Musée de Brunswick, n°65i
si l'on doit l'abandonner. Elle me paraît, pour ma part, fort plausible. On connaît Jean Neudœrfer qui, dessinateur lui-même, calligraphe, mathématicien, s'improvisa biographe des artistes de Nuremberg; son ouvrage, publié en 1546, est, en quelque sorte, un « Vasari » allemand. De ce que nous trouvons son nom inscrit sur des faïences de style italien, dont la légende ambiguë peut laisser supposer qu'il en est l'auteur, n'est-on pas fondé à penser, avec quelque apparence de raison, que c'est en Italie que Neudœrfer a été initié aux secrets des potiers? Si l'on admettait ce point, je crois qu'il faudrait penser que ce fut à Venise, et pas ailleurs, qu'il fit son éducation. Le style et la facture de ces pièces se rapprochent en effet assez des procédés employés à la même époque par les Vénitiens. Je signale le fait, je l'enregistre sans avoir aucunement la prétention d'être affirmatif ; la question est trop délicate pour être tranchée sans une enquête préalable, menée parallèlement en Allemagne et à Venise ; on me permettra toutefois d'indiquer quels monuments me portent à émettre une opinion si hasardée. Ces deux monuments — deux assiettes — se trouvent au Musée de Cassel 1 ; ils ont fait partie l'un et l'autre d'un seul et même service. Au centre, on voit deux écussons d'armoiries, accolés, encadrés de ces lambrequins déchiquetés si fort à la mode dans l'art allemand. Plus bas, dans un écu découpé, est dessiné en bleu un monogramme assez semblable à une marque de libraire, une sorte de croix traversée par des branches en diagonale qui ont sans doute eu l'intention de figurer des lettres, mais qui, pour nous, sont complètement indéchiffrables. Plus bas encore, un cartouche contient un second monogramme analogue au monogramme de Hans Sebald Beham, composé d'un H ou de deux I réunis sur lesquels chevauche la lettre S; la date 1 552 complète ces signatures énigmatiques. Des enfants, disposés de chaque côté des écussons, symbolisent les Arts libéraux. Enfin, dans le haut de la pièce, se développe un grand cartouche sur lequel est tracée, en écriture gothique, l'inscription : « Spartam quant nactus es hanc orna[\\t] (?) Johann Neudorffer rechenmeistèr ; ce qui, sous une forme quelque peu incorrecte, me
[. Musée de Cassel, Faïences italiennes, n°* i i et 12.
j7o CHAPITRE III
semble signifier : « Cette corbeille ou cette coupe que tu possèdes a été décorée par Johann Neudœrffer, maître de calcul. » L'autre assiette ne diffère de la précédente que par la disposition des écussons, qui sont soutenus par un génie. Le ton général de ces pièces, la façon de teinter les casques qui surmontent les écussons, en bleu clair, bleu foncé et jaune, me rappellent les faïences vénitiennes, sans que je puisse cependant être tout à fait affirmatif.
Le Musée Germanique de Nuremberg, diverses collections privées, parmi lesquelles il convient de citer la collection F. Spitzer, contiennent des pièces dont l'attribution à un centre de fabrication déterminé a toujours été considérée comme douteuse. Ce sont des faïences portant en leur centre des armoiries allemandes, généralement les armoiries de quelque famille patricienne de Nuremberg, peintes en couleur sur fond d'émail blanc. Le marli est occupé par des rinceaux et des fleurs dessinés en bleu, imitation évidente des faïences persanes. Un très grand plat du Musée de Nuremberg1, dont une réplique se trouve dans la collection Spitzer, nous offre les armoiries de la famille Imhoff, et, sans m'arrêter à une attribution à un potier allemand, à Hirschvogel, que l'on a, paraît-il, mise en avant, je serais tout à fait porté à admettre que c'est à Venise qu'ont été fabriquées ces faïences, dans lesquelles on a copié directement un décor oriental. J'en dirai autant d'une série de plats et de vases possédés également par le Musée de Nuremberg, recouverts d'un émail légèrement teinté de b!eu, ornés de rinceaux, de têtes d'anges et de mascarons dessinés et modelés en bleu foncé, éclairé de blanc2, dans lesquels, à mon avis, il est impossible de ne pas reconnaître une main italienne et sans doute vénitienne ; une assiette, décorée de trophées modelés en bistre verdâtre, du milieu du xvie siècle, comme les faïences précédemment citées, vient du reste légitimer une semblable attribution. On y lit, sur une banderole, l'inscription : R E P V E N-, qu'il me semble bien difficile de traduire autrement que par Respublica Veneta. J'en aurai fini avec ces produits exportés par Venise en Allemagne, si je signale un