LK TIIKATRK VKNITIEN ET LA COMÉDIE ITALIENNE
faire rire par la clinr,ij:e. Ils revenaient en eourant à leurs origines funambulesques, La pantalonnade, la pitrerie, la trivialité de la foire, d'oii ils étaient partis, remontaient avec eux sur les planches. Grâce à eux la Comédie italienne découronnée devenait de jour en jour une dillormité plus enfantine et plus mesquine; elle s'alimentait de quatre ou cinq situations usées jusqu'à la corde ; elle s'égayait de cinquante ou soixante facéties ayant traîné dans tous les almanachs; « avant qu'Arlequin ouvrîtla bouche, on savait ce qu'il allait dire » ; de sorte qu'on s'ennuyait à la fin de toutes « ces calembredaines, bêtises et sornettes^ ». D'autant plus que ces sornettes n'étaient pas toujours d'un sel attique, et qu'il arrivait à ces calembredaines d'exhaler de vilaines odeurs. On voyait des femmes discourir « de leurs amours et grossesses. » On entendait une fille supplier son amant de l'épouser « parce que sa grossesse est à son comble. » Flavio et Isabelle ne craignaient pas de se montrer en chemise. Cola raisonnait de l'urine deLucinde « avec beaucoup d'apliorismes. » Burattino entrait en scène un pot de chambre à la main. Arlequin vomissait en s'eil'orçant d'aller du ventre. On faisait le lazzi de la circoncision. « Je puis dire, affirmait l'acteur Des Lauriers, que la plus chaste comédie italienne est cent fois plus dépravée de paroles et d'action qu'aucune des nôtres. » « Toutes les comédies que j'ai vues à Venise, écrivait Addison, sont très basses, pauvres, dures, et plus dissolues de beaucoup que celles même de notre pays"". »
* Voir dans lo Commedie cla Cameva de l'abbé Ghiaii lo dialogue sur les comédies de l'art entre une tailleuse, un perruquier, un inédicant et un valet. — Cf. le Teatro Comico de Goldoni.
' Remaries on several parts of ILaly.
216 VENISE AU XVIlf SIÈCLE
«Jamais, ajoute le voyageur anglais Maihows, je n'ai entendu tant de sottises ni d'ordures de ma vie ^ » « Ces farces, s'écrie Moratin, sont les plus scandaleuses qu'on puisse imaginer, et en aucun autre théâtre d'Europe on ne voit chose pareille ". » Et au Président de Brosses, qui dans son tour d'Italie avait assisté à beaucoup de ces représentations, ces représentations laissaient l'impression « de bouffonneries décousues, licencieuses, sans queue ni tête, ni mœurs, ni caractères, ni vraisemblance '. »
Au XVIII* siècle, la Comédie italienne qui compte trois siècles d'existence apparaît un genre fatigué. Pour qu'elle subsiste, un sang nouveau devra être infusé à ses veines. En France, elle ne se maintient que parce qu'elle a subi une transformation équivalant à une nouvelle procréation, et que, de Rej^nard à Marivaux, d'excellents esprits l'ont passée au crible de leur talent. En Italie, il lui faudra suivre un exemple pareil. Il lui faudra ou se renouveler ou mourir.
C'est alors que survint Goldoni.
' Voyage en Finance, en Italie, aux îles de VArchipcL II, p. 2iî».
* Obras poslumas, I, p. 481.
^ Le Président de Brosses en Italie, II, p. 352,