‹ Venise: ses arts décoratifs, ses musées, et ses collectionsChapitre 38 sur 104 · Ouvr. cite, p. io3 et 104, n"' 38y et suiv · texte numérisé non relu

Ouvr. cite, p. io3 et 104, n"' 38y et suiv

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seconde moitié du xve siècle. Une pyxide émaillée, dont on ne possède plus que le dessin et que l'on a considérée comme spécimen de ce genre de travail exécuté à Venise, ne me paraît pas destinée à jeter

un jour nouveau sur ce point ; elle me semble appartenir à une tout autre fabrication '.

Mais ce qui a fait au Moyen-Age la renommée des artistes de Venise, c'est un genre de travail particulier appliqué à la technique des métaux précieux, ce que Ton appelait Yopus veneticum 2 dans lequel tout le monde, je crois, s'accorde aujourd'hui à reconnaître le filigrane dont les élégants rinceaux s'étalent sur tant de pièces d'orfèvrerie du xiii0 et du xive siècle ; ce genre de décoration eut une telle vogue que le mot & œuvre de Venise fut employé partout pour désigner, non seulement des ouvrages faits à Venise même, mais aussi faits soit en France, soit ailleurs, à l'imitation des orfèvres vénitiens. Je crois inutile de répéter ici ce que j'ai dit ailleurs à ce sujet3; il me suffira de rappeler que le trésor de Saint- Marc possède encore aujourd'hui une quantité de monuments qui ne peuvent laisser aucun doute à cet égard : ce sont des montures en argent doré qui, pour la plupart, ont

RELIQUAIRE

conservé dans le trésor de l'église de Pordenone. xv« siècle.

1. Gravembroch, Varie venete curiosità sacre e profane, t. II, f° 3o (manuscrit conservé au Musc'c Corrcr). — Urbani de Gheltof, ouvr. cité, p. 14 et 42. — Je ne mentionne ici que pour mémoire l'opinion des auteurs des Mélanges d'Art et d'Archéologie, qui ont avancé que certains émaux champlevés, dont on conserve en France quelques échantillons, pourraient être vénitiens. Je ne partage nullement cette manière de voir. Voyez L. Palustre et Barbier de .Montault, l'Orfèvrerie et V Entailler ie limousines, pl. III; E. Molinier, l'Orfèvrerie limousine à l'Exposition de Tulle, en iSSy, p. 1 3-i 8.

2. Ferdinand de Lasteyrie, Histoire de l'Orfèvrerie, p. i3g. — Darcel, Notice des Emaux... du Musée du Louvre, p. 38 1 . — Pasini, Tesoro di San Marco, Prefa\ione, p. 12.

3. Le Trésor de la basilique de Saint-Marc, à Venise; Venise, 1888, p. 52-54.

L'ORFÈVRERIE m

remplacé des montures byzantines ou orientales détruites dans l'incendie qui anéantit une partie du trésor en 1 2 3 1 1 . Ce sont là de véritables chefs-d'œuvre de goût et d'habileté. Ce qui semble prouver que cette technique délicate date du xn° siècle, c'est que, au xinc siècle encore, elle a tous les caractères de l'art de l'époque précédente; les arcatures qui décorent certaines parties des montures sont toutes de style roman,

RELIQUAIRES conservé» dan le trésor de l'cglisc de Pordeiionc. M dicte»

ce qui concorde parfaitement du reste avec ce que nous savons de la marche de l'orfèvrerie dans les pays voisins. Si l'on peut déplorer l'aspect sauvage d'un chef de saint tel que celui que possède l'église de Pordenonc, il faut avouer que c'est absolument une exception ; de nombreuses pièces de ce même trésor de Saint-Marc prouvent que les Vénitiens du xui'' et du xivc siècle n'avaient rien à envier à

1. Je signalerai particulièrement, dans les planches qui accompagnent l'ouvrage de Pasini, les bm 65, 66, 94, 95, t ta, 114, 117.

leurs voisins. Ils étaient aussi habiles, aussi ingénieux que les Français et les Allemands.

Le xivc siècle allait complètement modifier le style et le galbe des

monuments vénitiens. A des formes toujours gracieuses et légères succèdent des oeuvres d'un style plus lourd, telles que certains reliquaires conservés au trésor de Saint-Marc, sortes de cassettes en métal repoussé ornées de bustes de saints, ou des morceaux d'un goût douteux, tels que la Flagellation, dans le même trésor; je ne saurais, pour ma part, admirer le réalisme ou plutôt la brutalité de ce groupe, d'une exécution très médiocre et très maladroite. Je ne sais s'il faut reconnaître là l'influence des maîtres allemands : cela est possible; dans tous les cas, cette influence est palpable dans quelques œuvres du commencement du xv° siècle ; et à la fin de ce siècle elle est d'autant moins niable que nous possédons les noms de quelques orfèvres allemands établis à Venise. Ce groupe de la Flagellation, par sa date ( 1 375) et ses dimensions (66 centimètres), mérite qu'on s'y arrête un instant, quelque peu d'estime qu'on ait pour le style dont il nous donne un échantillon. 11 est d'argent doré. Sur une base découpée, bordée d'arcatures de style gothique, se dresse une colonne supportant la relique — un fragment de la colonne de la Flagellation. A cette colonne est attaché le Christ debout, dans une pose très calme et qui me semble trahir chez l'artiste une certaine inhabileté à animer ses personnages; cela est d'autant plus vraisemblable que les deux bourreaux, vêtus à la mode du xivc siècle, qui accompagnent la figure du Christ ont des mouvements tout à fait forcés, presque gro-

RELIQUAIRE

conserve dans le trésor de l'église de Pordcnone. xve siéclei

L'ORFÈVRERIE

tesques. Une inscription qui contourne L'abaque du chapiteau nous apprend que le reliquaire fut exécuté en i3y5 sur l'ordre des procurateurs Michiel Morosini et Pietro Corner.

A ce monument, ainsi qu'au reliquaire de la Vraie Croix, donné en 1 366 par Philippe de Mézières à la Scuola de Saint-Jean-1'É\ an-

RKL1QUAIRKS conserves Jaus le uésur de I église Je Poi dénoue, l in Ju \v siècle.

géliste, je préfère certainement le Christ d'argent fabriqué par Jacopo di Marco Bcnato, en 1^94, et placé à Saint-Marc, au-dessus de (a porte qui donne accès dans le chœur, entre les quatorze statues de marbre qui en décorent rentrée1. Cette croix, dont les bras sont terminés par des médaillons quadrilobés cantonnés de grosses boules, rappelle tout à fait les croix processionnelles de la même époque,

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