‹ Venise: iconographie des chapiteaux du palais ducalChapitre 9 sur 48 · XXIX-8. — MONSTRES · texte numérisé non relu

XXIX-8. — MONSTRES

1. Arion sur son dauphin et jouant du violon. Sa coiffure est celle des juifs du moyen $ge, un bonnet terminé par une pointe longue et aiguë. Un demicercle d’eau, au-dessous duquel est le dauphin, lui monte à la ceinture. Ce dauphin n’est pas celui du blason ; c’est un poisson naturel et copié sur un véritable dauphin. — 2. Un homme , nu-tête , pince un luth avec un « plectrum». Sous sa tunique se voient des pattes d’ours; il regarde Arion. — 3. Une espèce de centaure, dont la partie humaine a la tête coiffée d’une queue de dragon. Il tient à la main gauche le fruit du pin. La partie animale est celle d’une vache ornée d’une queue de cheval. — h. Un monstre, regardant le n® 3, coiffé avec des jambes de cheval ; le bas de son corps a la forme d’une tortue 2 . — 5. Un centaure casqué, tenant un sabre. Les par-

4. Voici quelques variantes écrites dans mes notes : — « Largitas me onorat ». a Onorat » sans h. — « Constancia », pas de t, mais c à « cia ». Cette Constance est un homme assis; à la tête, casque par dessus une coiffure d’étoffe. A la main droite , sceptre ou bâton. — « Desperado [in] nos crvdelis ». Jeune homme s’égorgeant avec une épée. — « Obedientia ad no exhibeo ». Jeune garçon, bras croisés sur sa poitrine. — « Infidelitate nvli gero ». Vieillard en turban, tenant sur sa main droite un enfant nu, comme un Amour sans ailes. Ce sujet pourrait expliquer celui du campanile de Santa-Maria-del-Fiore, à Florence, où un personnage porte ainsi deux jeunes Cupidons. — Quant à celte observation de M. Burges, que sur ces chapiteaux on ne voit ni moines ni religieuses, rien n’est plus exact; mais il faut la généraliser et reconnaître que, dans ces sculptures, il n’y a que des sujets laïques et pas de sujets ni de personnages religieux. Le palais ducal est la résidence du pouvoir civil, et l’on conçoit que toute l’iconographie en soit civile exclusivement. Saint-Marc, qui y est contigu , est une église, et tous les sujets qui le décorent sont uniquement ecclésiastiques. Ce que Charlemagne fit , au ix # siècle à Ingelheim, près de Mayence , le doge Marino Faliero, au commencement du xiv # , l’a reproduit à Venise. A Ingelheim, la basilique, l’église impériale, n’offrait que des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament, tandis que le palais de l’empereur, qui y était juxtaposé, offrait des histoires orientales , grecques , romaines et françaises, tirées du monde profane. Il en est de même à Venise : Saint-Marc est religieux, le palais ducal est civil. Au palais ducal on voit, sur un chapiteau, celui des planètes, Dieu créant Adam et Ève; mais Dieu est là comme le créateur des planètes, comme leur chef divin auquel Saturne, Jupiter, Mars, Apollon, Vénus, Mercure et Diane, tout païens qu’ils soient, sont forcés d’obéir. Dieu n’est là que comme le directeur de notre système planétaire. Quant aux archanges Gabriel, Michelet Raphaël, nous avons déjà dit et nous dirons encore que leur représentation et les scènes auxquelles ils se rattachent sont purement civiles : saint Gabriel symbolise le gouvernement , saint Michel la guerre , et saint Raphaël le commerce. Le palais ducal de Venise est laïque plus complètement et plus exclusivement que tous les autres palais municipaux du moyen âge; il rivalise, redisons-le de nouveau, avec le palais bâti par Charlemagne à Ingelheim. ( Note de M, D. )

2. Agile parla tête, paresseux par les jambes. Est-ce ainsi qu’il faut comprendre ces jambes de

cheval dans le haut et cette tortue dans le bas? (Note de M. D .)

ties inférieures sont mutilées ; mais je crois que la partie animale était celle du cheval. — 6. Un homme couvert de l’armure d’un guerrier, bouclier sur le dos, masse d’armes à la main, casque, cuirasse, brassards, cuissarts et jambières. Pieds passés dans des étriers. Sous l’armure, jambes de derrière et train postérieur du cheval. Le 5 et le 6 se regardent. — 7. Monstre coiffé d’un casque globulaire, moitié homme, moitié cheval; il tient une massue avec les deux mains. — 8. Monstre moitié homme, moitié dragon, tient de gros glands et paraît se disputer avec le 7.

Le chapiteau vi est fort semblable à ce xxix ; mais il a été restauré en 1731 , et tout ce qu’on peut en dire, c’est de lui appliquer ce passage de l’Enfer du Dante, chant 3, v. 51 : « Non ragionami di lor; ma guarda et passa ». — « N’en parlons plus; mais regarde et passe ».

Page 1