DÉTAILS DU PAVAGE
de la chapelle de l'Anuunziata, à San Sebastiano.
attribuer au même peintre, ou tout au moins à son atelier, quelques autres faïences qui, pour n'être pas signées de la même manière, sont absolument de même style et de même facture. L'indication « da Urbino », qui accompagne pour l'ordinaire la signature de Niccolô, ne paraît pas indiquer une origine mais plutôt une résidence ; car d'après des documents publiés par Giuseppe Raffaelli1, aussi bien que des renseignements que peuvent fournir les inscriptions placées au revers des faïences elles-mêmes, Niccolô a tout l'air d'être le plus ancien en date, le chef pour ainsi dire d'une célèbre famille de potiers du
1. Memorié istoriche délie Majoliche lavoratc in Castel Durante o sia Urbania; Fermo, 1846, p. 34.
xvi° siècle, les Fontana, dont le vrai nom était Pellipario, originaires de Castel-Durante, mais qui ont travaillé à Urbino. Le Guido da Castcllo Durante, mentionné au revers du plat cité plus haut, ne serait que Guido Fontana. Comme le remarque avec raison Raffaelli, les mots « da Urbino » ont la môme valeur que les mots « da Eugubio » accolés si souvent à son nom par Giorgio Andreoli, qui cependant était originaire de Pavic. Il ne serait donc pas étonnant que Niccolo eût travaillé à Castel-Durante, son pays d'origine, avant de travailler à Urbino dans la boutique installée par son fils Guido.
J'ai d'autant plus le droit de faire cette supposition que je connais un certain nombre de pièces datées de 1S2S et de 1S2S In Castel Durante, dans lesquelles je crois reconnaître la manière sinon la main de Xiccolo. Ce sont, au Louvre: Une Bacchanale Apollon et Marsyas ', VElllè renient de Gauymcde; au Musée d'Arezzo : l'Évanouissement de la Vierge, la Sainte Famille, Sainte Cécile, la Madeleine 3. J'ajouterai que la Bacchanale que possède le Musée du Louvre est copiée d'après la même gravure qui a servi de modèle à l'une des assiettes aux armes d'Isabelle d'Lste, qui se trouve dans la collection Morosini.
En demandant pardon au lecteur de cette longue et fastidieuse énumération de pièces que je ne peux malheureusement pas mettre sous ses yeux, je me résume et je conclus : Le service du Musée Correr,
celui aux armes d'Isabelle d'Esté, un troisième service, dont les débris sont au Louvre et au Musée d'Arezzo, sortent tous d'un même atelier et sont peut-être dus à un même peintre qui ne saurait être que Niccolô da Urbino, potier originaire de Castel-Durante. Toutes ces pièces appartiennent au premier tiers du xvie siècle et dénotent chez leur auteur une habileté de main, une entente de la décoration, une connaissance des exigences de la fabrication céramique qu'aucun potier de la Renaissance n'a possédées au même point. Si j'avais à caractériser ces produits, je dirais qu'ils sont reconnaissables à la fermeté du dessin, à des tons extrêmement doux et à demi éteints, à leur émail irréprochable. J'ajouterai que nul autre céramiste de la Renaissance n'a entendu dans la décoration de la faïence le paysage et les plans comme Niccolô. Son pinceau n'a point de ces brutalités qui choquent si souvent dans des faïences d'Urbino, de très peu d'années postérieures pourtant ; ses fonds, extrêmement vaporeux, fuient parfaitement, et sa perspective est toujours excellente. Est-ce à dire qu'il soit un artiste original ? Non, assurément. Comme les autres potiers, il copie des estampes, mais il fait moins des copies que des traductions et les bonshommes tracés par lui ne sont point, ce qui est rare, déplacés au fond d'une assiette. Il ne faut donc pas, en face du service du Musée Correr, songer ni à un atelier de Faenza, ni à un atelier de Venise. C'est bien à Castel-Durante que quelque grand seigneur l'a fait exécuter ; et il nous montre à ses débuts, mais déjà dans tout son éclat, la mode de ces plats à personnages, qui furent au xvie siècle un des genres que cultivèrent surtout les potiers de la vallée du Métaure.
Je voudrais pouvoir attribuer à Venise une foule de faïences qui s'y trouvent depuis plus ou moins longtemps. Malheureusement cela me semble absolument impossible dans l'état de nos connaissances, à moins de supposer qu'un très grand nombre de potiers soient venus, à différentes époques, ouvrir des fabriques à Venise. Rien d'ailleurs de plus plausible, et un certain nombre de pièces signées, du xvie siècle, semblent rendre cette hypothèse légitime. Le beau pavage en faïence qui décore la chapelle Lando , à San Sebastiano, et qui porte la
LA CÉRAMIQUE 14g
date de i5io ', a tout l'air d'avoir été peint par des ouvriers de Faenza, et j'attribuerai la même origine à des pièces de ronde bosse émaîllées dont le Musée de Berlin, le Musée de Sèvres-, le Musée du Bargello