‹ Venise: ses arts décoratifs, ses musées, et ses collectionsChapitre 33 sur 104 · UR DE SAINT-MARC). XV SIÈCLE · texte numérisé non relu

UR DE SAINT-MARC). XV SIÈCLE

aujourd'hui qu'elles sont privées du voisinage des marbres en couleurs et des ornements dorés répandus à profusion dans toute la chapelle.

Même à côté des beaux bustes de Vittoria, les portraits que Tiziano Aspetti a modelés et fondus en bronze méritent une place d'honneur. Ses travaux de sculpture à la Zecca, la décoration de la cheminée de X Anti-colle gio au Palais ducal, trois bustes de bronze qui se trouvaient

MARGELLE DE PUITS EN PIERRE. XIIe SIECLE. (Musée Correr, à Venise.)

autrefois dans la salle du Conseil des Dix et qui font aujourd'hui partie des collections de l'Académie, permettent de se convaincre qu' Aspetti n'était point un artiste médiocre. Ces portraits de Sébastien Venier, d'Agostino Barbarigo, de Marcantonio Bragadino, ce général vénitien qui, pour la foi du Christ et sa patrie, fut écorché vif par les Turcs ( « pro Christi fide et pro patria vivens gloriosissime cute exutus » ), sont tous trois de 1 57 1 : on aurait quelque difficulté à trouver ailleurs en Italie, à la môme époque, des œuvres de la môme valeur.

grille en bronze. xviiic siècle.

Scuula Ji San Rocco, a Venise.

A côté des grands artistes dont on vient de lire les noms et de passer rapidement en revue les principales œuvres, d'autres artisans plus modestes ont su encore acquérir dans l'art difficile de fondre le bronze une réputation durable. La merveilleuse organisation de l'arsenal de Venise nécessitait la présence d'une foule de fondeurs de canons ; or, on sait qu'autrefois ces engins de guerre étaient souvent de véritables chefs-d'œuvre ; les plus grands artistes de la Renaissance ont donné des dessins et des plans pour des bombardes, et les nombreux canons existant encore dans les arsenaux sont là pour témoigner du soin apporté à la fabrication de ces armes coûteuses, et souvent plus belles qu'utiles. Quoi qu'il en soit, la République de Venise n'échappa pas à la règle commune et, comme toutes les seigneuries d'Italie, elle eut de beaux canons, mais elle en eut un plus grand nombre que ses voisins, parce que les possessions qu'elle devait défendre étaient plus étendues ; parmi tous ces fondeurs de canons, il faut retenir les noms de deux familles, les Conti et les Alberghetti.

On trouvera dans le Dictionnaire des Fondeurs, de M. A. de Champeaux1, des détails biographiques sur les membres de ces deux familles qui ont pratiqué l'art du fondeur, et dans l'ouvrage de Gasperoni sur l'artillerie vénitienne, de nombreuses signatures de canons exécutés par eux. Il existe beaucoup de ces monuments dispersés dans tous les arsenaux d'Europe, car les Alberghetti, surtout, originaires des États de Ferrare, ont fondu des pièces de canon pour une foule de princes italiens. Mais laissons là ces engins de destruction et parlons de deux margelles de puits en bronze, placées dans la cour du Palais ducal et dues toutes deux à deux artistes de ces familles.

Les sponde ou vere da po\\o, les margelles de puits en bronze, en pierre ou en marbre, jouent un grand rôle dans l'histoire de la sculpture vénitienne ; on peut suivre d'une façon ininterrompue le développement de la plastique et de l'art décoratif sur un même objet depuis le xie ou le xiic siècle environ , jusqu'aux temps modernes. A en croire certains auteurs, beaucoup de ces margelles seraient même bien plus anciennes, mais je me méfie toujours de cette tendance à voir des

i. Paris, librairie de l'Art. >886.

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