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THÉÂTRES

éteints dans les conseils de la république, s'étaient conservés à l'arsenal; et comme si l'élément premier refuge des fondateurs de Venise ne devait point cesser d'animer, d'exciter, de relever jusqu'à la fin leurs descendants, le dernier des Vénitiens fut un marin.

Théâtres. — Saint-Benoît. — La Fenice. — M. Perucchini Buralti. — •Carnaval.

Les théâtres de Venise ne sont ni sans agrément ni sans éclat. Je vis représenter, en 1828, au vieux théâtre Saint-Benoit, une comédie nationale et fort gaie de l'avocat Sograû, le Donne avvocale. Un jeune homme faisait la cour à trois Italiennes, et leur promettait de les épouser; afin de soutenir leurs prétentions, elles allaient devant le juge; la Vénitienne gagnait sa cause, et épousait son amant, après avoir plaidé avec éloquence et en dialecte vénitien. La pièce était jouée avec feu et naturellement.

La Fenice est un des premiers théâtres et le plus large de l'Italie; il contient environ trois mille personnes (1). Au moyen d'un pont-levis jeté

(1) Les autres tliéàlres de Venise sont ceux A''Apollo , Saint- Benoît, Malibran, qui doit son nom à la grande cantatrice, et qui aiijourd'liui, théâtre diurne, sert aussi de cirque pour leschcTaiix. — Saint-Saniuel, — Petit théâtre des marionnettes

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sur une cour voisine , la scène peut se prolonger considérablement, et dans certaines circonstances un jet d'eau part et s'élève jusqu'au plafond. Je n'ai point assisté à cette sorte de prodige, qui doit être plus bizarre que beau. La Fenice, brûlée en 4856, est déjà refaite avec goût. Des quatre grands opéras que l'on y représente pendant la saison théâtrale (du 26 décembre au 20 mars), deux sont ordinairement nouveaux et composés par les meilleurs maîtres. Il y a aussi quelquefois opéra le printemps et l'automne, et nos plus célèbres danseurs ont paru sur ce théâtre. C'est à la Fenice que M. Localelli a fait les premiers essais de son astrolampcy et que ce soleil des théâtres s'est levé pour la première fois. L'expérience tentée depuis à notre grand Opéra a valu quelque estime à l'inventeur, mais il est probable que ce mode d'éclairage n'y sera jamais pratiqué. Le nouveau système jette une plus vive lumière sur la scène et les décorations , mais il laisse la salle un peu sombre : le bon M. Locatelli, habitué à la négligence, au sansgène, à l'absence de vanité des femmes d'Italie, ne s'est point douté que les dames de Paris ne pourraient se résigner à l'obscurité dans laquelle il plongeait leur beauté et leur parure.

Il est impossible déparier de la musique de Venise sans rappeler les airs vénitiens de M. J.-B. Pé-

à San-Mosè. — H y a toujoars des lojjes à louer à la Fenice, il ne faut s'y prendre d'avance que pour les dernières représentations du carnaval. — Le Ridotto à San-SIosè donne Thiver plusieurs fois par semaine des bals masqués; le reste de Tannée, on y ex|)Ose des panoramas et autres tableaux (\'i{% pittores(jues. II a ofl'crt récemment le modèle du chemin de fer qui doit en buit heures emporter de Venise à Milan.

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rucchini, si vifs, si iialuicls, si gracieux, el qu'accompagnent si bien les vers de Pierre Buralti, Anacréon populaire, auteur de plus de soixante et dix mille vers, pcëte admirable de verve et d'originalité. Ces petites pièces sont de véritables chefs-d'œuvre (i;.

Le carnaval de Venise, quoique toujours le plus long de l'Italie (les spectacles commencent la seconde fête de Noël, elles bals masqués à la fête des RoiS;, esta peine l'ombre dece qu'il fut jadis : il fallait l'ancien gouvernement de Venise à cette sorte d'institution qui semblait le tempérer. Aujourd'hui ce brillant carnaval n'est fait que par le peuple; la classe élevée ne s'en mêle guère, et il n'y a pas six cents masques errant en gondoles, ou sur la place Saint-Marc et la PiazzeUa.

Coarli

Les beautés célèbres, observées par Montaigne et Rousseau , philosophes de la même école , qu'il

(1) Buralti, niorl le 20 octobre 1832, âjjé d'un peu moins de soixante ans, avait aussi traduit Juvénal en dialecte vénitien. Ce piquant passage d'une de ses lettres, cité par son biojïraplic M. l'aravia. explique naïvement le genre qu"il avait clioisi : « Aliéna delta cosi detta bella società per quelle noie viortali che non ne vanno 7nai scomyagnute . io viveva con tali voniini che non davan Inogo a' versi che fra i bicchieri , e U volevan conditi di sali corrispondenti ali ottuso loro palato. Bisognava

COURTISÀNBS. 4ST

n'est point surprenant de trouver là, sont une des joies passées de Venise. La police française avait éteint déjà les deux lumières qui brillaient jadis à leur fenêtre. Les courtisanes vénitiennes furent tout à fait supprimées par l'Autriche en 1815, au moment même de la restitution des quatre fameux chevaux de bronze , et lorsqu'ils remontaient à leur première place : aussi les Vénitiens disaient en murmurant que l'empereur, qui leur rendait leurs chevaux, aurait tout aussi bien fait de leur laisser leurs vacclie, calembour italien difficile à traduire. Les mœurs n'ont rien gagné à ce rigorisme; la courtisane est remplacée par la fille du peuple dans le besoin , ou par la bourgeoise mariée qui veut se donner quelques douceurs; et la corruption, au lieu de couler à part, infecte le sein des familles. Les anciennes courtisanes de Venise étaient une véritable institution qui servait au maintien de la liberté, soit en surprenant quelquefois d'importants secrets , soit en ruinant des hommes que leur fortune aurait pu rendre dangereux. Aussi le sénat, qui vers le milieu du dernier siècle avait tenté de les chasser, fut obligé de les rappeler par un décret; on les désignait dans cet acte sous le nom de noslre beiiemcrile merelrici; elles furent inviolables et sacrées , et elles eurent

dunque di nécessita ritiforzar la dose pcr essere iiileso e ijustalo. Ecco il vero niotivo del génère prescelto a quello che più si confuceva alla tempra délia min anima , capacissinia per inlervalli délie piii dolci enioziuni. Che s' ella tni doinanda lu spieyazione diijuesto f'euonieno, io non saprci du attio ripelerlu che dalV infinila debolezzu del mio caratterc che pvendeva in giovenlù le ahitvdini di chi mi atlorniava.

J38 EiNVIRONS.

leur indemnité et leur dotation (1). Le sénat, afin de détourner aussi les jeunes gens de la politique, et de maintenir son pouvoir, prenait soin lui-même de pourvoir les maisons de courtisanes des femmes les plus belles qu'il recrutait en Epire et dans les îles de l'Archipel. « A Venise, dit Montesquieu, « les lois forcent les nobles à la modestie. Ils se « sont tellement accoutumés à l'épargne, qu'il « n'y a que les courtisanes qui puissent leur faire « donner de l'argent. On se sert de cette voie pour « entretenir l'industrie : les femmes les plus mé- « prisables y dépensent sans danger, pendant « que leurs tributaires y mènent la vie du monde « la plus obscure. »

Environs. — Iles. — Ile de Murano. — Saint-Michel. — Exhumation (le fra Paolo. — Le moine Eusèbe. — Morclli. — Chapelle Emiliaua. — Saint-Pierre et Paul. — Dôme. — Glaces, cristaux, perles de Venise.

J'ai visité , en septembre \ 828 , l'église Saint- Michel in Murano, où je m'attendais à trouver le corps de fra Paolo, qui doit y être transféré. 11 avait été retrouvé au mois de juillet, dans la démolition d'un autel de l'ancienne église des Servîtes.

fl) On leur assigna un fonds; les courtisanes habitaient depuis 1400 la Calle dite Cà Rampan du palais voisin de l'illustre famille de ce nom. d"où vient la dénomination injurieuse de curampana.

ILE DE MUBÂNO. i59

A la morl de fra Paolo, le sénat, sur les menaces d'Urbain VIII, n'avait point osé élever le monument que l'immense popularité de cet homme extraordinaire, théologien , historien , mathématicien, anatomiste, lui avait fait décréter, et le marbre fut retiré de l'atelier du sculpteur. Grosley, en 1761 , avait été frappé de la nudité de ce tombeau, sans épitaphe ni aucune indication; on comprend ainsi comment il a pu être oublié. Le monument actuel est élevé aux frais de la ville, et la chose n'est même pas un événement (1). L'espèce de résurrection de fra Paolo peut être rapprochée de l'exhumation d'autres morts célèbres dont il a déjà été parlé (?.) : à défaut d'hommes, noire siècle produit au moins quelques illustres cadavres.

L'inscription sépulcrale du moine Eusèbe, par Aide Manuce , enchâssée sur une table de marbre ornée de jolies sculptures, est curieuse et caractéristique (3). Tel est le mérite des arabesques et

(1) Le corps de fra Paolo est maintenant à Sainl-Miehel in Murano; sur la pierre de marbre blanc, hovdéc de bardiglio (marbre azuré de Carrare), est cette inscription, de M. Emmanuel Cigogna :

Ossa

Pauli Sarpit

Theol. Reip. venetœ

Ex œde Servorum

hue translata

A. WDCCCXXVllI.

Décréta publico.

(2) Voyez le volume de Milan à Venise, p. 146.

'3) Lector^ pariimper sistc, rem miram leges. Hic Ev.SGbi hispani monachi corpus sitnm est,

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