LE LIDO
JSTous ne comprendrons jamais bien, si familier que nous soyons avec les choses de Venise, à quelles secrètes fibres correspond chez le Vénitien pur sang ce nom de Lido, qui semble éveiller en lui l’idée de plaisir, de charme, et tout un monde d’idées et de sensations. Est-ce le contraste entre une ville de pierres et un jardin? Est-ce la vue de l’Adriatique? Est-ce simplement une réputation usurpée, faite par Gozzi, Goldoni, Byron, tous les romanciers, les poètes et les chansonniers? Est-ce enfin une tradition des fêtes du temps jadis, — ou le Lido a-t-il changé d’aspect aujourd’hui, et le voyons-nous sous un jour moins séduisant?
Quoi qu’il en soit, c’est une langue de terre basse avec une façade sur la lagune et une façade sur l’Adriatique, un terrain plat, presque marécageux, avec de grands potagers, coupés çà et là de petits canaux ; et tout cela n’éveille dans l’esprit de l’étranger qu’une idée toute littéraire, car elle naît non pas de la vue du lieu lui-même et de son aspect, mais des souvenirs que les poètes y ont fait naître. Byron voulait y être enterré, et il y trouvait sans doute une poésie qui remplisssait son cœur; nous, nous y venons surtout pour voir la mer et nous y plonger. On a installé depuis quelques années sur cette plage aride, un établissement de bains de mer qui a fort réussi et qui, la saison venue, pourrait bien être, d’ici à quelques années, la fortune de la ville de Venise.
La seule partie du Lido, qui soit accessible à la promenade, s’étend de Saint-André vers San Nicolo ; c’est dans l’enceinte même des esplanades du fort que se tiennent les fêtes populaires. Le lundi du mois de septembre, on y célèbre une Bacchanale; c’est le nom antique appliqué au plus moderne des divertissements. C’est la Sagra sur un autre terrain, sans l’idée religieuse qui était le prétexte ; la mise en scène est à peu près la même, en tant qu’accessoires du moins: théâtres ambulants, paillasses, polichinelles, Frittole, comme toujours, car il n’y a pas de bonne fête à Venise sans fritures, sans chanteurs, chanteuses, confréries et sociétés de musiciens, bonnes gens venus de partout.
Au printemps, si on part des bains en se dirigeant vers San Nicolo, on passe entre deux haies de verdure qui ne sont pas sans grâce, avant d’arriver au village à la pointe, en face Saint- André (voir le fort de San Andrea du Lido, page 92), on traverse une partie plate, dénudée; et çà et là, sous les ronces, parmi les graminées et les herbes, on voit surgir des pierres tombales dont quelques-unes portent des inscriptions en hébreu : c est un ancien cimetiere israelite.
Pont de Bateaux construit sur le Canal de la Giudecca. — Dessin de G. Stella.
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LA VILLE ET LA VIE
Après le cimetière, on trouve l’église et l’immense caserne installée dans un ancien couvent. San Nicolo est séparé par 4 un petit canal qu’enjambe un pont sous l’arche duquel la Venise de la Riva s’encadre avec assez de pittoresque pour que cet automne, étant là en promenade, nous
ayons voulu quis que nous Si nous aà l’heure del’at- Lido pouvait trangerpar son seque, c’est-àpoésie du souque , quant à bissons pleineme , car nous la pensée tout sert. Ici aborda
La Plage de l’Adriatique. — Bains du Lido.
tracer le crodonnons ici.
vons douté tout trait que le exercer sur Téaspect intrindire sans la venir, ajoutons nous, nous sument le charrepeuplons par ce terrain dé- Henri III, et
on avait dressé les arcs de triomphe décorés par les grands artistes de la plus grande époque de Venise; là, à la pointe terminée par le château fort, s’avançait le Bucentanre! Et qui sait
Pont sur le Canal de San Nicolo du Lido.*— Croquis de Ch. Yriarte.
si, dans la mer profonde, enfouis sous les algues et le sable, recouverts d’une rouille séculaire, les anneaux des Doges,— deux cent soixante-seize anneaux jetés de 1520 à 1796,—ne roulent pas encore dans les eaux de l’Adriatique., sous le remous des vagues profondes ?