La Gravure en Italie avant Marc Antoine, p
2. Au sujet de la décoration des livres vénitiens, voyez un excellent travail de M. le duc de Rivoli, A propos d'un livre à figures vénitien de la fin du XV' siècle, publié dans la Galette des Beaux-Arts, année 1886; et, même recueil, année 1889, n° d'avril.
décrire. Les peintures de Bellini, de Palma le vieux, de Véronèse, de Titien, pour la Renaissance; les scènes de genre de Tiepolo et surtout de Pietro Longhi, pour le xvme siècle, forment le meilleur recueil que Ton puisse consulter. Tous ceux qui ont visité le Musée Correr se souviennent de ces peintures si spirituelles qui nous font pénétrer dans la vie quotidienne des Vénitiens : tout y est traité avec un accent de sincérité des plus remarquables : scènes d'intérieur ou de théâtre, mascarades, les petites gens et les petits métiers de Venise, qui intriguent si fort l'étranger, ont tour à tour trouvé dans Longhi un illustrateur doué d'une grande habileté de main et d'un profond sentiment d'observation. Il est proche parent de nos peintres français du siècle dernier, et ses croquis d'après nature sont là pour nous indiquer avec quelle exactitude et quelle conscience l'artiste travaillait. Dans un de ses albums conservé au Musée Correr, album qui compte près de cent cinquante études, nous voyons tout indiqué, la couleur d'une robe ou d'un habit, la forme exacte d'un ustensile de ménage ou d'un instrument de musique. Ce sont en somme, avec plus d'esprit et aussi plus d'exactitude, des documents aussi précieux que le sont les estampes de Giacomo Franco ou de Pietro Bertelli pour le xvie siècle. Seulement, ce que ces derniers artistes nous montrent d'une façon tout à fait froide et brutale, Longhi le sait faire vivre et remettre dans son véritable milieu.
Je terminerai ici cette promenade déjà longue à travers Venise. Je m'estimerais heureux si, en parcourant ce volume, l'idée venait à quelques-uns d'aller poursuivre sur place une étude qui présente, on me l'accordera, quelque intérêt, et de compléter un tableau dont plus d'un côté est resté dans l'ombre. Quelque imparfaite que soit l'esquisse que j'ai tracée de l'histoire des arts décoratifs à Venise, ce serait déjà un excellent résultat si les modèles reproduits ici pouvaient contribuer à fournir des renseignements à nos artistes modernes. Bon nombre de ces modèles sont excellents, tous peuvent être utilement employés, parce qu'ils datent d'époques qui avaient à peu près les mêmes besoins que nous. En les étudiant, en les copiant, on ne risquera
LA DÉCORATION DES MANUSCRITS kji
donc point de tomber dans les écueils que présentent trop souvent les objets d'un intérêt purement archéologique, dont la technique seule doit être retenue en la dépouillant avec soin de leurs formes, qui ne sauraient convenir ni à nos usages ni à notre milieu. Car ce n'est point à répandre le goût de ce qui est ancien que des publications du genre de celles-ci doivent contribuer ; elles sont simplement destinées à fournir des idées, des assemblages de lignes ou des compositions heureuses qui permettront de créer de nouveaux chefs-d'œuvre, d'un style et d'un goût original, dignes à leur tour de prendre rang parmi les objets d'art que nous ont légués les siècles passés. Elles sont destinées aussi à répandre le goût des belles choses, à les faiie respecter, et à développer le besoin de les posséder. Le jour où ce sens artistique sera général, les artistes et les artisans seront toujours surs de trouver les Mécènes, si nécessaires à l'existence de l'art, qu'ils se plaignent bien souvent de ne point rencontrer.