Paradis », chants xxi, xxii
donner, cependant les chapiteaux xv et xix ébauchent deux séries d’idées ou de rapports dont la poésie ne dit rien. Ces deux séries ont trait l’une aux relations astronomiques entre les planètes et les signes du zodiaque, l’autre entre les planètes et les âges de l’homme.
Les premières relations, celles des planètes et des signes, étant astronomiques et d’une astronomie peu étudiée de nos jours, on peut même dire inconnue, nous ne pouvons en ce moment nous y arrêter, d’autant plus qu’on prépare pour les « Annales » un travail tout spécial sur ce point. Qu’il suffise donc à nos lecteurs de revoir la description du chapiteau xix, celui des planètes, et la transcription, quoique fautive et très- incomplète, des inscriptions qui accompagnent chaque personnage :
LIBRA Cl'M TAURO VENUS EST PURIOR AURO, ETC.
Quant aux relations que le moyen âge a créées entre les sept planètes et les sept âges de l’homme, il est nécessaire d’en dire un mot.
Au chapiteau xv, celui des âges de l’homme, la Lune prend l’enfant dans le sein de sa mère, en quelque sorte, et le protège pendant quatre ans : « Luna dominât infantie per annos quatuor ».
A l’aurore de la cinquième année, la Lune confie l’enfant à Mercure, qui le gouverne pendant dix ans : « Mercureus dominât pueritie per annos decem ».
A quatorze ans, l’enfant entre dans l’adolescence, et il est remis par Mercure entre les mains de Vénus, qui le garde sept ans : « Adolescentie dominât Venus per annos septem ».
A vingt et un ans, l’adolescent devient jeune homme, et il appartient au Soleil qui le garde sous sa féconde et chaude haleine pendant dix-neuf ans : « Juventuti dominât sol per annos decem et novem ».
A quarante ans, le jeune homme est viril et même, à Venise, mûr pour le Sénat; alors c’est de Mars qu’il dépend durant quinze années entières : «Senectuti dominât Mars per annos quindecim ».
A cinquante-cinq ans, l’homme touche à la vieillesse et il dépend de Jupiter pendant douze ans : • Seneciei dominât Jupiter per annos duodecim ».
A soixante-sept ans, le vieillard appartient à la décrépitude, et, jusqu’à la mort, il est le triste et frileux sujet de Saturne : « Decrepite dominât Saturnus usque ad mortem». — Enfin, comme il faut huit sujets à ces chapiteaux, le dernier âge commence avec le dernier jour de la vie, au moment même où l’âme tombe entre les mains de l’éternité : « Ultima ætas est mors pena peccati ».
En classant les arts selon la puissance qu’ils possèdent pour exprimer des idées par un langage positif, on peut dire que l’architecture est muette, que la sculpture parle un peu , que la peinture a la parole plus libre, et que la poésie dit tout ce qu’elle veut et comme elle veut. La sculpture des planètes qui gouvernent les Ages de l’homme, au palais ducal, parle peu, quoique clairement; mais la peinture des mêmes planètes, qui président aux mêmes Ages, dans l’église Degli-Eremitani, à Padoue, est plus complète, plus bavarde, qu’on me permette cette expression, que la sculpture de Venise. Chaque planète y gouverne un Age, mais cet âge se dédouble en homme et en femme. Au milieu, la Planète préside et trône, comme une personne souveraine, et elle régente : à sa droite, l’âge de l’homme; à sa gauche, l’âge de la femme. Cette église, dont les peintures sont attribuées à Guarienti, s’élève tout près de Santa- Maria-dell’Arcna, que Giotto a immortalisée. Guarienti peignait en 13G5, vingt -neuf ans seulement après la mort de Giotto 1 . Les fresques des Planètes et des Ages décorent le pourtour de l’abside, à gauche et à droite, c’est-à-dire au nord et au sud. .En voici la description que nous devons à M. W. Burges. Elle est disposée sur trois colonnes, pour qu’on saisisse de l’œil le rapport des Planètes et des Ages masculins et féminins.