PROCESSION
sur une Longueur àe
ï-es Secrétaires.
doge
L’Épée du Doge.
Les Ambassadeurs et les Orateurs.
Le Patriarche de Grado.
1 M '>«s ,6 Cent., gravées par Matteo Pagani, .55».- Collection Ambroise Firmin-Didot.
vrai patriotisme, les correcteurs chargés. d’étudier la constitution ducale pour retirer au prince la dernière prérogative qui lui reste, déclarent au conseil que si le temps n’est plus des grands jours de la République, si chaque lustre qui s’écoule voit la prospérité de Venise aller en s’évanouissant, c’est peut-être dans ces restrictions apportées à l'initiative du Prince qu’il en faut chercher la cause. — Et les Correcteurs, sans trouver de résistance dans le grand conseil, essayent de rendre au Doge le prestige que la noblesse, à chaque vacance dû pouvoir, s’est efforcée d’amoindrir depuis onze siècles ; mais il n’est plus temps : quelques
années encore et Venise aura cessé Essayons de redes documents du scène, le cérémola République de Prince Sérénisélu, il se rend à est la chapelle duconsécration relimander la sanction par les Arsenalotti lière chaise qu’on il fait des largesses blé sur la place tré au palais, il reau haut de l’escalui jette sur les teau d’or et d’herles statuts auxbéir. Après cette gne un procès-verdite du Piovego, du primicier de , dard de la Répu-
la République de d’exister.
constituer, à l’aide temps, la mise en niai splendide dont Venise entoure le sime. Le Doge est Saint-Marc, qui cale ; il a reçu la gieuse, il va depopulaire. Porté dans cette singuappelle « le puits », au peuple rassem- Saint-Marc. Renvêt le Corno ducal lier des Géants, on épaules le manmine et on lui lit quels il jure d’oinvestiture, il sibal dans la salle reçoit des mains Saint-Marc l’étenblique, et rentre
enfin dans ses appartements privés où il offre un banquet à tous ses électeurs.
Dans les actes publics, il est « Messer le Doge »; mais les ambassadeurs dans leurs dépêches l’appellent « le Prince Sérémssime », et ces mêmes dépêches, qu’il n’aura pas le pouvoir de lire seul, lui sont personnellement adressées. Il siège sur un trône, préside de droit les grands conseils de l’État et reçoit les ambassadeurs des puissances. Que ce soit au grand conseil, au Sénat ou au collège, quand il.rentre ou quand il sort toute l’assemblée se lève. Nombre de gravures de l’époque, dont quelques-unes sont fort rares, nous montrent le Doge dans l’exercice de ses fonctions et dans le prestige et l’éclat des grandes cérémonies publiques Voyons-le d’abord dans ce dessin de 1560 signé : C. V. (Cesare Vecellio?) et qui le représente
Le Doge Antoine Priuli, 1618.
D’après un Bois tiré de la Collection A. F.-Didot.
LE CÉRÉMONIAL
présidant le collège. Il est là dans l’habitude de la vie ; c’est la séance quotidienne ou 1 on expedie les affaires, et nous reconnaissons tous la disposition de la salle du palais ducal où se tenait ce conseil des ministres : c’est la vie même, le train habituel de la politique d’alors dessiné sur nature par tin artiste contemporain, le propre neveu du Titien sans doute. On lit les dépêches, les secrétaires sont là debout, les sages grands et les sages de terre ferme écoutent, discutent et votent. Voyons maintenant le duc et la duchesse de Venise dans leur gvand costume d’apparat, d’après messire Jacques Boissard, un Bisontin (1581). Nous pourrions nous défier de
pnriAiiv mi il CAit *
ce document si Boissard en effet Besançon, il n’a le sang )>, et compoint, en fait d’art, a je ne sais quoi ractère exotique gures à droite et à qu’il nous montre où trois légendes différentes attescosmopolite de pendant l’estampe que; j’appelle batteurs sur le faumonté d’un dais; la ticulière et rapdécorations du colo del Abbate.
caractère est le ment en huit planbois, que nous dede la famille Dision du Doge Sécatalogue de la
Le Doge Luigi Mocenigo, 1570.
D’après un Dessin sur Bois tiré de la Collection A. F.-Didot.
curieux qu’il soit; est un Français de pas Venise ce dans me on n’échappe à ses origines, il y d’étranger, un cadans les deux figauche du trône dans sa gravure, en trois langues tent le caractère son œuvre. Cea sa valeur historitention des amateuil ducal surforme en est parpelle le genre des Vittoria et de Ni- D’un tout autre si précieux docuches gravées sur vons à l’obligeance dot : la Procesrénissime, que le vente attribue au
ntien, ce dont nous doutons à cause de quelque chose de guindé, d’un manque de précision dans l’attache des têtes et de la raideur dans la démarche des personnages. La gravure, qui porte la marque « extrêmement rare », est due à un certain Matteo Pagam; e e est certainement de la plus haute valeur pour l’histoire des coutumes et mœurs de Venise. Nous assistons là, sur la place Saint-Marc, dont on voit les procuraUes avec toutes les belles patriciennes aux balcons, à cette cérémonie, si fréquente alors, de la marche triomphale du Doge aux grands jours de fête. C’est le commentaire vivant de la représentation plastique du cérémonial réglé par le cabinet du protocole d’alors. En avant marchent les huit étendards dont les banderoles flottent au vent (otto stendardv), pms viennent
les hérauts (commendatori ), après eux six trompettes d’argent (sei trombe) si lourdes, si longues, que de jeunes pages en soutiennent les embouchures. Les ambassadeurs et leur maison suivent, puis vient une autre musique composée d’instruments de cuivre et de flûtes ( trombe, pijferari ), les écuyers du Doge ( scudieri ), les chanoines de Saint-Marc et le patriarche de la basilique ( canonici, patriarca)\ le Chandelier d'argent porté par un clerc qui précède la couronne ducale (corno) portée par un écuyer sur un bassin d’or. Les Secrétaires, le Chapelain, la Chaise recouverte de drap d’or, le coussin, attributs du Doge, précèdent l’un des plus grands dignitaires de l’Etat, le Grand Chancelier (il Canziller
Grande ) ; enfin sime sur la tête V Ombrelle. En marche un enment vêtu comgneur, c’est (il qui reçoit les tin. A la suite chent le Légat Monsieur l’Amainsi qu’on désideur de France ter le nom de son voyés des diverl’Europe. Entre et le collège se porte la Spada, voir conféré par dre III. UIllusgneurie ferme la sée des Sages ges de Terre ges aux ordres.
Ëcrin destiné à contenir le Corno (xvic Sjècle).' Dessiné d’après nature. — Appartient à M. Florent Willems.
le Doge Sérénisduquel on porte avant du Prince fant luxueuseme un petit sei- Ballottino) celui boules au scrudu Prince mardu Saint- Père, bassadeur (c’est gne l’ambassasans même ajoupays) et les enses nations de les ambassadeurs tient celui qui emblème du poule pape Alexantrissime Seimarche, compo- Grands, des Sa- Ferme et des Sali outes les épo¬
ques, depuis le quinzième siècle jusqu à nos jours, nous ont certainement laissé des documents sous toutes les formes qui nous diront les faits historiques, les cérémonies, les fêtes, la vie publique et la ,vie privée, mais on en trouve peu d’une telle importance. On peut dire hardiment que, depuis le <( Carpaccio » jusqu’à Longhi, il n’y a pas d’interruption dans la chaîne; le seizième siècle cependant a ce privilège d’apporter plus d’ampleur dans le récit et, de plus, les artistes de ce temps, tout en n’ayant plus la maladresse de leurs prédécesseurs, peu habiles aux choses de la perspective, gardent pourtant encore assez de naïveté pour que le document soit bien sincère. Dans cet ordre d’idées, où trouver, après la procession attribuée au Titien, un monument dune importance plus capitale que l’estampe en quatorze morceaux que 1 on doit à 1 Allemand Amman Jost, qui vivait vers la moitié du seizième siècle?
LE CÉRÉMONIAL
Cette pièce, que les catalogues des plus célèbres cabinets de l’Europe qualifient aussi d’« extrêmement rare », ne mesure pas moins de quatre mètres superficiels, et représente la Vue de la place Saint-Marc à Venise avec le cortège du Doge pour la cérémonie des épousailles de la mer. On est heureux de pouvoir mettre sous .les yeux du public un document aussi curieux; nous le tenons de la famille Didot. Le lecteur peut suivre le magnifique déploiement de la procession; tout à l’heure le Titien nous en donnait le détail, voici l’ensemble; c’est lafmême marche dans le cortège, mais déjà le Bucentaure est à la rive, et le Doge va s’embarquer. Sur les flots de la lagune, bizarrement tourmentée par le vent et gravee d’un burin singulier, les gondoles s’abordent et s’entre-choquent, gondoles d’apparat portant des
mpe c-nl^nrliH ornent
compagnies de femvêtues, gondoles de étrangers, des Turcs Sur la Riva les ses se déploient, on celles-ci viennent de là rentrent à Sainttouche le plus en grande composition, gravé qu’on conprès le ce Passage de Titien, ce n’est pas officielle, car en de nous dire tout cela vie de la Rive, on ce qui se fait là dans les dames se tiennent elles ont jeté de pour s’accouder au qu’à l’époque où Am
Le Doge Leonardo Loredano, i 5 oi.
D’après le. Portrait de Giovanni Bellini au National Gallery.
mes splendidement service portant des et des Dalmates.
processions religieuporte les reliques; San Zaccaria, celles- Marc. Ce qui nous somme dans cette le plus grand bois naisse sans doute ala mer Rouge » du tant la représentation sommeV ecellio vient la, mais on suit bien voit le petit commerces rez-de-chaussées; sur les terrasses où beaux tapis d’Orient balcon. Je remarque man a gravé-ses qua¬
torze planches (que j’ai voulu réunir en une seule pour la commodité des lecteurs), la Libreria Vecchio, du Sansovino n’existait pas encore au coin de la Piazzetta, et on voyait à l’angle une de ces petites maisons pleines de caractère comme il en existe encore deux ou trois près le Sotto Portico San Zaccaria.
Cette cérémonie des Épousailles est certainement, de toutes celles spéciales à Venise , a plus caractéristique ; elle a lieu le jour de la Sensa; tous les dignitaires de l’Etat en gran s costumes, s’y rendent avec les ambassadeurs des puissances étrangères qui ont leur place d’honneur dans le cortège. L’embarquement a lieu au son des cloches, au bruit des trombes et des bombardes, au quai même de la Piazzetta, juste entre les deux colonnes de granit. On prend place à bord du palais flottant tout brillant d’or, orné de tapis et de courtines; es
six étendards flottent à l’avant. r
Le Doge occupe un petit salon à l’arrière, le Patriarche de Venise est à ses côtés. Vingt
barques remorquent le Bucentaure , qui, en outre, a pour rameurs les ouvriers de l’arsenal. La nef dorée glisse lentement sur la lagune et s’avance vers la passe du Lido, guidée par le Grand Amiral. Une flottille de milliers de petites barques suivent, flotte tumultueuse qui
Lcd ci % DES ÉTOUS&iï 11
VUE DE LA PLACE SAINT-MARC A VENISE AVEC LE CORTEGE DÛ Réduction de quatorze Planches formant un Dessin sur Bois mesurant 2 Mètres 66
porte tout le peuple de Venise; on double la pointe du Lido, qui donne sortie sur la pleine mer; là le Bucentaure s’arrête, il tourne sa poupe vers l’Adriatique; les forts tirent à toute volée; les grands Bissànnes, gondoles de gala qui portent des musiques, font retentir l’air; tous les campaniles de Venise, à la fois, se mettent en branle, et, depuis les plus grands jusqu’aux plus humbles, tout le monde se lève, la tête nue. Le patriarche bénit
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LE CÉRÉMONIAL
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l’anneau nuptial, anneau d’or dont le chaton est fait d’une triple matière, l’onyx, le lapis et la malachite, et sur lequel on a gravé le livre de saint Marc. Il le présente au Doge; un coadjuteur, qui tient à la main un grand vase d’or plein d’eau lustrale, le jette dans la mer,
GE SÉRÉNISSIME pour la cérémonie des épousailles de la mer.
■ inetres de Largeur sur 54 Centimètres de Hauteur. — Collection Ambroise Firmin-Didot.
et le Prince, dans le même sillon, laisse tomber l’anneau des épousailles avec ces paroles sacramentelles « Desponsamus te, mare, in signum veriperpetuique dominii. » Mer! nous f épousons en signe de véritable et perpétuelle domination. On rentre à Venise dans le même ordre, avec le même cérémonial, et le Doge offre un immense banquet servi dans la salle du grand conseil ; le soir, il y a bal au Palais Ducal.
Sxjc K ‘BOIS
Les arsenalotti, eux aussi, dînent au palais sous la présidence de leur grand amiral assisté du Gastaldo; le Prince leur envoie à chacun quatre flacons de vin muscat de Grèce, une boîte de confetti aux armes ducales, un sac de drogues destinées à les guérir en cas d’accidents dans leur métier, et des médailles d’argent. Un usage toujours respecté voulait que ce jour-là
Armes Ducales, autrefois déposées dans la Salle du Conseil des Dix, aujourd’hui au Musée du Belvédère de Vienne.
chaque ouvrier pût emporter chez lui tout ce qui avait servi à son repas; son gobelet, son couvert, son assiette et son linge.
Deux anonymes, l’un du seizième siècle, l’autre du dix-septième, nous ont laissé deux portraits de deux Doges célèbres, Luigi Mocenigo et Antonio Priuli; le Mocenigo a un intérêt particulier, car il montre un Doge en armes et en cuirasse, tenant le glaive en mains. Priuli
LE CÉRÉMONIAL
lui, porte la robe d’or; des Turcs vaincus, enchaînés parmi des trophées, forment le cadre du premier; la Gloire lui offre son laurier, la Victoire sonne de la trompe. Pnuli, plus pacifique, n’a que les attributs de l’abondance et de la paix. Un portrait d un caractère plus pénétrant encore nous a été laissé par Giovanni Bellini : c’est celui du Doge Leonardo Loredano, qui occupa vingt ans le trône ducal de 1501 à 1521' Aujourd’hui au National Gallery de Londres, cet admirable portrait appartenait autrefois aux Grimani et décorait leur palais de Venise. Nous pourrions pousser plus loin la reproduction des traits des Doges; tous, à part celui de Marino Faliero, figurent dans la frise de la salle du grand conseil : mais nous devons nous borner, et nous sommes assez riches en ce genre d’illustration pour espérer que le lecteur s’est fait une idée juste du costume et du caractère des Doges du quinzième et du seizième siècle.
Afin de compléter encore nos documents relatifs aux Princes Sérénissimes, nous avons recherché aussi quelques-unes des armes et armures qui peuvent sûrement leur être attribuées. Nous avons trouvé d’abord à Paris, dans l’admirable collection d’objets du seizième siècle du baron Adolphe de Rothschild, le glaive splendide qu’il a eu le goût de choisir lors de la dispersion de la collection Séchan, et qu’il a courageusement enlevé au feu des enchères. On ne saurait payer trop cher un objet d’art aussi incomparable. Autant que les procédés qui sont à notre disposition permettent de reproduire une composition de cette nature, nous avons essayé de donner une idée de cette arme unique. Nous ne doutons pas, à cause du caractère du glaive, du goût qui a présidé à la composition, et surtout à cause de la propriété de certains attributs (par exemple de la présence du croissant d’argent qui figure sur la poignée et qui est l’emblème d’un triomphe sur les Turcs), qu’il n’ait dû appartenir à quelque illustre capitaine de Venise (Sébastien Venier, peutêtre, le vainqueur de Lépante) (1). Le glaive qui lui fait pendant, d’un
( 1 ) M. Armand Baschet nous communique une note précieuse copiée de la main d’un homme enlevé trop tôt à l’affection de ses compatriotes : Vincenzo Lazari; c’est le catalogue, rédigé en , 72(1 des armes qu’on conservait encore à cette époque dans la salle du Conseil des Dix. C’est un document d’un grand prix pour les amateurs. En parcourant les salles du musée de l’arsenal de Venise, où, d’ordre public, on a transféré tout ce qui formait encore au siècle dern.er ce qu’on aurait pu appeler l’arsenal du Conseil des Dix, on se rendrait aisément compte de ce qui manque à cette précieuse collection. Le nombre des objets qui ont disparu est constdérable, e, nombre de ces objets son, dans les collections des grandes villes d’Europe. Voici les mentions qui pourraient être relatives aux armes dont nous parlons :. Stocchi n» 3, Cioe ima del . . ? ■ ■ „ Aun Armati da Sommi Pontifici. — Una Cortella del Seremssimo
T" arsenal^car, si les armes étaient nombreuses, l’inventaire mentionne aussi des
Pnnape Venier. » C et.it plutôt un ge termine par ces mots qui expliquent la confusion qu. a du re-
gnerau si ^LTerTier, dans la désignation des objets : « Ma sono perdute le Memorie précisé per la loro AntieUtà. »
Fourreau
de l’Épée du Pél’oponnésiaque.
ni l’un ni l’autre ne peuvent réclamer leur caractère, sont manifestement siècle, tandis que l’épée fleurdelisée, pendant tout au plus de la fin du un prix à ces reliques, c’est qu’ayant Conseil des Dix, elles avaient évi- Nous terminons ce chapitre conla puissance suprême. La coutrompettes, — l’épée, — les flam-
L’Épée offerte par le Pontife au Péloponnésiaque. Conservée dans le Trésor de Saint-Marc.
une rondache et un casque qui, par des premières années du seizième beaucoup plus ancienne, serait cequatorzième siècle. Mais ce qui donne certainement figuré dans la salle du demment quelque illustre origine, sacré au Doge par les attributs de ronne ducale, — la chaise, — les beaux, — gravés d’après un ouvrage
splendide bien connu des bibliographes et imprimé à Venise au dix-septième siècle
goût si inférieur et d’un (rococo si banal, celui du seizième siècle, est tance historique : c’est celui de nèsiaque. Venise, comme un sée, conserve l’arme dans le verra, par les attributs, que un présent pontifical fait par Doge vainqueur du Péloponpar les lois aux grands ,dignicevoir des présents des étranpouvait refuser cet hommage une propriété nationale. M.
graphier à notre demande, et Le bouclier, le casque et me feuille appartenaient à la partie autrefois du Musée de En 1866, les Autrichiens ont ne; ils sont encore aujourd’hui que presque tous les docu- Venise, objets d’art et souveaient été depuis restitués au fièrement erré à propos de garde à l’époque à laquelle attribuées au doge Ziani luiest de 1173, et Pierre
frappant exemple d’un art de décadence opposé à cependant d’une haute impor- Morosini, le fameux Pèloponsouvenir de sa grandeur pas- Trésor de Saint-Marc. On c’est là une arme d’apparat, le pape Alexandre VIII au nèse. Comme il était interdit taires de la République de regers, et que d’autre part on ne d’un pontife, le présent devint Naya a bien voulu le photonous l’en remercions ici.
’épée qui figurent sur la mêfamille des Ziani et faisaient la salle du Conseil des Dix.
emporté ces trophées à Viendans le palais impérial, quoiments d’archives enlevés à nirs historiques de toute sorte, royaume d’Italie. On a singuces armures, et, sans prendre elles appartiennent, on les a même. Or, Sébastien Ziani est de 1205, de sorte que
LE DOGE
un monument à la gloire de la famille des Barbadigo « numismata Barbadica gente ». Nous avons eu aussi la bonne fortune de trouver chez un peintre dont le nom est bien connu en France et dont la personne y est très-aimée,
M. Florent Willems, le précieux écrin du seizième siècle que nous avons gravé ici; il était certainement destiné à contenir le corno; il porte le symbole du Lion, et le travail des ferrures est digne de la belle époque de l’art vénitien.
C’est là un souvenir qui devrait faire envie à M. Barozzi, le sympathique directeur du Musée Municipal de Venise.
Nous rappellerons, pour mémoire, l’origine de ces attributs symboliques du Doge. C’est de¬
puis l’année 1173 q ue le Prince accordé à Sébastien Ziani par le ses États par l’empereur Frédéric appelé aux Vénitiens qui, dans une la flotte impériale. Le Pape voulut République et l’honorer dans son mais devant lui un cierge allumé, fauteuil et un coussin d'or : des tant les étendards de saint Marc pettes d’argent. C’est la mise en duite par nos grandes gravures.
Père ce singulier et poétique privilège
Sérénissime jouissait du privilège pape Alexandre III. Chassé de Barberousse, le pontife en avait rencontre navale, avaient détruit témoigner sa reconnaissance à la chef ; il voulut qu’on portât désorune épée dans le fourreau, un hérauts devaient le précéder, pordottant au vent, au son des trom- ' ^ v - : V scène si scrupuleusement repro-
Le Doge reçut aussi du Saintd’épouser la mer Adriatique, le jour de l’Ascension,
LE DOGE
en commémoration de la victoire remportée ce saint jour par les Vénitiens. C’est l’origine de la somptueuse cérémonie des Epousailles de la mer, et voici la formule employée par le Saint- Père; seul titre sur lequel les Vénitiens ont pu appuyer leur droit de possession sur le golfe Adriatique :
« Recevez de ma main cet anneau, et qu’il soit une marque de la domination que vous exercez sur la mer. Epousez-la tous les ans, vous et vos successeurs, afin que la postérité sache que cette mer vous appartient par le droit de la victoire et doit être soumise à votre République, comme l’épouse l’est à l’époux. »
Les Attributs du Doge.
tiens, au réclamer
est une tâche difficile, mais qui n’est point banale, que de tenter de donner une idée de la numismatique vénitienne en jetant les bases d’un catalogue des médailles dues à des Vénitiens ou spéciales à Venise, et il faut montrer beaucoup de réserve en entreprenant un tel travail. Venise a le droit de réclamer une grande part dans l’ensemble de la numismatique italienne. Si, comme spécimens, les pièces spéciales à son histoire ne sont pas à la hauteur de celles qui se rapportent à l’histoire du Milanais ou de la République de Florence, la plupart des grands médailleurs qui ont illustré l’Italie étaient pourtant, sinon Vémmoins sujets de la République et nés sur son territoire. Venise, en effet, pourrait comme siens Victor Camelio, un des plus grands graveurs de la Renaissance, et ic or
LES MÉDAILLES
Pisanello, admirable peintre, plus admirable sculpteur et graveur incomparable. Le Pisanello était sujet de la République, né à Vérone. C’est là que ce bel art prend naissance; toute une colonie de graveurs habiles s’y fonde et part de cette ville pour s’illustrer dans les différentes cités d’Italie : Mathieu de Pasti, Délia Torre, J.-M. Pomedello, J. Carotto, étaient aussi Véronais; Sperandeo, dont nous retrouvons la signature au bas de quelques médailles de doges, était de Mantoue; Guidisani et Boldu appartiennent encore à Venise, et les Bellini eux-mêmes, qui tiennent une si grande place dans l’école, ne sont pas restés étrangers à ce mouvement.'
A part les médailles de Doges, monuments historiques d’une haute valeur, la numismatique vénitienne n’est cependant pas aussi riche qu’on le croirait, et on ne trouve au bas des spécimens que peu de signatures illustres comme celles de Camelio, de Pomedello, de Guidisani et de Sperandeo. On a le droit de s’étonner que les sujets de la République soient allés porter leur talent à l’étranger et ne l’aient que très-rarement consacré à reproduire les traits des doges et des patriciens. Le nom de Pisanello, par exemple, n’apparalt qu’une ou deux fois dans la nomenclature des monuments vénitiens.
C’est dans les mœurs du pays plutôt encore que dans certaines lois réstrictives édictées par un Sénat jaloux de ne jamais laisser les personnalités dominer dans l’État, que je chercherais volontiers la raison de cette anomalie. Où vit-on jamais, moins qu’à Venise, un hommage personnel rendu par la République à une personnalité qui a bien mérité de la patrie par quelque victoire décisive? Où vit-on moins de statues élevées à des particuliers, Patriciens, Hommes d État, Capitaines ou Artistes ? Même quand les temps changeront, quand les lois seront moins jalouses et la République moins austère, on attachera encore un prix exceptionnel à ces hommages publics rendus à un seul par le suffrage de tous. Les tombeaux, sans doute, sont là pour protester par leur luxe et leur pompe; mais on n’élève de tombeaux que pour les morts, et les morts ne conspirent pas : aussi la République ne s’oppose-t-elle pas à ce déploiement'considérable. Si la statue du Colleoni se dresse orgueilleuse et fière sur la place San Giovanni e Paolo, ce n’est que quelques années après que le grand capitaine est descendu dans la tombe; et encore le Sénat discute-t-il avec passion l’acceptation du legs qu’il a fait à la République, parce que ce legs implique un contrat entre le défunt et l’État de Venise, et quand les Pregadi se décident à l’accepter, au lieu de dresser l’image de bronze dans la place Saint- Marc, on la relègue à San Giovanni e Paolo.
. N0US essa y erons ici de Cesser un catalogue de la numismatique vénitienne; si c’est une tache difficile, elle n’est point impossible, et, si imparfait que puisse être le résultat de nos efforts, d’autres viendront après nous qui rectifieront et compléteront un travail dont nous ne nous exagérons pas la valeur, et qui, pour les illustrations, ne correspond pas tout à fait à notre attente : mais nous ne pouvions nous dispenser de faire cet essai dans un livre qui a pour titre : Venise, l’histoire, l’art, l’industrie, la ville et la vie.
A titre de curiosité et de renseignement, nous donnons deux monnaies, l’une qui est le type du sequin, et l’autre qui est une rareté, puisqu’elle porte le nom et l’image du doge Marino Faliero. C’est d’après les originaux conservés au Cabinet des médailles, si obligeamment corn- - rj — muniqués par MM. Chabouillé et Lavoix, et d’après les types des belles collections de
CATALOGUE
MM. His de la Salle et Dreyfus que nous avons reproduit les spécimens qui figurent dans ce chapitre. M. Armand, collectionneur passionné des dessins de maîtres et des médailles, a bien voulu nous communiquer ses documents pour corroborer les nôtres. Nous devons aussi nos remercîments à M. Hoffmann pour ses indications.