PIGEONS
automates majestueux , multitude indolente , que traversent précipitamment des Européens voyageurs, ou allant à leurs affaires.
Le nombre infini de colombes qui couvrent la place Saint-Marc, la coupole de la basilique et les toits du palais ducal ajoute encore à l'aspect oriental de ces monuments. Ces pigeons remontent aux anciens temps de Venise. Alors il était d'usage, le jour des Rameaux, de lâcher d'audessus de la porte principale de Saint-Marc un grand nombre d'oiseaux avec de petits rouleaux de papier attachés à la patte, qui les forçaient à tomber ; le peuple , malgré leurs efforts pour se soutenir quelque temps en l'air, se les disputait aussitôt avec violence. C'était une espèce de distribution en nature un peu moins ignoble que les nôtres. Il arriva que quelques-uns de ces pigeons se délivrèrent de leurs entraves , et traînant la ficelle, cherchèrent un asile sur les toits de l'église Saint-Marc et du palais ducal, près de ces plombs redoutables où gémissaient, captifs, des humains bien plus malheureux; ils s'y multiplièrent rapidement; et tel fut l'intérêt qu'inspirèrent ces réfugiés que, d'après le vœu général, un décret fut rendu portant qu'ils seraient non-seulement respectés, mais nourris aux frais de l'Etat (1).
Venise palpite encore à la place Saint-Marc; l'entretien de cette brillante décoration coûte par
(1) Du (emps de la république, un employé de Tadminisf ration des greniers de la ville jetait tous les matins la ration des pigeons sur la place Saint-Marc et la Piazzetla. Au moment de roccupalion en 1796, ces pensionnaires de l'Etat supprimés durent leur subsistance à la commisération des Vénitiens, qui I»