinine est donc un poison. Nous l'avons déjà reconnu, il n'y a peut-être pas de substance qui ne puisse être un poison ^onv quelqu'un, et puisque l'occasion s'en présente,
VK.NI.NS KT l'OlSUNS
MOUS allons le montrer avec la quinine cL la cinclionine, qui, sous ce rapport, ont été expérimentées par M. Boclicrontaine. Le tableau suivant résume ces laits. La substance est injectée sous la peau.
sut, V A T E S U L !■■ A T E
U E C! U I N I N E U E C I .V C H 0 N I N E ANIMAT, T E M I' S
doso
dose
iiiorl en
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2 ou 3 jours
Cobaye
1 11 euro
Lapin de. 1800 yi-.
2 heures 1/2
Gliieii de 12kilog.
2 lieuros 1/2
Gliien de 7 kilog.
9 huui'es
11 est probable que 10 grammes de sulfate de quinine injectés tueraient un liomme.^
On le voit, la toxicité de la cinclioninc est moindre ([ue celle de la quinine. Nous avons vu que la toxicité do la napolline est aussi moindre que celle de l'aconitine. Dans le Pavot, la toxicité de la narcotine est bien moins élevée que celle de la morphine. C'est là un fait presque général. Quand plusieurs alcaloïdes se trouvent engendrés simultanément dans le tissu végétal, l'activité toxique n'est pas égale, l'un des poisons scîmblc un diminutif de l'autre, l'un des poisons semble n'avoir pas encore atteint l'âge adulte.-
Synanthérées. — L'immense famille des Synanthérées, au type si régulier, si distinct, renferme le 1,10 de toutes les plantes Phanérogames connues; elles sont partout, des pôles à l'équateur et à loulos les aititud(!S. On jx'ut dire (pic dans l'état aciuei de la
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science il n'y a pas dans ce vasLe groupe de végétaux toxiques. Et cependant , quelle diversité de propriétés souvent fort énergiques côtoyant la toxicité ! La Laitue vireuse, l'Antractylis gummifera, l'Arnica, l'Absinthe, l'Armoise, la Tanaisie, les Pyrèthres. sont des plantes très actives, mais non des plantes à proprement parler vénéneuses. L'Antractylis luimême, avec les racines duquel les femmes arabes empoisonnent leurs maris, a une substancetrès active, très fugace, et il faut 100 grammes de cotte racine pour produire quelqu'effet. Le vrai poison, et encore lafamillo dos Synanthérées n'en doit point être incriminée, c'est la liqueur funeste qui porte le nom de l'une de ces plantes, l'Absinthe. Il n'a été question que de la toxicité sur l'homme, cardans cette-riche famille l'animalité inférieure trouve de redoutables poisons. Los Pyrèthres sont fort désagréables pour beaucoup d'insectes, les somen-contra, la santonine, sont d'excellentes armes contre les vers intestinaux.
De cette rapide revue des familles végétales au point de vue dos poisons pouvant agir sur l'homme, quelles conclusions tirer ? Il en est une qui prime toutes les autres, c'est que les plantes vénéneuses pour notre espèce constituent une infime minorité dans l'ensemble de la végétation. Voilà déjà un dixième des Phanérogames représenté par lafamilledes Synanthérées, dontlepoison est exclu. Les Cypéracées elles Graminées forment bien un autre dixième. Une très grande quantité de familles plus ou moins nombreuses sont indemnes de poison, ou ne contiennent qu'une ou deux plantes toxiques. Les Orchidées, les Palmiers, les Polygonées. lesLabiées, les
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Laurinéos, les Borraginées,IesCrucifèrcs,les Caryophylléos,les Légumineuses, les Rosacées, les Amentacéesjos Conifères, les Rubiacées, etc., sont dans ce cas. Parmi les plantes cryptogames, les Champignons presque seuls sont toxifères, et encore ne le sont-ils pas tous, il s'en faut beaucoup; les Algues, les Fougères, les Mousses, les Lichens, les Hépatiques, etc., ne le sont nullement. On compte environ aujourd'hui 200,000 espèces, nous ne croyons pas que le nombre des espèces toxiques pour l'homme atteigne le chiffre de 5000. La proportion des plantes toxiques par rapport aux plantes non toxiques, parmi les Phanérogames seules, pourrait bien s'élever à 2 Vo, m ais dans l'ensemble du règne végétal et pour la totalité des espèces, le chiffre de 1 "/o nous semblerait pouvoir être admis. C'est peu assurément, et si dans l'Éden une seule plante fût interdite à nos premiers parents, comme dangereuse, les plantes dont le poison nous interdit aujourd'hui l'usage ne sont pas proportionnellement en beaucoup plus grand nombre. Quand nn compare les services qu'elles nous rendent au mal ([u'clles peuvent nous faire, comme poison, nous pou- \'ons encore remercier la Providence, qui, à défaut de l'instinct, nous a donné l'intelligence, non seulement pour les découvrir, mais pour les utiliser. Si l'on pouvait compter le nombre des empoisonnements causés ])ar les plantes chez les hommes en dehors, bien entendu, de tout usage criminel, si l'on pouvait également compter combien d'animaux meurent empoisonnes par hîs plantes, quand leur instinct si sûr s'est trouvé en (h;faut,le péril par le fait du poison végétal s'évanouirait complètement. Non, non. la plante vivante en dehors
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do l'homme n'est pas un péril pour lui; non seulement elle le réjouit, le nourrit, le guérit, l'habille, le chauffe et l'éclairé, mais elle purifie son atmosphère. La plante dangereuse, c'est la plante partageuse ou envahissante, qui détruit nos cultures, dénature nos produits ou nous barre le passage ; la plante dangereuse, c'est la plante morte, dont les détritus vicient l'eau, l'atmosphère et nous empoisonnent véritablement.
Nous avons, je crois, prouvé qu'aucun type végétal n'a la spécialité de la production du poison.Il apparaîtsoudain chez quelques espèces dans les meilleures familles, et disparaît sans cause appréciable dans une ou deux espèces des plus mauvaises familles. Dans les classifications des médicaments par les thérapcutistes, et des poisons par les toxicologues, nous voyons les familles les plus diverses apporter leur appui à tel ou tel groupe. Voici par exemple les poisons qualifiés Drastiques. Le Colchique, la Coloquinte, le Croton tiglium, laGommegutte, fournissent des poisons drastiques, mais ce sont des Colciiicacées, des Cucurbitacées, des Euphorbiacées, des Guttifères, auxquelles appartiennent ces plantes. On pensera peut-être que ces végétaux d'origines si différentes élaborent un poison drastique identique ; loin do là, s'il est analogue au point de vue des effets physiologiques, il n'y a aucune ressemblance entre les principes ([ui leur donnent leurs propriétés, ni au point de vue (h- la composition, ni au point de xuo de la forme physi(|ue.
Dans la section des poisons stupéfiants, les Solanées, les Ombellifèrcs,les Renonculacées,les Loganiacées,les Champignons apportent leurs contingents, l'atropine,
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la conicine l'aconilinc, la curarine, l'amaniline. Ces poisons, d'effets analogues, diffèrent esscntiollcment piir les autres caractères ; un même procode no saurait convenir à leur recherche toxicologique. Prenons une lormc vivante, le Ténia solinni pai- exemple, que nous avons intérêt à empoisonner quand il nous gène. L'extrême variété des substances qui font partie de notre alimentation ne l'influence guère, les purgatifs végélaux ou minéraux peuvent le briser, mais ne le tueront pas. Et voici que les fleurs de Kousso, une Rosacée; les ccorces de la racine du Grenadier, une Grauatée; les semences de Courge, une Cucurbitacée : les racines de la Fougère mâle, une Acotylédone, sont dos poisons ponrlui ! Dos semences, dos fleurs, des racines, élaborent ce poison; des Rosacées, des Granatées, des Cucurhitacées. des Fougères, lui donnent naissance; la substance empoisonnante, dans aucun cas, n'est la même, si ce n'est an point de vue du résultat.
Comment être surpris des analogies physiologiques de poisons tels quel'atropine et raconitine,quand on sait que des poisons minéraux agissent de la même manière et peuvent prendre place dans ces groupes? Los préparations de plomb appartiennent aussi au groupe des stupéfiants. Le cyanure de potassium se place à côté de la strychnine, dans le groupe des poisons tétaniques ;rémétiquo et l'ipécacuanha, l'apomorphinc, produisent le vomissement; le premier est un sel àbase d'antimoine et de potasse. Le Piiosphore, les Cantharides et les Truffes sont des stimulants aphrodisiaques, le premierun poison minéral, le deuxième un poison animal, et le troisième un (nous n'osons dire poison) un excitant végétal. Le
LA TOXICITÉ CITEZ LES PLANTES
Séné, la Rhubarbe, l'Aloès, le Jalap, le Ricin, sont des purgatifs de familles végétales différentes.
Le tableau suivant résume la revue du poison dans les principales familles du règne végétal, par rapport à l'homme. Les progrès de la science pourront y apporter quelques cliangements. Citons-en deux exemples assez récents. Nous avions inscrit la famille des Éricacées, où prennent place les Bruyères, dans la section des plantes sans poison, et voilà que M. Eykinan trouve dans les feuilles de VAndromeda Japonica un poison qui donne la mort au lapin à la dose de 3 milligr. par kilogr. de l'animal.
Les Ampélidées, famille do la vigne, avaient longtemps passé pour des plantes uniquement bienfaisantes ; et voici que la vigne, oui, la vigne elle-même, contient un acre poison. Sans doute, c'est dans les racines qu'il se cache; non, il est dans le grain do raisin que nous avalons, et qui, pressé, nous donne le vin. Une essence toxique se cache dans les semences pierreuses du grain, et si elle ne nous empoisonne pas, c'est que ces osselets ne sont pas digérés.
M. le docteur Caminhoa a signalé dernièrement parmi les Légumineuses du Brésil quelques plantes toxiques. Nous observons que toutes les plantes de celte belle famille, qui renferment des poisons, appartiennent aux contrées chaudes, aux régions mêmes oi^i les serpents venimeux abondent. Une haute température semblerait favorable chez les plantes et chez les animaux à la genèse du poison.
YRNINS F/F POISONS