‹ VeniseChapitre 51 sur 69 · CAPITAINES — CONDOTTIERI · texte numérisé non relu

CAPITAINES — CONDOTTIERI

Hieronimus. Saornianus. Osop,. Dominus, - Jérôme Savorniano, seigneur d’Osopo. - Le buste est à droite, la tête est nue, les cheveux flottent sur les épaules. - R. : Osopum. in. Iesu. uefensum (Osopo défendue en Jésus-Christ).

Ce Savorniano défendit le Frioul pour les Vénitiens contre l'empereur Maximilien; la défense d'Osopo date de , 5 . 3 . Le général n'étai. pas Vénitten ,1 état, d Ld.ne; mats on lu. donna d abord I, dro.t de cité ,, il entra au Sénat après s, victoire sur Maximiiien. La République le nomma comte de Belgrade. Il fut deux fois ambassadeur en Suisse et mourut en 1529.

Bartholomatus. Caput. Leon.s, Magnus. Cap.taneus Venetus. Senator, - Barthélemy Colleoni (tète de lion), grand capitaine, sénateur de Venise. - Le buste est h gauche, la tête est coiffée du mortier comme celle du Piccinino. - R s : Justitia. Augusta et Benegnitas. Publica (justice du gouvernement et faveur publique).- Un homme nu, assis sur une cuirasse, tenant un fléau. Dans le champ : Opus. Marci. Guidisani ( ouvrage de Marc Guidizani).

C est le fameux Colleoni, le grand condottiere dont nous avons esquissé la vie au chapitre « la Sculpture ». Nous nous sommes dispensé de reproduire la médaille, ayant déjà donné deux portraits de lui dans le courant de l’œuvre. Cette médaille date de la fin du quinzième siècle. ’

Nicolaus. Piccininus. Vicecomes. Marchio. Capitaneus. Maximus AC. Mars. Alter, — Nicolas Piccinino, vicomte, marquis, très-grand capitaine et émule de Mars. — R s : Un griffon allaitant deux enfants, avec l’inscription Braccius Piccininus.

Nous avons voulu reproduire les traits du grand ennemi de Venise, de ce fameux condottiere à opposer au Colleoni, qui battit plusieurs fois les Vénitiens engagés dans une lutte contre Visconti.

Cette médaille, qui est d’un grand module et dont nous avons dû modifier la dimension, est signée au revers : Opus. Pisani. Pictoris. Elle doit dater de 1438.

Magn. Sultan. Makomet, IL imperatorb, - image du grand sultan Mahomet II, Empereur. - Buste à gauche de

retTnw -, reVer V r T,L i S BE jT S ' VeNETÜS ' E<!ües - Aoiatos. Comes. Que Palat.nus. Fec.t (ouvrage de

Genttl BeUtnt, VénUten cheval,er décoré dune chaîne d'or et comte palatin. - Dans le champ, ou voit trois couronnes superposées qut fout allus.on aux pr.uc.pales souverainetés de Mahomet II, Constantinople, Trébizonde et Iconium

Revers de la Médaille de Nicolo da Ponte, Doge (1578).

jf.

Le Palais Ducal, la Riva et la Pointe des Jardins.

LA VILLE ET LA VIE

our que le voyageur ressente dans toute sa plénitude l’impression que Venise peut produire pour la première fois, qu’il y arrive par l’Adriatique, à midi, en plein soleil. A mesure que le vaisseau qui le porte entre dans les passes, il verra la ville sans pareille émerger peu à peu du sein de la lagune avec ses fiers campaniles, ses aiguilles dorées, ses dômes argentés et ses coupoles grises. En avançant dans les étroits canaux, lespilotis et les estacades, qui tachent d’un ton noir cette nappe d’acier, donneront un corps à ce rêve en faisant des premiers plans réels et solides à la prestigieuse toile de fond. Tout à l’heure, tout ce monde enchanté, cette architecture féerique flottait dans l’azur; peu à peu, tout est devenu distinct; les points vert sombre forment la pointe des jardins; cette masse d’un rouge sombre, c’est la ligne des fabriques de la marine avec ses vieilles maisons atteintes de la lèpre et ses cales noirâtres où se dressent les vertèbres des polacres et des felouques en construction la ligne blanche éclatante sous les rayons du soleil, c’est la Riva dei Schiavoni, toute frémissante de son monde bariolé de gondoliers, de marchands de pepini, de matelots grecs et de Chioggiotes. Le palais rose aux arcs trapus, c’est

LA VILLE ET LA VIE

le Palais Ducal. Le bâtiment va jeter l’ancre devant la Piazzetta, il côtoie l’île blanche et rose, qui porte Majeure, la fille dont le campad’une élégance tache sur le ciel, à la proue, le Grand Canal où la Fortune sur sa boule elle se dressent mes de la Sagrandes consofaisant à cette bordée de pajestueuse des

Celui qui aborde ainsi pour la première fois à Venise a réalisé un rêve, le seul peut-être

Le Palais Corner, sur le Grand Canal.

qui soit dépassé par la réalité : et, s il a le bonheur de jouir des choses de la nature, s’il fait

Le Fondaco des Turchi, sur le Grand Canal (avant sa Restauration).

Sainte - Marie du Palladio nile, ferme, et grecque,se dé- En face de lui, voyageur a le avec la Douane tourne au vent d’or ; devant les doubles dôlute avec leurs les renversées, avenue liquide, lais, la plus maentrées.

sa joie d’un reflet dans l’eau, d’un ton rose qui se mêle à un gris d’argent, s’il aime la lumière et la couleur, le moudes places et des rues mie du peuple et son ble un gazouillement vant lui tout un avenir secousses, rien qu’en dant quelques jours Mais si, au lieu tique, le voyageur la Péninsule et traviaduc qui rattache la quelle étrange imtir! Glisser silencieu-

La Ca Doro, sur le Grand Canal.

veinent pittoresque italiennes, la bonhodoux parler qui semd’oiseau, il aura dede jouissances sans se laissant vivre pensous le ciel vénitien, d’entrer par l’Adriavient de France ou de verse à la nuit le long ville à la terre ferme, pression il va ressensement, en pleine

nuit, sur des eaux sourdes et noirâtres, voir passer à droite et à gauche des falots qui tremblotent, entendre le bruit d’une rame qui effleure l’eau, défiler entre des haies d’architecture,

Le Palais Pesaro sur le Grand Canal.

des processions de palais fugitifs qu’on sent plutôt qu on ne les voit, comme dans une eau-

LA VILLE ET LA VIE

forte de Piranèse; passer sous des ponts, entendre des cris dont on ne saisit pas le sens,

frôler à tout moment de noirs catafalques qui glissent dans l’ombre aussi silencieux que votre

gondole; puis, de temps en temps, apercevoir, comme dans un rapide éclair, une silhouette

qui se penche à l’avant sur sa rame, une lampe qui brûle au coin d’un canal tournant et se

reflete violemment, une fenêtre brillamment éclairée qui fait un trou flamboyant; s’engager

dans des ruelles étroites, tourner, virer, naviguer, sans avoir le sentiment du mouvement,

et aborder tout dun coup à un escalier qui plonge ses marches dans l’eau, dans un grand

vestibule noble et fier, d’une haute architecture rlanc lir , . . - • , . .

, . . , ^uLccture, dans un palais tout ruisselant de lumières,

plein de vie et de mouvement, encombré d'homme 0 *r • x •

' e ci nommes affaires qui vous rappellent, après ce

singulier voyage, aux banalités de la vie d’anWm* . .

6 ’ Vie Üauberge: cest certainement le plus étrange des

songes et une sorte de cauchemar idéal.

Cela a duré une heure à peine, mais un inmr 1 •

pe ne, mais un long voyage vous a brisé; sans lutter longtemps

vous vous endormez accablé de. lassitude, vous demandant à peine, au milieu de l’incertitude du premier assoupissement, sur quel Styx vous avez vogué, quelle étrange cité vous avez parcourue, et si vous navez pas été le T

... ,, F • J0uet dun reve - L e matin, vous vous précipitez au

balcon, et, au milieu dun ruissellement Af i„,„,.. .,, ri

, . J scuement de lumière, dune débauche de couleurs, d’un

épanouissement de tons nacrés, de erk . ; *

A . tt ’ gns ar S enti ns; trônant sur les eaux des lagunes, vous

admirez cette Venise que vous n’aviez vhp 1 i

M J „ 62 " Ue J us q“ alors que dans Byron, dans Otway, dans

Musset, dans George Sand : elle éclate elle j ,

„ . eciate, elle chante dans sa lumière argentée; voilà bien la

Reme de 1 Adriatique !

Un pigeon de Saint-Marc passe au-dessus du balcon et projette son ombre sur les dallesvous caressez la chiinère si longtemps appelée. Voici les îles, l’Arsenal, le Lido, le Môle, le Rédempteur, Samte-Mane-Majeure, le Palais-Ducal, les gondoliers : toute la ville de Canaletto enfin! Mais cest peut-être un décor prestigieux, une fantasmagorie, un songe menteur- si ce n était qu un mirage ? ° *

Et quand vous allez vous répandre Dar la vilU zf j- ,,, .

..... „ , P mre par ta ville, étourdi, ébloui, confus, les yeux pleins

d etmcelles, quand vous entrerez dan* 1 ^ b

, . , 4 ,, mrerez dans les musees, dans les églises, quand vous descendrez

bercé par la gondole, cette prodigieuse avenue du GnnH r™,i , ’

f a , . 1 , . , venue au Lrrand Canal ; quand vous aurez vu face à

face, dans toute leur gloire, e Véronèse le Tint,,™* ^ xr- ,

R „• • • .... .. , ®’ le lmtoret . le Vittona, le doux Carpaccio les

Bellim, si suaves le Vivarim les Palma i« a -r- • , F > ies

T t , j- t ’ a ’ 16 grand Tltlen > le Sansovino, le Verocchio les

Lombardi, Leopardi l’élégant et le noble, Calendario le rebelle n„e 1 • , ’

i c reDeiie, que son génie n a nas sauvé de

la mort : tous ces peintres, ces sculpteurs ces . 1 ae

, . , „ ’ . p s ’ ees architectes, ces grands cumu eurs de génie oui

au palais des Doges, aux Fran, » l’Arsenal, à Formosa, à San Rocco, aux Procurat.es o£’ le Grand Canal, ont chanté avec leur éblouissante palette la gloire de Venise, pétri le bronze e le marbre de leur main puissante, fait se dresser dans le ciel ces campaniles aux fermes p et A» tons blancs et roses, et refléter dans les eaux glauques du Canareggio les fines dentelures des palais gothiques ou les saillies violentes des entablements et des balcons vous rentrerez brisé, confus, écrasé par la force et la grandeur de ces hommes de la Re na " ' sance et vous crierez au gondolier: « Au Lido! », afin de vous reposer dans la nature de éblouissements des choses de 1 art. — Huit jours encore, et vous finirez par regarder le Tintoret dun œil distrait, car les chefs-d’œuvre s’entassent trop sur les chefs-d’œuvre, les bronzes les

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