I.E M l; Nil 1; TURC
d» l'ondjco de' TurchL
la famille Priuli, puis de la famille Pesaro. En 1621, il fut loué pour servir d'habitation aux Turcs, d'où le nom de Fondaco de' Turchi, qui lui est resté. C'était une façon de mettre à part les musulmans, de les isoler et d'empêcher que leurs mœurs ne fussent adoptées par les chrétiens. Môme après la chute du gouvernement vénitien, en 1797, le Fondaco continua à être habité par des musulmans, et nous mettons ici, sous les yeux du lecteur, le portrait du dernier Turc qui y ait demeuré, portrait exécuté en 1839. A cette époque le palais était bien
délabré; déjà, au xvne siècle, on avait rasé les deux tours qui en surmontaient les extrémités et qui sont très visibles sur les anciens plans de Venise; ce fut encore bien pis dans ce siècle-ci, quand le Fondaco devint la propriété d'Antonio Busetto, dit Pettich, et fut transformé en entrepôt de tabacs. C'était une assez triste fin pour un palais dans lequel Alphonse II d'Esté avait reçu le roi de France Henri III, en 1574, et où le Tasse avait composé une partie de la Jérusalem délivrée. Il est certain que, s'il n'avait point été choisi pour renfermer le Musée Correr, il aurait fini, comme beaucoup d'autres palais, par s'en aller pierre par pierre, et c'eût été grand dommage1.
D'aucuns trouveront que la restauration a été poussée un peu loin : certainement l'architecte a dû tirer de son imagination bien des motifs d'ornements, ou du moins les copier sur d'autres monuments; néanmoins, il est facile de se convaincre que les principaux éléments de la
1. Sur le Fondaco de' Turchi et les fêtes qui y furent données au xv° et au xvie siècle, voyez un travail de M. Gustave Gruyer: le Palais des princes d'Esté, à Venise, publié dans la Gabelle des Beaux- Arts, 2' période, t. XXXVI, nov. 1887, p. 338 et suiv.