CHAPITRE XXIV
COMMENT LE POISON TUE
Conimout le poison tue. — Qu'esL-cc que la vie ? — Poison de la vie — Poison des mécanismes. - Unité d'action du poison. - Diversité des résultats. - Multiplicité des formes de l'empoisonnement. - Raison de ces diiïérences du côté de l'empoisonné. — Difficulté de leur interprétation du côté du poison. - Quantité, spécificité des éléments du poison. — Arrangement moléculaire des éléments du poison. — Phosphore. — Le mystère. — Conclusion.
IRE comment la vie peut être atteinte par le poison, c'est là certainement un des points les plus importants de cette étude, mais non l'un des plus faciles. Et tout d'abord , savons-nous bien ce que c'est que la vie? Aussi, pour éluder la difficulté, il vaut mieux, je crois, ne pas opposer le poison à la vio. Non pas que nous pensions que la vie ne soit pas quelque chose de spécial, bien au-dessus des phénomènes physico-chimiques, mais parce que, en l'idéalisant par trop, nous nous trouverions ensuite fort embarrassé d'expliquer comment quelques atomes de bichlorure de Mercure ou de Strychnine peuvent atteindre ce bel idéal, cette puissance, dans l'homme ou dans la souris. Cherchons simplement comment le poison tue, et sans nous demander préalablement ce que c'est que la vie, voyous ce que le poison peut faire, peut produire dans i'orga-
COMMENT LE POISON TUE
nisnie, petit ou grand, qui est le substratuni nécessaire, et à l'aide duquel elle se manifeste.
Toute vie, si compliquée qu'elle paraisse, est réductible à la cellule. Une seule cellule, comme dans les Bactéries, certains Champignons, certaines Algues, peut constituer une individualité vivante ; plusieurs cellules s'associent au contraire, dans le plus grand nombre des êtres, pour former l'individualité vivante.
Je puis tuer facilement en l'empoisonnant un animal ou une plante unicellulairc ; évidemment, pour tuer ainsi un Éléphant, une Baleine, il ne sera pas nécessaire d'empoisonner sans exception les milliards de cellules vivantes dont ils se composent.
La cellule vivante, animale ou végétale, est formée de deux parties : l'une essentielle et vraiment vivante, le protoplasma, et l'autre secondaire, l'enveloppe. Le protoplasma, ou base physique de la vie, est la même dans les deux règnes; les mêmes poisons agiront donc sur l'animal cellule et sur la plante cellule. C'est la vitalité du plasma que le poison doit atteindre pour tuer la cellule. La résistance de la cellule vivante au poison tient donc non seulement.à l'énergie de celui-ci, mais à la facilité avec laquelle la cellule se laisse pénétrer par lui. Il se passe là quelque chose d'analogue à ce qui se produit chez les graines. On peut ainsi laisser des semences de Cresson alénois dans l'alcool pur sans qu'elles aient perdu la propriété de germer. L'épisperme a défondu les cellules embryonaires du contact du poison.
L'action du poison sur le protoplasma, substance toujours identique à elle-même, quoique pénétrée ou
non de divers éléments, la Chlorophylle, par exemple, est le cas le plus simple de l'empoisonnement. La vie est attachée à une substance d'une composition déterminée. Ses éléments, figurés ou non, remplissent certaines conditions nécessaires à ces manifestations spéciales qui portent le nom de vie. Toute matière qui troublera ces conditions peut arrêter les manifestations de la vie, tuer la cellule, l'empêcher de croître et de multiplier, agir enfin en poison.
Soit X la quantité de poison capable de suspendre dans une cellule vivante les manifestations de la vie. Soit A un animal formé d'un milliard de ces mêmes cellules. Pour tuer cet animal, faudra-t-il une quantité de poison égale à X multiplié par un milliard? Non, certainement. L'empoisonnement d'un être formé d'un grand nombre de cellules différenciées formant des organes dont le concert constitue un organisme n'a pas besoin d'être effectif sur toutes les cellules de cet être. Il suffît qu'il puisse atteindre le jeu des organes, c'est à dire le mécanisme. De même, pour arrêter le mouvement d'une machine à vapeur, il n'est pas nécessaire de porter le trouble dans toutes ses parties, il suffît de paralyser un seul de ses organes.
Il y a donc, comme le disait Claude Bernard, des poisons de la vie, et des poisons des mécanismes. Les premiers s'attaquent au protoplasma, les seconds au jeu des organes. Les premiers sont communs à tous les êtres vivants, les seconds à certaines catégories d'êtres.
Le Curare, qui paralyse les mouvements du train
COMMENT LE POISON TUE
postérieur du, quadrupède qui fuit, ou les battements de l'aile de l'oiseau, poison des mécanismes; la Digitaline, qui ralentit les mouvements du cœur, poison des mécanismes ; la Strychnine, qui paralyse les mouvements des muscles respiratoires, poison des mécanismes. Ils n'agiront pas chez les plantes, dont les mécanismes n'ont ni nerfs, ni muscles, ni cœur.
L'oxyde de carbone est aussi un poison des mécanismes. L'hémo-globine des globules du sang a la propriété de fixer l'oxygène; mais elle fixe aussi, avec plus d'énergie et de force, l'oxyde de carbone. Celui-ci, mêlé à l'air que nous respirons, déplace l'oxygène, et alors les globules, au lieu de porter dans tout l'organisme un gaz revivifiant, n'y portent plus qu'un gaz incapable des mêmes fonctions. Voilà pourquoi l'oxyde de carbone est un poison de l'homme et des animaux supérieurs, tandis que ce gaz, souverainement toxique à ces niveaux élevés, est inactif chez les Invertébrés et chez les plantes. Les eaux calcaires qui incrustent les chaudières sont un poison pour les machines à vapeurla rouille, qui empêche le glissement des pistons et le mouvement des bielles, est un poison pour ces mécanismes.
La vie, c'est-à dire le mouvement, est attachée à certaines conditions dans le mécanisme humain; le moindre dérangement, le plus petit corps étranger glissé dans les rouages peut arrêter le mouvement, agir en poison.
Le poison des mécanismes arrête la machine, mais il ne tue pas immédiatement la vie des cellules. La vie générale a cessé, que la vie cellulaire dure encore,
Chez le cadavre, les ongles et la harbe poussenL encore après la mort.
La dislincLion de Claude Bernard entre le poison de la vie et les poisons des mécanismes n'est peut-être pas aussi réelle qu'elle paraît d'abord. La cellule vivante n'est pas elle-même dépourvue du mouvement qui caractérise la vie. Elle est en relation constante d'échanges avec le monde extérieur. Le protoplasma qui la remplit n'est pas immobile, il se déplace, il se transforme. Il y a là aussi un mécanisme que le poison, corps étranger, peut encore fort bien arrêter. On reconnaîtra bien mieux l'unité de la vie en admettant que partout le poison est un perturbateur du mouvement vital, plutôt qu'en lui prêtant deux manières d'agir. Toute cellule vivante, tuée par le poison, ne devientelle pas un corps étranger dans l'organe dont elle fait partie? Par conséquent, elle est capable de nuire au fonctionnement de cet organe si elle n'est pas éliminée promptement, et l'arrêt du fonctionnement d'un organe par cette cause réagit à son tour sur l'organisme tout entier.
Nous comprenons maintenant beaucoup mieux l'action du poison sur l'élément cellulaire. La substance toxique peut empêcher mécaniquement les échanges et les communications de la cellule avec le monde extérieur; elle peut dissoudre ou rompre l'enveloppe cellulaire; elle peut pénétrer dans l'intérieur, changer la densité du protoplasma, le modifier chimiquement en s'emparant de quelques-uns de ses éléments, ceux de l'eau par exemple.
Nous comprenons que toutes les substances ne peu-
COMMENT LE POISON TUE
vent pas agir de la mémo façon ; les unes seront toxiques tandis que les autres ne le seront pas, les unes seront énergiquement toxiques et les autres moins rapidement. De là des diversités infinies de l'action des poisons, depuis l'acide sulfurique qui désorganise et détruit les tissus, jusqu'à l'Éther qui endort sans douleur et sans lésions.
Un poison se comportera de la même façon avec toutes les cellules de même ordre dont peut être uniquement constitué un animal ou une plante cellulaire. Mais chez les organismes constitués par des cellules différenciées les unes des autres, le môme poison peut agir sur les unes et ne pas influencer les autres, traiter les unes comme il ne traitera pas les autres. C'est ainsi que telle substance porte son action sur les cellules nerveuses sans agir sur les globules du sang, tandis que telle autre, l'oxyde de carbone, comme nous l'avons vu, agira sur les globules du sang sans agir sur la substance nerveuse. La diversité des substances, la diversité des éléments cellulaires, la facilité ou les difficultés do la pénétration feront varier à l'infini les formes de l'empoisonnement.
Visitez un atelier de réparation de machines, que ce soient des chronomètres ou des locomotives, il y a lésion de leurs mécanismes, difficulté ou impossibilité de leurs mouvements. Les causes les plus diverses ont pu déterminer par des procédés difî'érents le même résultat, le non-fonctionnement.
Un poison versé dans un liquide qui contient des cellules vivantes de différents ordres, c'est-à-dire de différentes espèces, se comportera comme le ferait le même
poison chez un organisme constitué par des cellules différentes ; il agira sur les unes et .respectera les autres. Ainsi l'Alcool pur tue dans le même liquide le Bacilliis suUilis, et ne tue pas le Bacillus anihracis, ou Bacille du charbon. L'oxygène dans le même liquide tuera les Bactériens anaérobies et ne tuera pas les Bactériens aérobies. C'est même à cette diversité d'impressionabilité des cellules bactériennes pour les poisons ou pour la température que l'on a recours pour tuer dans les liquides de culture toutes les Bactéries, à l'exception de celles que l'on veut étudier.
Quant à la raison de cette différence d'action du même poison, soit pour les différentes cellules d'un organisme, soit pour les différentes Bactéries d'un même liquide, nous pourrons l'imaginer aisément, puisque ces cellules et ces Bactéries ne sont pas identiques et sont peut-être d'une pénétration variable pour les substances étrangères. Nous comprenons de la même façon pourquoi le même degré .de température n'impressionne pas également toutes les Bactéries contenues dans le même liquide, tuant les unes à 60° et ne tuant pas les autres à 120.
S'il est facile d'expliquer ou plutôt de s'imaginer pourquoi un même poison agit sur celui-ci et n'agit pas sur celui-là, il nous sera moins aisé de comprendre pourquoi la Morphine et laThébaïne, par exemple, alcaloïdes sortis du même Opium et constitués par les mêmes éléments atomiques, sont l'une un poison narcotique, et l'autre un poison convulsivant.
La Thébaïne contient 4 équivalents de carbone et 2 équivalents d'hydrogène en plus de ceux qui font
COMMENT LE POISON TUE
partie de la Morphine. Voici du reste les formules de ces deux alcaloïdes de l'Opium :
Morpliine C^^ H'^ AZO^ Thébaïnc C^s IP' AZO^ Différence G'
Il ne nous est pas permis d'affirmer que ce sont ces 4 équivalents de carbone et ces 2 équivalents d'hydrogène qui font de la Thébaïde un poison différent par ses effets physiologiques de la Morphine, de même que nous ne pourrions dire si la modification par l'acide chlorhydrique qui transforme la morphine en apomorphine, H^^ 0'\ et au lieu d'un narcotique en fait un émétique puissant, est également due à la perte de H"^ O^.
Nous savons en effet depuis longtemps que les propriétés des corps tiennent quelquefois autant à l'arrangement moléculaire deleurs éléments qu'à la quantité ou à la spécificité chimique de ces éléments.
Voici un corps, le Phosphore. 11 est connu pour un des plus violents poisons. Si on fait fondre ce Phosphore, qui est blanc, et si on le maintient ainsi pendant quelque temps à la température de 260°, ce Phosphore blanc, sans rien perdre, sans rien gagner, sans changer enfin de nature chimique, aura subi une modification dans son arrangement moléculaire. Cette modification se révélera par la couleur rouge du nouveau Phosphore, et, chose bien plus étrange, par la perte absolue detoxicité. LePhosphore rouge est inerte.
Ce n'est donc pas la substance phosphore qui empoisonne, c'est un arrangement spécial de cette matière.
La même quantité de Phosphore rouge ou blanc.
combuie avec 3 équivalents d'hydrogène, donnera 1 hydrogène phosphoré qui est vénéneux; puis, combiné avec l'oxygène, donnera les acides hypophosphoroux. phosphoreux, phosphoriques qui ne sont point vénéneux. L'oxygène serait-il un adversaire des propriétés toxiques du Phosphore? ce n'est pas probable, car c'est ce même oxygène qui donne avec l'azote, substance très indifférente, d'abord le Protoxyde d'azote, qui n'est pas un poison, ensuite l'acide azoteux et les azotites, qui sont des poisons violents. Le mode d'association de l'azote et de l'oxygène semble donc avoir plus d'innuence que la nature chimique même de ces éléments. C'est ce même oxygène qui, combiné aux deux éléments de l'iodure de potassium, le tranforme en iodate de potasse qui est très vénéneux. C'est le même oxygène, qui transforme un sulfure alcalin dangereux en sulfite et en sulfate, substances dépourvues de toute toxicité.
M. Armand Gautier, qui a démontré tout l'intérêt de ces considérations au point de vue de l'exphcation de la toxicité des corps, cite encore un fait bien plus étrange. L'arsenite de potasse AS 0^ , et le cacodylate de potasse AS 02 KC2 H6, sont l'un et l'autre fort solubles, bien cristallisés et bien définis. Le premier contient 37 "fo d'arsenic, c'est un poison redoutable ; le second en contient 42 7o> c'est un corps inoffensif 1
Ce n'est donc, dit M. Armand Gautier, « ce n'est donc ni la solubilité, ni la présence où l'absence d'oxygène, ni la saturation ou la non-saturation de la molécule, ni le rapport des éléments réputés dangereux ou inofiensifs qui impriment aux diverses substances l'activité qu'elles exercent sur nos sens et sur nos fonctions;
COMMENT LE POISON TUE
c'est leur structure, ou plutôt le mode suivant lequel cette structure se révèle à notre sens intime. »
C'est une grande prétention, dans l'état actuel de la science, que de chercher à expliquer le mode d'action des poisons. Certaines personnes subissent, dit-on, à distance l'influence des substances toxiques en dehors même de toute suggestion. L'Atropine placée à une certaine dislance de la tête dilate la pupille de celui-ci, et l'Ipéca donne des nausées à celui-là; les Alcools, sans sortir do leurs flacons, donnent des ivresses gaies ou furieuses suivant leur nature.
L'organisme vivant, dans son impressionnabilité, constitue le plus admirable des réactifs et révèle ainsi la constitution intime des corps. Il existe trois acides isomères, c'est-à-dire formés des mêmes éléments ; ce sont les acides oxyphénil sulfureux. On les obtient à peu près dans les mêmes circonstances. On les distinguo en plaçant avant leur nom les expressions ortho, para ou meta.
Ils n'ont point les mêmes propriétés, quoique identiques dans leur composition, mais ils diffèrent par l'arrangement moléculaire de leurs éléments. L'acide paroxyphénil sulfureux s'obtient en chauffant l'orthoxyphénil sulfureux à 100«. Eh bien! qui distinguera l'un de l'autre? Aucune réaction, si ce n'est celle d'un organisme vivant. L'acide ortho est le plus violent des poisons pour les organismes inférieurs, Microzoaires ou Microphytes parasites !
La quinine et la quinicine sont des alcaloïdes de même composition, de même formule, C^o H"^* AZ^ O2. Ils diffèrent pourtant par leurs propriétés : le premier
en effet est un poison pour les Algues trouvées dans le sang des personnes atteintes de fièvres paludéennes, tandis que le second est inoffensif pour ces mêmes organismes ; plus simplement, la quinine guérit la fièvre, la quinicine ne la guérit pas.
Sommes-nous plus avancés maintenant, et le mystère du poison est-il éclairci? Comprenons-nous bien pourquoi tel édifice moléculaire est poison plutôt que tel autre? Savons-nous bien pourquoi la quinine tue VoscUlaria trouvée par M. Lavéran dans le sang des fébri citants? Savons-nous pourquoi l'arrangement moléculaire de la Morphine calme, tandis que celui de la Thébaïne agite? Oh! non, et malgré tant de science, tant de progrès, à qui nous demanderait pourquoi l'Opium lait dormir, la meilleure réponse que nous pourrions faire, deux cents ans après le Malade imaginaire, serait celle-ci : l'Opium fait dormir, parce qu'il a une vertu dormi tive I
Conclusions. — Le poison est donc partout ? Oui partout, car nous sommes loin de l'avoir signalé dans tous les coins oii il se cache, d'avoir levé tous les masques sous lesquel il se dissimule, indiqué tous les travestissements sous lesquels il se déguise. Je m'imagine un homme de la nature, un patriarcal Sacliem des bords des grands fleuves, des profondeurs de l'Afrique, ou bien un de ces Maoris penseurs des îles lointaines du Pacifique, venant étudier notre civilisation et se faisant indiquer par un guide dévoué les dangers qui pourraient le menacer dans son ignorance do toute la perfidie des choses et des hommes, aux payë civilises.
COMMENT LE POISON TUE
Son étonneiiient serait sans bornes. La tunique de Dcjanire est une image lointaine de ces vêtements empoisonnés, de ces robes de gaze verte à l'Arsenite de cuivre, de -ces dentelles auxquelles on a rendu leur éclat à l'aide de la Céruse; de ces bas rouges teints à la Coralline, et qui déterminent sur les jambes de ceux qui les portent, d'après Tardieu, une éruption douloureuse, Coralline qui injectée sous la peau tue une Grenouille en 4 lieures, un Cbien en 24 heures, un Lapin en 48 heures; de ces cols en papier qui avaient empoisonné celui qui les portait et qui, à l'analyse du docteur Adams, révélèrent xine préparation arsenicale dans leur apprêt. Le poison, mais il est dans ces mèches à l'usage des fumeurs, elles sont teintes en jaune par le chrômate de plomb; il est dans ces pains à cacheter multicolores, dans ces enveloppes rendues opaques par des couleurs diverses. Un bouquet de fleurs naturelles peut vous empoisonner dans un appartement clos, mais un bouquet de fleurs artificielles, aux rouges à base de sels de plomb d'Érythosine, sont capables d'intoxiquer celles qui les portent. Si l'air des rues est vicié par les émanations des égouts, celui des chambres et des salles chaulTées avec des poêles en fonte devient toxique par la présence de l'oxyde de carbone. Si nous échappons aux poisons minéraux, nous sommes menacés par les poisons animaux ou végétaux. Si nous évitons ceux-ci, l'armée des Microbes est là qui nous attend : dans l'air, dans le sol et dans l'eau, dans tout ce que nous buvons, dans tout ce que nous mangeons, le toxique apparaît.
Pour combattre nos ennemis, pour défendre nos amis ou nos serviteurs, nous devons sans cesse faire
appel au poison, et nous nous empoisonnons souvent alors en le préparant ou en le donnant aux autres.
Nous naissons imprégnés de poisons héréditaires. Le lait de nos nourrices, femmes ou bêtes, peut encore nous empoisonner. Toutes nos maladies sont des empoisonnements, nous n'en triomphons que par le poison. Enfin, après notre mort, notre cadavre n'est plus qu'une fabrique de poisons que les vivants doivent éloigner d'eux, sous peine d'empoisonnement.