VÉRONE
Paul, fut érigé avec l'argent qu'avait pour cela légué ce général. La commande de sa propre statue ne parait pas très-noble de la part d'un si habile capitaine, qui avait pu la mériter par ses talents et ses services (1). L'inscription dissimule toutefois cette origine, puisqu'elle porte simplement que c'est ob mililare imperium oplime geslum, que la statue fut élevée. Le piédestal corinthien du monument Colleoni , ouvrage de Leopardo , est le premier qui existe pour l'élégance, le bon goût des ornements; les statues des princes sont inférieures en ce point à la statue de ce condottiere. Elle est l'ouvrage d'André da Verrocchio, Florentin, un des premiers artistes de son temps, peintre, sculpteur, architecte, et maître du Pérugin et de Léonard de Vinci. L'histoire de sa statue , racontée par Yasari, peint la passion, l'amour-propre jaloux, l'indépendance et l'activité des artistes de cette époque : comme Verrocchio avait terminé le cheval , il apprit que la figure allait être accordée par faveur à Vellano de Padoue, le protégé de quelques patriciens. Indigné , il cassa la tête et les jambes de son cheval, et partit furtivement pour Florence. Le sénat de Venise lui fit aussitôt signifier que, s'il osait jamais y reparaître, on lui trancherait la tète ; il répondit qu'il s'en garderait bien, attendu qu'il ne dépendait point de la seigneurie de lui remettre sa tête si elle était coupée,
(1) Lord Byron , dans la préface de Faliero, parle de la statue actuelle de la place Saint-Jean et Paul comme lic celle d'un guerrier oublie qa''il ne désigne même point; Colleoni, un des fondateurs de l'art de la guerre eu EuropCf ne raériliiit ui cet oubli, ui ce uiépiis de poêle.
comme il lui serait facile de refaire celle du cheval qu'il avait brisée. Cette réponse ne déplut point, et Verrocchio obtint la liberté de revenir; il reprit ses travaux avec une telle ardeur, qu'atteint d'une fluxion de poitrine il en mourut, et que Leopardo fut chargé du nettoyage et de la fonte de la statue.
La riche façade de la confrérie de Saint-Marc mérite d'être observée : l'architecture est de Pierre Lorabardo; deux lions, divers traits de la vie du saint, bas-reliefs excellents, sont de Tullius, et les statues placées au-dessus des piédestaux , des colonnes et de l'arc de la grande porte, par maître Bartolommeo , l'auteur de la porte délia Carta du palais ducal, sont des ouvrages du xiv» siècle, curieux, expressifs.
Au-dessus de la porte de l'ancienne confrérie de la Miséricorde, édifice consacré au service militaire, et dont l'architecture passe pour être de Sansovino, est une grande et noble figure de la Vierge accueillant les fidèles qui prient à ses pieds , chef-d'œuvre de ce même maître Bartolommeo.
L'église des Jésuites est splendide. On distingue : la Prédication de saint François-Xavier, de Liberi; l'Invention de la croix, la Vierge , l'Enfant Jésus et quelques saints , la voûte , de Palma ; 1 a Circoncision, l'Assom.ption , du Tintoret; le Martyre de saint Laurent, du Titien, revenu de Paris, admirable par le triple effet de la lumière; le mausolée du doge Pascal Cicogna, de Campagna; et, au-dessus de la grande porte, celui de Jean, Priam et André Lezze , magnifique.
L'ancienne église Sainte-Calherine, fréquemment restaurée, a de bonnes et curieuses peintures : l'Ange et Tobie, peut-être du Titien ou de son habile élève Santo-Zago; les six tableaux delà grande chapelle, du Tintoret; les Fiançailles de sainte Catherine , ouvrage charmant de Paul Véronèse; la Vierge en couches, dans la première manière de l'ccole vénitienne; le Miracle fait par saint Antoine sur un avare; l'Enlèvement au ciel du corps de la sainte; la même devant la Vierge, de Palma.
A l'église de YAbbazia sont : une Sainte Christine couronnée, Saint Pierre et Saint Paul, de Damien Mazza, grand élève du Titien, mort à la fleur de l'âge, et dont les ouvrages, énergiques, éclatants, ne sont pas très-nombreux; l'ange Raphaël, Tobie, Saint Jacques, Saint iNicolas , excellent tableau du Conegliano.
L'ancienne et vaste église de Sainte-Marie dell'- Orto est maintenant une espèce de ruine : l'herbe commence à poindre sur le pavé, l'humidité a effacé les peintures, la voûte est détruite; pour ajouter à tant de désastres, le tonnerre y tomba en 18:28, et renversa, sur le toit enfoncé par cette chute, le clocher, élégante construction du xv« siècle, dans le goût oriental. Mais au milieu de tous ces ravages que de grandeur et de magnificence! Sur la porte du milieu est une énorme pierre de porphyre; dans un coin de l'église, est appliquée contre le mur, sans cadre, la célèbre Présentation de la Vierge, un des premiers chefs-d'œuvre du Tintoret : deux immenses tableaux de sa jeunesse, les Prodiges qui précéderont le jugement dernier
et TAdoralion du veau d'or, couvrent les parois de la grande chapelle; ouvrages extraordinaires pour la force , la fougue, l'audace, quoique le premier ait été Irés-criliqué par Yasari pour Texagération et les extravagances pittoresques. A côté de cette peinture puissante, les ailes des anges du Saint Pierre qui contemple la croix ont une légèreté, une transparence admirables; et la Sainte Agnès ressuscitant le fils du préfet de Rome Scmpronius, autre excellent tableau du même grand maitrc, a été reprise de notre galerie du Louvre pour être restituée à ces décombres. Il est dans la chapelle de l'ancienne et illustre famille des Contarini , à côté des bustes de plusieurs de ses nobles personnages. Ainsi, dans cette église éloignée, et presque au milieu de ses débris, se retrouvent encore des marques éclatantes de la gloire des arts et de la splendeur passée de Venise.
J'ai regretté de ne point trouver à Sainte-Marie deir Orto de traces du tombeau du Tintoret et de celui de Marietta Robusti, sa fille et son élève, qu'il eut la douleur de perdre dans un âge peu avancé. Marietta, grand peintre de portraits, était encore célèbre par les grâces de sa personne et ses talents comme musicienne et cantatrice, talents qu'elle devait aux leçons du Napolitain Jules Zacchino, le Cimarosa de son temps; invitée à se rend^e à la cour de Philippe II, de l'empereur Maximilien et de l'archiduc Ferdinand , son père ne put jamais se séparer de la fille dont il était si fier ; il la maria à un joaillier vénitien , homme de bon sens, désintéressé, et qui préférait que sa femme fit le portrait de ses confrères ou de ses
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amis au lieu de peindre les riches etlesgrands.La mort de Marielta fut à Venise une perte publique , et Tintoret voulut qu'elle reposât à Sainte-Marie dell' Orto, au milieu de ses propres chefs-d'œuvre, qu'il semblait en quelque sorte lui consacrer.
A côté des grands et beaux ouvrages du Tintoret, plusieurs peintures sont encore remarquables : le Saint Jean-Baptiste et quelques saints, du Conegliano, dont il est si difficile de se détacher, malgré quelque àpreté, tant il y a de vérité dans les airs des têtes, le coloris et la perspective; Saint Vincent, Sainte Hélène et d'autres saints, du vieux Palma, très-endommagés ; et la Vierge avec l'Enfant Jésus, précieux tableau de Jean Bellini.
A l'église Saint-Martial sont : le Saint avec d'autres saints, du Tintoret; et le célèbre tableau dé Tobie guidé par l'ange, du Titien, premier ouvrage vraiment digne de lui et qu'il fit vers trente ans, car son talent qui devait , ainsi qu'on l'a vu , si prodigieusement se prolonger, ne parait point comme celui d'autres grands maîtres avoir été trèsprécoce. Quelques écrivains avaient voulu voir dans la figure du fond priant au milieu d'un bois, saint Jean-Baptiste, et ils n'avaient pas manqué de relever cette licence chronologique; l'abbé Moschini en zélé Vénitien a défendu son compatriote et il a reconnu le père du jeune Tobie.
L'église Saint-Félix, dans le style desLombardi, dont les portes sont élégamment décorées d'ornements en marbre, a le Saint Démétrius, du Tintoret; le Sauveur, SaintFélix et quelques portraits, duPassignano, et deux statues allégoriques de Jules dal Moro.
Aichives. ' — Du conseil des Dix. — Des inquisiteurs d'Etat. — Consultations autographes de fraPaolo.' — Statistique née à Venise. — Correspondance de Villetard.
Parmi les destructions partielles de Venise, quelques refuges semblent ouverts à ses divers monuments ; telle fut l'académie des beaux-arts pour un grandnombre de ses tableaux; lesarchives, établies dans l'ancien couvent des Frari , et dont le classement parait en fort bonnes mains, seront de même un asile pour les pièces et les documents de son histoire. Ces archives distribuées en deux cent quatre-vingt dix-huit salles et corridors , et s'élevant à huit millions six cent soixante-quatre mille sept cent neuf volumes ou cahiers, peuvent être regardées comme les plus vastes du monde, et sont assurément une des plus énormes masses de papier écrit qui aient été jusqu'ici rassemblées.
Une partie des archives du conseil des Dix fut dévorée par l'incendie de 1508; des copies des arrêts existent, mais les pièces à l'appui n'étaient jointes qu'aux originaux. Je remarquai un arrêt de 1419, rendu contre quatre frères mineurs qui avaient couru tout Venise nus et suivis du peuple : on les invile simplement à être plus modestes à l'avenir. Les fragments des archives des inquisiteurs d'Etat sont très-peu nombreux. Une partie fut autrefois détruite par maxime d'Etat, une autre l'a été au moment de la chute de la république ; le reste disparut à peu près par le
désordre; cette section des archives existe aujourd'hui plutôt de nom que de fait.
L'impôt sur le sel, sujet de controverses si animées parmi les économistes, payait à Venise les travaux des artistes. On trouverait dans celte partie des archives de curieux détails sur le prix des chefs-d'œuvre des grands maîtres vénitiens. Ce genre de recherches n'est pas aujourd'hui trèsfacile, et il faut, pour obtenir la permission de s'y livrer, recourir jusqu'à Vienne.
Les registres des consultations autographes de fra Paolo, comme théologien de la republique, sont peu raturés. Ce moine porte dans ses discussions avec la cour de Rome une adresse presque parlementaire. Mais fra Paolo, malgré ses lumières et sa piété, n'a point échappé à l'esprit du siècle où il vécut, et sa politique ressemble quelquefois beaucoup à celle de Machiavel (1).
La science de la statistique parait ancienne et née à Venise. Le discours du doge Thomas Mocenigo sur la situation de la république, prononcé en 1420, au moment de la guerre avec le duc de Milan , est regardé comme un modèle par un trèsbon écrivain de statistique actuel, M. Quadri, de Venise (2). Les exposés de la situation de l'empire faits sous Napoléon étaient un bon usage qui pourrait être repris. Un passage de l'historien Sanuto,
(1) « Notamment, remarque 31. Daru , lorsqu'il disait, dan; « son livre: Opinioue in quai modo debba yovernarsi la repu- « blica venpziana, que le |)oison doil faire 1 office du bour- « rcau. )) [Hist. de Venise, XXiX, 14.)
(2) Storia délia statistica , e prospetto statistico délie provincie ve»e(e. (Venise, 1824-182G, 2 vol.)
cilé par M. Daru, prouve qu'il existait à Venise, dès 1425, une espèce de cadastre, et que l'invention n'en peut être attribuée aux Florentins, ainsi que l'a cru M. de Sismondi qui la place en 1429. Je vis dans les archives une statistique de l'Etat vénitien pour l'année 1780, étendue et faite sur un très-bon plan. De pareils travaux n'étaient point probablement, à la même époque, aussi bien exécutés dans les autres pays. Le génie de la statistique n'est point éteint à Venise ; la Slalislique des provinces véniliennes et les LXXll tableaux synoptiques qui l'accompagnent, par M. Quadri, sont estimés, et l'un des savants de l'Europe qui s'est livré avec plus de zèle et de succès à ce genre de recherches , M. Adrien Balbi , est Vénitien.
Je parcourus la correspondance du secrétaire de la légation française, nommé Villetard, chargé d'opérer, en 1797, le changement du gouvernement; négociateur ingénu, ami sincère de la république, qui croyait la servir par ses manœuvres, le candide Villetard disait, dans une de ses dépêches à la municipalité de Venise : Le général ne cédera jamais sur la démocratisation ; et c'est à lui que fut adressée, peu de temps après, la terriblelettre deBonaparte, mélange inouï d'égoïsme, de mépris, de persiflage et de fureur, arrêt de mort de Venise (1).
(1) F. les Histoires de Daru et B»t(a, où cette lettre est textucUeinent insérée. Villetard, cousin de l'ancien sénateur du même nom, composa, depuis sa fatale niission , plusieurs traffédies parmi lesquelles une de Constantin et la primitive Eglise , ouïe fanatisme ■politique , pièce fort rare et qu'on a prétendu n'avoir été tirée bizarreracnt qu'à deux exemplaires*
Arsenal. — Lions d'Athènes. • — Bncentaurc. — Armure de Henri IV. — Enio.
L'arsenal de Venise était une de ses merveilles (i); il fut son plus glorieux, son plus utile monument; et les flottes qu'il construisit, en combattant, en repoussant l'invasion permanente des Turcs, sauvèrent la civilisation de l'Italie et du midi de l'Europe. Il n'est aujourd'hui qu'un magnifique témoignage de la décadence de Venise. Combien il diffère dans sa solitude de cet arsenal peint si admirablement par le Dante qui a fait entrer dans sa description les termes techniques de marine, et les a rendus harmonieux, poétiques, imitatify, tant ce prodigieux génie sait tout dire !
Çuale nelV Arzanà de'' Fenezxani
Bolle Vinverno la tenace pece
A rimpalmar li legni lor non sani Che navicar non potino; e' n quella vece y
Chi fa sua lefjno nuovo, e clii ristoppa
Le caste a quel che pin viaggxfece; -"^1
Chi ribatle da proda, e chi da poppa,
Altri fa remi , ed altri volge sarte,
Chi terzeruolo ed artimon rintoppa.
La population de l'arsenal, qui était alors de seize mille ouvriers, n'était plus , au xvii« siècle,
11 mourut âgédecinquanîe-cinq ans, le 17 juillet 1826, à Charenton : il n'avait fail tonte sa vie que chan/yer de folie.
fl) Commencé en 1304. André de Pise n'en fut pointl'nnique architecle, comme l'afllrme V Encyclopédie, t. I, p. 44; il y avait tout au plus participé, ainsi que le prouvent les savants auteurs Délie fabbricche più cospicue di Venezia.
ABSENÂL. 151
ainsi qu'il parait par le voyage du prince de Toscane, depuis Côme III, que de trois mille, et vers la fin de la république, que de deux mille cinq cents, auxquels étaient adjoints, pour travaux extraordinaires, les artisans et facchini de la ville ; elle n'est guère aujourd'hui que de douze cents.
A l'entrée sont les deux lions colossals de marbre, enlevés d'Athènes par Morosini, ouvrage grec, loué par les savants, mais dont ils ne peuvent indiquer l'époque. Les deux inscriptions en forme de serpent autour de la crinière du lion posé sur ses pattes de derrière, paraissent runiques, et selon M. le cav. Mustoxidi , elles auraient été mises par les Varanghi, mélange des peuples du Nord qui, vers le x^ siècle, formaient la garde des empereurs byzantins.
La statue de Sainte Justine, par Campagna, est en haut de la superbe porte, espèce d'arc de triomphe décoré de sculptures des élèves de Sansovino. Au-dessus de la porte intérieure du vestibule, une petite statue de la Vierge est de ce grand artiste.
Les souvenirs divers de Venise se retrouvent à l'arsenal : là est le prétendu casque de cuir d'Attila , et l'espèce de gros harnais de son cheval ; des casques véritables de croisés vénitiens, compagnons de Dandolo ; des armes, de longs étendards de couleur éclatante , pris sur les Turcs à la bataille de Lépante, et d'aflreux instruments de torture employés par l'inquisition. Il y avait dans une des salles un petit modèle du Bucentaure qui n'était point achevé; celui-là , espèce de curiosité de galerie, exposé à la poussière ou destiné à être mis sous
verre, ne devait point voguer pompeusement sur la mer couverte de fleurs comme une épouse nouvelle, au bruit du canon, de la musique et de l'hymne d'hymen de l'Adriatique, vieille chanson vénitienne qui avait fini par n'être plus entendue de personne, mais dont les sons bizarres étaient religieusement conservés. C'est ainsi que le patriotisme superstitieux de Rome avait respecté les vers desSaliens, qui n'étaient plus compris par Horace. Malgré ses ornements et sa dorure, le Biiccntaure était un triste navire, puisqu'il n'avait jamais vu d'ouragans, et que le chef de l'arsenal, qui remplissait à son bord les fonctions de capitaine, jurait que les flots seraient calmes pendant la cérémonie dont il était l'inerte et fastueux théâtre.
Mais un monument qui vaut pour un Français tous les monuments de Venise, est l'armure de Henri IV, donnée par lui à la république; l'épée malheureusement y manque; cette épée, disait-il dans sa lettre au sénat, qu'il avait portée à la bataille d'Ivry; elle disparut en 1797, au moment de la chute de la république, lorsque l'armure passa du palais ducal à l'arsenal. Malgré d'opiniâtres recherches auprès des personnes les mieux instruites de l'histoire contemporaine de Venise, il m'a été impossible de trouver aucune trace de cette noble épée (1). L'armure de Henri IV, simple,
(1) Les deux épécs rie Henri IV qui sont aii cabinet des médailles de la bibliollièque rovale ne peuvent êlie celle épée; elles y furent déposées le 8 floréal an v {'11 avril 1797;. et Teiitréo des Français à Venise est du 16 mai de la même année; elles provenaient de Tancien n;arde-meublc de la couronne : la première est une épée de parade, avec des camées; Taulre, indi-
solide, rappelle parfaitement le beau vers de la Henriade sur les armes de ses soldats :
Leur fer et leurs mousquets composaient leurs parures.
Vis-à-vis de l'armure de Henri IV est le cénotaphe érigé par le sénat de Venise au grand amiral Angelo Emo, mort à Malte en 179i, un des premiers et des bons ouvrages de Canova (1). Au milieu de l'affaiblissement général des mœurs de Venise, Emo s'était montré citoyen. C'est lui qui, après la dispersion de sa flotte par la tempête à Eléos, et la perte de deux vaisseaux, désastre dans lequel Emo, tombé à la mer, avait failli d'être noyé, vint dire au sénat : « Souffrez que tout mon bien « soit employé à réparer les pertes que vient « d'éprouver la république. » Ce grand homme eût probablement prévenu l'ignominie des derniers moments de sa patrie; le courage et l'honneur
qnée comme épéc de bataille, n'est peul-êire bien qu'un couteau de chasse.
(1) Canova, toujours désintéressé lorsqu'il s'ajjissait de monuments patriotiques, n'avait mis aucuii prix à son travail. Le sénat décréta qu'il lui serait fait une pension viagère de 100 ducats ; il recul en outre une médaille d'or de la valeur de iOOsequins, offrant le mausolée d'Emo, et sur le revers, une inscription tiès-lionorable pour l'ai liste. Le payement de la j)ensioii avant é[)rouvé quelques dillicultés en 17'J7, lors de la chute de la république, Bonaparte qui en fut informé i)ar hasard, écrivit à Canova pour lui Ic'mjij'iner son intérêt et l'assurer de son appui. Apres la cession de Venise à TAutriche, la pension lui fut rendue lorsqu'il se trouvait à Vienne, mais sous la condition qu'il choisirait cette ville pour domicile: il obtint louteiois d'en être dispensé, s'élant offert de diriger gratuitement .î Rome, son séjour chéri, quelques-uns des élèves impériaux.